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"Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."

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On m'appelle Mowiel Solverre


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RANG: Kezaël Lysereän, Asàf Lysereän, Khalël Isam, Kriss Almandina, Nessä Lysereän, Enaîa Lysean Vara'Da...
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MON AGE : 19 ans
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AGE : 24
INSCRIT LE : 27/09/2012
PSEUDO HABITUEL : Mowiel Solverre
Joyaux : 484
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Posté dans "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Dim 14 Oct 2012 - 6:57

Mowiel ne comptait plus le nombre de fois où elle avait arpenté les dalles froides entre les cuisines et la grand-salle, avec les autres servantes. Elle avait souvent de violentes douleurs aux pieds et la faim lui tenaillait le ventre comme une douleur physique. Les arômes tentants assaillaient cruellement ses narines : néanmoins, à l’époque, elle avait souvent eu la possibilité de grappiller quelques morceaux pendant son service. Malheureusement, la ville d’Arish ne lui offrait plus rien depuis plus d’un mois et son état allait en s’aggravant. Aujourd’hui cependant, elle était parvenue à voler une pomme, qu’elle gardait précieusement dans la poche de ses loques, craignant qu’on la lui reprenne.

Recroquevillée sur les marches d’un escalier en pierre polie, elle se plaignait d’élancements à l’estomac. Quelques fois, elle avait mal toute la journée. Quelques fois pas du tout. D’une main, elle se frotta le ventre, ce qui ne servait pas à grand-chose. C’était juste mieux que rien ! Malgré la pauvreté de sa condition, elle mentait à ses parents en leur disant qu’elle allait voir quelqu’un de compétent pour trouver un remède à ses maux ; des millions de fois, pour poursuivre dans son mensonge, elle était revenue en expliquant qu’elle n’avait rien.  Seulement, elle n’allait pas bien. Elle le savait et sa famille également.
Elle renifla et essuya ses larmes avec ses loques avant que ses joues ne soient trempées. Si seulement quelqu’un pouvait l’aider, sans qu’elle ait à payer de quelque manière que ce soit. Si seulement ses parents ne s’inquiétaient pas tant pour elle ! Ce n’était pas de leur faute à eux si elle avait mal au ventre comme ça. Rien n’était de leur faute. C’était elle, Mowiel, la cause de tout.  

La jeune femme passa une main sur son front pour essuyer la sueur qui y perlait. Sous ce soleil brûlant, au milieu de ce désert rude et impitoyable, elle était captivée par l’un des Corbic qui plainait au dessus de la ville. Virevoltant, tournoyant, l’oiseau plongea  soudainement parmi les maisonnées. Plusieurs suivirent leur congénère, et bientôt, un nombre important de ces animaux disparut. Loin d’être inintelligente, Mowiel comprit. La faim faisait chaque jour son lot de victimes et parmi elles, certaines n’avaient plus de famille pour les enterrer dignement. Leurs corps pourrissaient dans les ruelles isolées, frappés par le soleil, contentant les charognards et incommodant les gens de passage. A la simple idée d’être de nouveau confrontée à l’odeur de cadavre en putréfaction, elle déglutit.

- Toi ! hurla un homme qui s’approchait dangereusement d’elle.

Comme Mowiel parut surprise, il reprit sans lui laisser le temps de répondre.

- Oui, c’est à toi que je parle. Debout. Tu m’entends ? Debout que je te fasse payer ton crime !

Le cœur battant à cent à l’heure, elle le regarda s’approcher d’elle, incapable de nier qu’elle avait posé son fessier sur les marches de sa demeure. Elle aurait dû s’enfuir à toutes jambes tant qu’il était encore temps, mais elle était pétrifiée par la peur. Et aussi par autre chose : le sentiment qu’il fallait enfin assumer ses responsabilités. Elle n’avait pourtant rien volé encore ! Immobile, muette, elle le laissa s’approcher plus près, encore plus près. Toujours plus près. Sa faute…tout cela était encore de sa faute. Son imprudence allait lui coûter cher et les nobles spectateurs ne l’engageront jamais lorsqu’elle viendra frapper à leur porte.

- Je… parvint-elle à articuler.

Elle avait à peine commencé sa phrase qu’il bondit sur elle. Vive comme l’éclair, elle esquiva son attaque, mais il l’avait déjà rattrapée par le bras. Elle réussit à se dégager et s’élança vers le marché, le cœur tambourinant contre ses côtes. Remis de sa surprise, il s’interposa entre elle et l’allée qu’elle souhaitait emprunter. Elle le reconnut enfin : il s’agissait du marchand qu’elle avait volé une heure plus tôt, lui subtilisant un fruit à défaut d’avoir le courage de le lui réclamer. Aucun rapport avec  sa présence sur des marches qui ne lui appartenaient pas ! Il allait la tuer, elle n’en doutait plus.  Désireuse de vivre encore quelques années, elle le mordit, recula en titubant puis percuta soudainement un autre homme de plein fouet. Sa chute fut douloureuse et gémissante, elle croisa son regard doré.

- Sale petite garce ! Il te faudrait un mari qui te dresse, que tu cesses de voler mon étalage ! beugla le marchand en la menaçant d'un bâton.
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Dim 14 Oct 2012 - 10:05

[HRP] Désolé pour la longueur du message ^^ J'étais inspiré ! [HRP]


Il est des jours où dès le lever, l'on entrevoit sa difficulté. Il est des jours où quelque chose semble vous prévenir... Peut-être est-ce Ruyn qui souffle quelques avertissements et conseille de rester alité. Tout le monde connait cette journée, cette date que l'on sait déjà détestable avant même de s'être levé. Certains écoutent le conseil et feinte la maladie. D'autres ne peuvent faire autrement et tentent de braver les futurs problèmes. C'est courageux. Et d'ailleurs, il arrive parfois que, finalement, avec effort et précaution, tout se déroule pour le mieux.
Hé bien, c'est sans doute ceci que ressentit le jeune pilote des Lyserëan ce matin-là. Les rayons venaient à peine de l'effleurer qu'il fronça les sourcils.
Il y avait plusieurs raisons à cela. D'abord, le soleil qui s'infiltrait par les rainures du volet semblait faible et il en supposa une journée grise. C'était une réflexion un peu rapide, fausse comme il l'apprendrait en sortant, mais après tout, il présageait une mauvaise journée alors... Ensuite, les fermiers qui travaillaient pour la famille Lyserëan semblaient plein d'entrain. A un tel point qu'ils faisaient du bruit sous sa fenêtre. C'était détestable et cela l'empêchait de prendre le temps de se réveilleur en douceur, à la vitesse que son corps désirait. Il aimait se réveiller en douceur. Que son esprit s'adapte lentement à la sortie de ses rêves. Et pour aujourd'hui, c'était raté.
Enfin, et avant tout, sa cuisse lui faisait mal. Ça n'arrivait que rarement de si bon matin. Elle était d'habitude encore endormie durant quelques heures et laissait au jeune pilote un long moment de calme et de détente. Mais pas ce matin. Peut-être avait-il dormi dans une position inconfortable. Quoi qu'il en soit, cet ensemble de petites choses lui permettait d'affirmer que cette journée serait mauvaise. Très mauvaise. Et qu'il allait falloir prendre toutes ses précautions pour limiter les dégâts.

Il s'assit sur le rebord du lit, un fin drap le recouvrant partiellement, puis frappa avec haine sur la sonnette afin de prévenir les servants qu'il était levé. Ses cheveux détachés, que peu avait déjà vu ainsi, lui recouvrirent le visage. Il resta un instant ainsi, essayant de mettre la douleur de coté mais aussi en cherchant tout le courage nécessaire à cette journée. Vous savez ? C'est cet instant où toutes les idées s’emboîtent, où l'on retrace notre contexte temporelle, les évènements prévus pour cette journée et où l'on regrette déjà le confort de son lit douillet. Mais c'est aussi à cet instant qu'une douloureuse information lui revint en tête. Une information qui ne faisait que confirmer que cette journée serait atroce. Il avait finit la dernière fiole de Cerulette hier soir. Il était idiot et s'en voulait. Il s'en voulait même tellement qu'il en rejeta la faute sur tout et n'importe quoi. Sur son frère qui, hier soir, l'avait bien trop occupé pour qu'il aille s'en acheter. Sur Korrul, d'être un lieu si inconfortable. Sur les ouvriers qui l'avaient réveillés ce matin et qui, sans doute, avait éveillé la douleur. Sur les serviteurs qui auraient pu penser à lui en acheter - alors qu'aucun d'eux n'étaient au courant - Sur son travail qui lui prenait bien trop de temps. Ou encore sur le "destin" ou quoi que ce soit s'y apparentant qui était trop injuste envers lui. Mais au fond, il savait qu'il était le seul fautif. Lui et seulement lui. Il était le seul à être au courant de son "addiction". Il s'en occupait seul, en prenait seul, et en achetait seul. Même à son frère, il le cachait (Bien que celui-ci devait très certainement se douter de quelque chose).

Il dût balayer les plans de sa journée pour y insérer cette course. Il devait y aller dès ce matin. Au plus tôt. Et vite. Il attrapa sa canne qui était posée contre la table de nuit et s'y appuya pour se lever. Le drap blanc qui cachait certaine parties de son corps et dévoila entièrement son corps nu. Il aimait dormir ainsi, libéré de toute contrainte. De toute manière, il avait très vite apprit à tous les domestiques de ne jamais entrer dans sa chambre sans autorisation. Et ceux-ci s'y plièrent sans en être gênés. Après tout, le jeune homme n'était pas le plus accueillant de la famille. Tous préféraient bien évidemment sa soeur, puis son grand frère.
Aujourd'hui, il ne ferait pas de pompes, pas plus d'abdo'. Rien. Il devait se dépêcher. Il boita donc, nu, jusqu'à une petite table et se pencha au dessus du bol remplis d'eau claire. Il y trempa les mains et s'éclaboussa le visage. Puis rapidement, il prit la brosse posée là, un élastique et tira ses cheveux en arrière. Quelques mèches trop courtes, comme à l'habitude, s'évadèrent de l'emprise de l’élastique et revinrent tomber sur son front. Alors qu'il vint se placer devant le miroir afin de vérifier qu'aucune bosse ne venait salir la froideur de sa coupe, il réfléchit au décalage qu'il devait faire à sa journée. Il devait absolument se rendre à Arish, au centre, pour acheter de la Cerulette. Il revint au bol d'eau, attrapa un gant et le passa rapidement sur les muscles de son corps. Il en profita aussi pour masser un peu la cuisse qui le déchirait la jambe. La douleur lui arracher des traits crispés qu'il aurait du mal à cacher. Il s'habilla finalement tout aussi vite et, alors qu'il vérifiait sa tenue, qu'il corrigeait quelques plis et frottaient quelques poussières, l'on frappa à la porte.

"Entrez et posez ça sur le bureau" ordonna t-il d'un ton bien plus froid qu'à son habitude. Le servant se soumit, timide et discret, comme il avait apprit à le faire devant le jeune Wirïan, puis ressortit tout aussi vite. C'était le plateau déjeuné.

Le pilote mangea peu. Sa douleur le nourrissait bien assez et donnait un goût amer au lait de draoma et aux pains sucrés. Si bien qu'un quart d'heure après, il se retrouvait dans son module, volant jusqu'à Arish. Il était bien décidé à être courageux, à combattre cette mauvaises journée...

* * * *

Il boitait au milieu de la foule et, aussi handicapé pouvait-il être, c'était lui qui poussait les autres et non l'inverse. Il marchait aussi vite que le pouvait sa douleur et il se fichait pas mal du reste. Il savait où il devait se rendre. Il y avait une petite boutique d'herbe dans une ruelle discrète d'Arish. Il se rendait tout le temps là-bas. Pour que tout ceci soit moins perceptible, il avait prévu également d'acheter quelques articles sur le marché central, histoire de fausser les pistes.
Le jeune homme, malgré sa douleur, restait tout aussi froid et ordonné qu'à son habitude. Mais ici, ses sourcils étaient froncés. A l'habitude, il affichait plutôt un visage neutre, voire souriant lorsque l'occasion le voulait. Mais des traits de douleurs... ça, jamais. C'était avouer son handicap. C'était avouer sa faiblesse. Alors oui, d'habitude, il le cachait. Mais aujourd'hui il ne pouvait même plus le faire. Aujourd'hui, c'était une mauvaise journée.

Il approchait finalement du marché central et donc, du médicament. C'était plaisant de savoir au moins ceci. Un des problèmes seraient bientôt réglé. Il faillit même en esquisser un sourire mais... le destin en décida autrement et une activité attira son attention. Sur sa droite, un homme grondait. Un rougeot. Il voulait visiblement battre une jeune femme rachitique et pauvre. Il était facile de deviner les classes sociales de chacun d'eux. Lui, un marchand. Elle, une pauvre devant voler pour vivre. Le sujet de leur dispute.. hé bien, sans aucun doute le vol. Il ressentit un certain dégoût pour ce gros bonhomme qui insultait sans aucune élégance, et qui frappait plus jeune et moins fort que lui. Et puis il eut un peu de pitié pour cette jeune femme. Elle n'était pas comme les voleurs de bas étages, volant par plaisir. Elle, elle semblait le regretter. Oh bien évidemment, Wirïan n'était pas dupe, il savait que beaucoup de jeunes femmes devaient se réduire à ça pour survivre...mais celle-ci, il la voyait de près. Elle était sale et rachitique mais la vitesse à laquelle il avait apprit à lire dans les yeux lui donnèrent une impression de force... Comme si elle n'avait plus rien à perdre. Il décida de ne pas agir. Après tout, ce n'était pas ses affaires. Mais il ne put s'empêcher d'observer encore. De regarder cet odieux marchand. Il avait une telle fureur dans les yeux, une telle haine, c’en était presque effrayant. Alors qu'il la tenait violemment par le bras pour s'adonner à je-ne-sais-quel bassesse, elle le mordit et se libéra. Elle improvisait visiblement, tant et si bien qu'elle tituba à cause de la réussite inattendue de son action... puis vint s'échouer sur Wirïan qui avait prévu le coup. Il la réceptionna doucement, appuyé sur sa canne puis la tint par le bras.

- Sale petite garce ! Il te faudrait un mari qui te dresse, que tu cesses de voler mon étalage ! beugla le marchand en la menaçant d'un bâton.

Il se permit un rapide et peu sincère remerciement de la tête vers l'homme qui tenait sa proie, puis leva son bâton pour asséner son coup fatidique. Il le fit retomber de toute sa force et le bâton vint frapper la... (suspense !!) ... canne de Wirïan. Il avait intercepté le coup et regardait l'homme avec son visage froid. Le marchand remplaça ses traits de fureurs par ceux de l'interrogation incompréhensible. Ce retournement de situation lui était totalement imprévu et il ne savait plus trop quoi penser.
Le jeune pilote reposa le bâton de l'homme au sol avec sa canne, puis lui tendit quelques galons suffisamment pour pouvoir racheter bien plus qu'une pomme.

"Ceci devrait suffire. Allez vous occuper de votre échoppe maintenant." Et il fit un mouvement de la tête pour bien lui faire comprendre qu'il était temps de dégager.

Pourquoi avait-il fait cela ? Hé bien à dire vrai.. même lui ne le savait pas entièrement. Au fond de lui, il savait qu'il y avait quelque chose d'important à faire là. Et puis cette mauvaise journée, il devait la transformer. Alors oui, il avait décidé de faire une bonne action. Oui, mais plus encore... Des plans commençaient à se dessiner dans sa tête. Comme à son habitude, la partie d'échec débutait et il commençait à poser les pions.

Il refit un geste du menton pour que l'homme s'en aille, ce qu'il fit mais non sans grogner quelques insultes dans sa barbe. Il posa finalement son regard sur la jeune fille qu'il tenait toujours et l'analysa encore un peu plus. Ses cheveux épais lui tombaient n'importe comment sur le visage et le dos. Sa peau était sale, et une traînée coulait de ses yeux jusqu'à sa mâchoire prouvant bien qu'elle avait pleuré un peu plus tôt. Ses habits étaient tout aussi sales, mais également abîmés et déchirés. Elle semblait fragile, discrète... Et il bougea un pion sur l’échiquier mental de ses plans. L'odeur de la terre et du savon se mélangeait et donnait une effluve peu attirante mais qui laissait au moins entendre que la jeune femme s'essayait à de nombreux travauxl... servante sans doute.. et bien évidemment ouvrière agricole... Et il avança encore un pion.

"Vous avez faim je crois. Venez." Lança t-il d'un air autoritaire et froid comme l'était son visage et son allure. Et il la lâcha et s'en alla sans se retourner vers elle, boitant au milieu de la foule vers la plus proche taverne.

Elle avait déjà réussie à être une curiosité suffisante pour lui faire oublier sa douleur. Peut-être serait-ce une bonne journée finalement...
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Mar 16 Oct 2012 - 13:38

Mowiel Solverre aurait voulu se terrer au fond d’un trou de souris et y rester cachée. Après ce qu’il venait de se passer à la vue de tous, elle n’aurait pas supporté son regard, alors elle l’évita soigneusement. Par Ruyn ! Avait-elle perdu la tête en volant cette pomme au marchand de fruits et légumes ? Et lui, que devait-il penser d’elle à l’instant présent ? Submergée par la honte et la détresse, elle voulut se libérer de son emprise pour fuir. Malheureusement, son corps refusait obstinément de lui obéir et elle contint un cri d’angoisse lorsqu’il prit enfin la parole, sur un ton si froid qu’il lui rappelait inévitablement les Maîtres qu’elle avait servi pendant près de onze ans.

- Vous avez faim je crois. Venez, lui dit-il, avant de la lâcher et de prendre le chemin d’une taverne.

Combien de fois avait-elle dû supporter le fouet sur sa peau ? Combien de fois avait-elle refoulé ses larmes, accablée par le désespoir et la fatigue, la fièvre et les maux ? Au souvenir de la torture dont elle avait été la triste victime, la douleur l’assaillit partout à la fois. A l’époque, elle avait parfois si mal qu’elle pouvait à peine respirer, et encore moins réfléchir, car sa peau lui brûlait de la tête aux pieds. Les servantes ne pouvaient alors rien dire qui puisse atténuer son malaise et son chagrin. Généralement, dès le lendemain, elle était chassée sans avoir la possibilité de récupérer les quelques effets de sa chambre : être jetée dehors comme un animal bâtard, elle avait fini par en avoir l’habitude et il y a peu, à ne plus pleurer lorsque cela lui arrivait.

Pour calmer ses craintes vis-à-vis de ce parfait inconnu, elle s’efforça de respirer lentement. Que comptait-il faire d’elle au juste ? Elle ne le connaissait pas, il ne la connaissait pas, et il lui proposait soudainement de le suivre, sans lui fournir la moindre explication. Son ton hautain, qui inspire inévitablement la méfiance, ne pouvait que la pousser à fuir maintenant qu’il était encore temps, avant qu’il ne change d’avis et ne songe, peut-être, à la forcer ; après tout, sous ses allures de riche cultivateur, se cachait peut-être le monstre le plus répugnant d’Arish. Mais la jeune Mowiel prit son courage à deux mains et suivit ses pas. Elle n’avait plus rien à perdre après tout. Elle garda avec lui une distance raisonnable et en profita pour le détailler, bien qu’il soit de dos.

Il boitait de façon prononcée. C’est ce qui lui apparut en premier lieu. Mowiel se demanda comment et où il s’était blessé. Si elle n’accompagnait pas un homme visiblement plus fortuné qu’elle, elle ne se serait pas gênée pour lui poser la question directement. Elle bafouilla, chuchotant presque, quelques mots qui lui étaient destinés :

- Vous...vous m’emmenez où ?

Il ne l’avait probablement pas entendu, car à aucun instant il ne se retourna pour lui répondre. Hausser la voix n’était pas dans ses habitudes : on lui avait appris à se taire et à accomplir, sans qu’elle ne demande rien à personne. Alors elle courut derrière lui pour le rattraper, et finalement se mettre à ses côtés. Pour voir son visage, elle se pencha légèrement, puis détourna le regard, certaine de s’être montrée trop curieuse. Ne souriait-il donc jamais ? Ses traits étaient si durs. Pourquoi un si bel homme gâchait-il ainsi l’image que l’on pouvait avoir de lui en adoptant un tel comportement à l’égard des autres ? Ou peut-être n’était-il ainsi qu’avec elle ? Peut-être avait-elle fait quelque chose de mal qui attisait sa colère ? Il lui faisait terriblement peur et elle n’était probablement pas la première à ressentir ce mal-être.

- Je suis désolée pour tout à l’heure…

Elle regardait ses pieds, tout en frottant son bras, qui avait été malmené.

- Je ne voulais pas vous bousculer, je vous le jure ! J’aurais dû faire attention aux gens qu’il y avait autour de moi à ce moment là ! Est-ce c’est moi qui vous ai blessé ? Je ne suis pas la cause de votre douleur, n’est-ce pas ?

Et là elle se planta devant lui pour l’obliger à s’arrêter.

- Je suis en train de vous parler ! Ecoutez-moi s'il-vous-plait ! le supplia-t-elle.

Elle voulait des réponses à ses questions. Elle voulait rembourser la dette qu’elle avait à son égard et, avec cette blessure, elle risquait d’être plus conséquente que toutes celles qu’elle avait eues jusqu’à présent. Son cœur battait à la chamade, ses mains tremblaient tandis que ses jambes peinaient à la porter. Elle le vit enfin. Enfin elle put prendre le temps de le détailler. Par Ruyn, il dégageait un côté sauvage plus effrayant encore que le fouet des Maîtres ! La perfection de ses traits et de ses vêtements était saisissante. Il avait tout du Veilleur Pourpre…sauf la démarche. Elle regretta immédiatement son audace et rougit de honte.
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Mar 16 Oct 2012 - 14:47

Il connaissait Arish. Après tout, c'était la ville de son enfance. Et il n'avait pas attendu pour faire les quatre-cent coups avec son frère et sa soeur. Alors oui, il avançait. Il avançait droit, fier, froid. S'appuyant sur sa canne richement ornée, il n'avait que faire de discuter avec une pauvre. Il savait ce qu'il avait à faire. Il savait où il allait, ce qu'il comptais faire, et où il plaçait les pièces du jeu. Alors oui, il avançait. Il avançait et ne se souciait pas des paroles, des questions, et de la curiosité de la pauvre femme. Après tout, il s'attendait bien à attiser curiosité avec une telle approche. Il la laissa donc parler, se dirigeant vers "Les Quatre Fenêtres", un établissement accueillant et loin d'être dans les prix de la jeune servante.

Ils n'en arrivaient pas loin quand sa curiosité lui fait agir stupidement. Ah ! La curiosité ! Quelle chose étrange. Ça et la plupart des sentiments. On agit souvent stupidement sous la pression du coeur. Penser avec le coeur ! Quelle idée saugrenue !
Elle le stoppa donc, net, dans sa marche, en venant se placer devant lui.

" Je suis en train de vous parler ! Ecoutez-moi s'il-vous-plait ! "

Il ne put retenir un froncement de sourcil. Une simple servante, une sans travail même ! Elle osait ! Elle osait couper la route à un Cultivateur ? A l'interrompre et à le recouvrir de questions !? Elle ne manquait pas de courage, ça non. Elle manquait de réflexion oui. De patience aussi. Mais certainement pas de courage.

Il l'observa quelques secondes, laissant planer un silence gêné. Elle, elle n'ajouta rien. A peine avait-elle fini de supplier que déjà, elle savait avoir fait une erreur, avoir dépasser les bornes. Il hésita un instant à s'en aller, à la laisser là. Il failli tout simplement lui supprimer toute chance de se rattraper par la suite puis... puis il s'avoua qu'un peu plus éduquée, elle serait utile. Vraiment utile.

Il tapa deux rapides coups de sa canne sur le sol sablonneux et se racla la gorge.

"Croyez-vous vraiment qu'il est le moment de discuter en toute tranquillité, commença t-il sur son ton froid et ferme habituel, au milieu d'une ruelle, entourés de bien trop près par d'immondices personnages ? Croyez-vous vraiment que j'ai seulement l'envie de discuter ici même ? Croyez-vous encore que j'ai envie de converser avec quelqu'un ayant sans doute le ventre vide et donc l'esprit ralentit ? La preuve en est par votre ... (il fronça les sourcils) ... par votre curiosité. Et enfin, croyez-vous que je m'abaisserais à payer un marchand furieux, rougeot et dégoûtant pour ensuite vous entendre m'harceler de questions ? Si oui, je vous prierai de déguerpir. De retourner dans les bas-fond écoeurant de cette ville et surtout, de vous souvenir de ne plus vous adresser ainsi à un Cultivateur."

Il s'arrêta un instant, la toisant du regard, puis la décala doucement avec sa canne. Il reprit sa marche rapide en la raflant légèrement et lui lança plus doucement..

"Si non, venez manger et taisez-vous tant que je ne vous en ais pas donné la permission."

Et il entra dans l'Auberge des Quatre Fenêtres sans se retourner.
L'auberge était de celles que les riches s'accordent à visiter. Propre, élégante, loin de tout poivrot et autres personnages de tavernes mal-tenues. Des nappes blanches couvraient chacune des tables et des couverts y étaient déjà alignés. Les sièges étaient moelleux, confortables, et l'ambiance générale tendait dans le blanc et le vert. Il n'y avait pas encore grand monde grâce à l'heure matinale mais les quelques présents semblaient être soit marchand, soit bourgeois, soit Cultivateurs.
Le jeune Lyserëan boita jusqu'à une table au fond de la pièce et s'y affala. Il déposa sa canne argenté près de lui et étira sa jambe droite pour se la masser délicatement...
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Dim 28 Oct 2012 - 6:32

L’Auberge des Quatre Fenêtres tenait sa formidable réputation de la qualité de ses repas. Mowiel Solverre ne connaissait pas l’établissement, mais avait déjà fréquenté l’un de ses concurrents il y a de cela deux années. Invitée par l’un de ses prétendants à La Bière Fumante, elle avait ainsi découvert l’un des lieux les plus malfamés de la ville. Il était connu pour proposer des alcools imbuvables, accompagnés de quelques morceaux d’une volaille à peine cuite, tout cela servi par les bons soins d’une dizaine de donzelles si laides qu’elles menaçaient de faire fuir l’ensemble de la clientèle masculine. Néanmoins, la jeune femme avait été touchée par la prestation inattendue des troubadours ; que dire du repas médiocre, lorsque l’on meurt de faim depuis l’enfance ? On racontait aux tables que la Bière Fumante avait été un lieu très animé autrefois, mais qu’aujourd’hui, elle semblait traverser une mauvaise passe.

L’Auberge des Quatre Fenêtres lui jouait une rude concurrence, bien que sa clientèle soit loin d’appartenir au même monde. On y voyait bien plus de Cultivateurs qu’il n’est possible d’en rencontrer au cours d’une simple vie de pauvresse. C’était un monde où l’on entend rarement un saoulard réclamer une boisson alcoolisée en insultant la pauvre donzelle de petite catin, de mocheté ou encore d’esclave.
Mais ce monde n’était pas le sien.

Elle portait une lourde robe en haillons dont la couleur était méconnaissable, à cause de la lourde crasse qui l’enveloppait. Ses cheveux à peine coiffés et sa peau sale, sèche et rude lui donnait l’allure d’un de ces petits garçons de la rue. Mais il y avait pire encore : toutes ses plaies, loin d’avoir connu le moindre traitement jusqu’à alors, se remettaient à saigner abondamment lorsqu’elle les éprouvait. L’une d’elle, datant du dernier jour où elle put travailler au sein d’une famille de Cultivateurs, il y a de cela quatre mois, se trouvait juste dans sa nuque, à la naissance de sa chevelure. Elle ne pouvait espérer recevoir des soins sans devoir payer de sa poche le service rendu. La générosité n’était pas l’une des qualités du Cultivateur. Quant aux guérisseurs...bien qu’ayant entendu parler de Malhek, jamais elle ne se permettrait d’aller le voir après ce qu’il lui avait fait subir au « Jour du Remerciement ».

Le soir, lorsqu’elle rentrait chez elle, elle devenait la cible privilégiée de ses parents, trop aimants pour la laisser souffrir sans oser la questionner. « Si on s’occupe bien de toi, comme tu le prétends, pourquoi es-tu toujours sale ? C’est toi-même qui détestes te laver ? » ; « Qui est à la source de ses blessures, Mowiel ? ». Jamais elle n’avait osé leur répondre ; pas même pour dire que tout allait pour le mieux, qu’ils se faisaient des idées sur son compte. Elle se contentait souvent de rejoindre le lit et de s’endormir, en proie à l’épuisement. Son rêve le plus cher était de pouvoir nourrir convenablement sa famille et pour cela, elle était prête à faire tous les sacrifices. Juste pour qu’ils vivent une journée de plus, elle pouvait bien recevoir le fouet chaque jour, chaque heure, chaque minute de la journée. Mais au son de l’outil de torture, à la pensée de la douleur causée, elle frémit et revint rapidement à la réalité.

Cet homme était un Cultivateur, il l’avait dit de lui-même tout à l’heure. Peut-être ne valait-il pas mieux que les autres, mais peut-être aussi, pouvait-il lui offrir bien plus que lui avaient jamais offerts ses précédents Maîtres. Tout simplement parce qu’il était différent des autres. Différent par son regard, par ses gestes, par sa démarche boiteuse mais aussi par le choix qu’il lui avait laissé : le suivre gentiment ou partir et l’oublier. C’était bien la première fois en dix-neuf ans qu’elle obtenait auprès d’un Cultivateur une telle liberté de pensée et cela ne manqua pas de la déstabiliser. Elle l’avait donc suivi jusqu’à l’Auberge des Quatre Fenêtres tel un chiot apeuré à l’idée de quitter sa mère, sans même prendre le temps de bien réfléchir à ce qui pouvait découler de sa décision.

Mais ces femmes aux robes colorées, ces hommes au regard sûr, les plats de roi que contiennent leurs assiettes…Tout cela, c’était bien trop pour la jeune femme. Trop pour quelqu’un qui n’avait connu que la viande dévorée par les vers, le pain sec et le fromage verdâtre, sans parler de la sueur, l’urine et la boue qui imbibent ses vieilles loques déchirées. Véritablement intimidée de se retrouver de nouveau confrontée à ce monde qu’elle avait perdu de vue depuis la dernière fois qu’elle avait été chassé, elle détourna le regard et le posa sur un vieux tonneau de vin installé dans un coin de la salle. Il soutenait un beau vase, dont la fleur commençait à faner.

Je ne l’ai jamais remercié pour son aide.

Elle ne prononça pas un mot. Le Cultivateur le lui avait interdit.

Je me suis contentée de m’excuser de la manière la plus stupide qui soit, alors qu’il m’aurait suffi de lui dire merci.

Il massait sa jambe avec une délicatesse peu courante chez l’homme. Ce comportement était probablement lié au fait qu’il boitait et devait impérativement utiliser une canne pour se déplacer. Mais de quoi souffrait-il donc ? Mowiel Solverre n’avait pas pour habitude de croiser des Cultivateurs estropiés, ce triste destin étant majoritairement réservé aux Veilleurs Pourpres. Elle faillit lui demander si tout allait bien, si elle pouvait l’aider en quelque chose, mais elle se contint à temps. Elle avait l’habitude de faire preuve de retenue en présence d’un Cultivateur, mais lorsqu’une personne souffrait, elle se faisait violence et culpabilisait plus qu’elle ne le devrait. Après tout, elle ne le connaissait pas ! Alors pourquoi s’inquiéter de sa santé ? Elle secoua doucement la tête pour reprendre ses esprits.

Elle finit par fixer avec intensité la jambe, cherchant les points les plus douloureux et les gestes qui le soulageaient. Ce type avait fait fuir un gros lourdaud, avec son handicap ? Mais pourquoi prendre un tel risque ? Pourquoi perdre son temps avec une petite voleuse ?

Il ne me doit rien. Alors pourquoi me ferait-il manger ? finit-elle par se demander. Je ne lui ai rendu aucun service, je ne suis pas différente des autres filles de rue. S’il a une idée derrière la tête, alors je suis curieuse de la connaître. Mes petits frères et sœurs ont bien plus faim que moi…c’est eux qu’il devrait aider, pas moi. Moi je suis adulte, moi je peux assumer mes gestes et prendre en main mon destin. Eux, ce ne sont que des enfants…juste des enfants !

Elle ouvrit la bouche, mais la referma.
Dépassée, elle se saisit des pans de sa robe et les resserra autour de ses hanches osseuses. Que faire maintenant ? Lui accorder sa confiance ? Fuir avant qu'il en lui arrive quelque chose de grave ? Prendre le risque d'être la victime d'une agression quelconque, d'un trafic ? Elle rêvait de lui demander pourquoi. Pourquoi lui être venue en aide ? Pourquoi avoir justement pris la peine de payer un marchand furieux et dégoûtant.
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Dim 28 Oct 2012 - 14:51

Elle le suivit finalement. Malhabile, gênée, mal à l'aise. Le jeune Wirïan lui fit un signe de la main pour l'inviter à s’asseoir. Le contraste entre cette pauvre enfant, ces vêtements sales, ce pas timide, et le riche décor, la luxure du mobilier et la fierté des clients laissait comme une impression d'instant rare. Comme un moment qu'il ne fallait pas oublier. La pauvreté dans la richesse. Une belle image... presque artistique. Un instant éphémère et qui ne se retrouvera sans doute jamais. Alors, oui, un court moment, Wirïan faillit laissé passer un sourire. Un sourire d'admiration. Un sourire non pas pour la petite. Et encore moins pour le restaurant. Non, un sourire pour ce couple incongru.

Mais il balaya vite ses pensées d'artiste par sa logique et sa concentration. Il l'observa s'approcher doucement, hésiter. Il observa son visage partagé entre la peur, la curiosité, et le questionnement. Evidemment, il savait qu'elle devait avant toute chose se demander pourquoi elle l'avait suivit, pourquoi il l'avait aidé et invité, et pourquoi encore il pouvait lui accorder de l'importance. Il nota surtout qu'elle se retint de parler. Elle garda docilement le silence, comme il le lui avait demandé. Elle serait parfaite.

Il attendit qu'elle s’assoit en face de lui et se redressa sur son siège. Le dos droit, il déposa sa canne, et appuya son menton sur ses mains liées, accoudé à la table.

"Vous savez..., commença t-il calmement, lentement, il est toujours préférable de réfléchir le ventre plein. Il est préférable d'avoir eu une bonne nuit de sommeil également, mais, pour l'heure, je ne pourrais vous offrir qu'un repas."

Il s'arrêta et sortit une bourse qu'il posa sur la table.

"Un lait ? Un lait chaud et quelques tartines ? Cela vous plairait-il ?" Demanda t-il sans l'air chaleureux qui aurait été approprié à la question.

Il attendit la réponse de la jeune femme, sans vraiment l'écouter, et leva la main vers le serveur pour commander. Il en commanda deux. Après tout, autant qu'il l'accompagne. Le serveur prit la commande et s'évada rapidement pour servir son client, tandis que le Cultivateur reporta son attention sur la jeune femme. Ses yeux parcoururent son visage, il semblait vouloir la déchiffrer, tout deviner d'elle. Oh bien sûr, de là, il ne pouvait pas en savoir beaucoup, mais... il cherchait, calculait, préparait. Les pièces se posaient sur son échiquier. Elle pouvait éventuellement être une jolie femme, si elle était richement vêtue, et surtout lavée. Elle avait fait preuve de docilité également. Elle n'avait pas posé de questions. Elle avait respecté son ordre aussi vite et froid qu'il avait été lancé. Elle devait, en revanche, être légèrement trop curieuse... mais il le nota mentalement. Finalement, le serveur revint avec deux assiettes. Chacune portait une tasse de lait chaud et deux tartines. Aussi intrigué fut-il de servir une femme si pauvre et si mal tenue, le serveur n'en fit rien paraître en déposant les plats devant chacun d'eux.

Wirïan paya d'un geste désinvolte et fit signe de la tête à la jeune femme de se mettre à table. Il la laissa se lancer tranquillement, à son rythme et,enfin, lorsqu'elle se décida enfin à manger, il continua :

"Parlez-moi de vous. (Il se remit au fond de son siège et repris sa canne entre les doigts) Parlez-moi de tout. De votre vie. De votre enfance. Parlez-moi de ce qui vous passe dans la tête."

Il s'arrêta et continua à la fixer, faisant tourner le pommeau de sa canne, tout ouïe à ce qu'elle aura à dire, le visage neutre.
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Jeu 1 Nov 2012 - 19:10

Mowiel Solverre rougit soudain. C’était une femme simple, jeune et en galère. Elle fuyait une vie injuste, était fauchée et affamée. Passionnée, envoûtante, avec une curiosité et une innocence d’enfant, à la fois vive et sans tabous, inventant d’improbables mises en scène pour se faire remarquer par des Maîtres plus prompts à la clémence, elle ne put cacher sa surprise lorsque le Cultivateur montra de l’intérêt pour ce qu’elle était. Aussi exceptionnelle soit cette situation, Mowiel Solverre avait trop longtemps gardé pour elle ses espoirs vains, pour dévoiler ainsi sa vie au premier inconnu venu.

- Vous parler de moi ? balbutia la jeune femme, désorientée. Ma vie n’est pas assez intéressante pour retenir ma propre intention…

Elle ne voulait pas se montrer insultante, mais comment détourner autrement l’attention de son interlocuteur ? Non seulement il lui avait sauvé la vie au mépris du danger, mais en plus de cela, il se montrait étonnement généreux en lui offrant un petit déjeuner d’une qualité que peu de gens d’Arish ont les moyens de s’offrir. Si elle avait écouté son cœur, elle aurait fui dans l’immédiat. Mais Mowiel Solverre était une jeune personne bien trop attachée aux marques de générosité pour ne pas déjà songer à la manière dont elle pourrait lui rendre la pareille, aussi minime soit cette dépense au sein de la fortune de sa famille.

Elle décida donc de ne donner aucun détail, espérant au plus profond de son être que cela lui suffise.

- On m’a envoyé aux champs dès que j’ai été capable de tenir une serpe. En hiver, lorsqu’il faisait plus doux, nous nous occupions des bêtes et réparions les clôtures. Ma mère passait ses journées devant l’âtre, à d’occuper de mes petits frères et sœurs ; mon père quant à lui, travaillait comme jardinier au sein de maisons nobles. J’ai suivi ses traces en imaginant, telle une enfant inculte, aussi sotte que bornée et toute cousue de préjugés, que j’allais gagner bien assez pour nourrir les membres de ma famille sans que l’un d’eux ne manque de quoi que ce soit. C’est ainsi que je suis devenue servante.

Mowiel arrêta immédiatement son récit. Il fallait maintenant qu’elle trouve le moyen le plus ingénieux pour justifier son vol au marché d’Arish. En tant que servante, elle devrait toucher suffisamment d’argent pour ne pas mourir de faim, et donc pour ne pas en arriver à commettre de tels actes. Elle regretta d’avoir évoqué son métier, qu’elle n’exerçait plus depuis plusieurs mois déjà.

- Il y a peu, la famille que je servais a mis fin à mes services, car elle a dû quitter la ville. Ils m’ont proposé de les suivre, mais je ne voulais pas abandonner ma famille dans de pareilles conditions.

Mentir n’était pas dans les habitudes de la jeune femme et, honteuse, elle rougit plus encore. Pour cacher son trouble, elle entama son repas. Plus affamée encore qu’elle ne l’avait imaginé, elle mangea ses tartines en un temps record, faisait passer le tout avec quelques gorgées de lait chaud. Brûlant, il faillit lui arracher un cri de douleur mais rapidement, le plaisir d’avoir quelque chose dans l’estomac prit le dessus et elle faillit laisser l’émotion la submerger. Avant qu’il ne remarque la larme qui coulait le long de sa joue, elle l’essuya d’un geste rapide du poignet. S’il la suspectait de pleurer, alors elle pouvait bien parler de la gêne occasionnée par la fumée des cuisines.

Il la fixait encore. Elle eut la désagréable impression qu’il pouvait lire en elle. Immédiatement elle détourna son regard, comme elle l’avait fait depuis leur arrivée à l’Auberge des Quatre Fenêtres.

Pourquoi est-ce qu’il m’a amené ici ? Ne puis-je donc pas lui poser la question sans prendre le risque de m’attirer ses foudres ?

Elle soupira, épuisée.

Après tout, peut-être que ses questions sur ma vie n’étaient posées que dans le but de lancer un sujet de conversation.

- Je...

Par Ruyn, elle était bien trop généreuse !

- J'aimerais...

Ne pas parler sans son autorisation. Mais savait-il seulement à quel point elle mourait d'envie de lui demander de quelle manière elle pouvait le remercier ?
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Ven 2 Nov 2012 - 4:23

Il la laissa s'exprimer autant qu'elle le désira. Comme il l'avait sentit, elle avait travaillé dans les champs et avait aussi été servante. Deux atouts non négligeable pour ceux qu'il espérait en faire. Mais elle avait une famile. Peut-être une grande famille. Et elle y était attaché. Un instant, il crut que rien ne serait possible mais il se ravisa lorsqu'elle parla du manque d'argent et de son envie de nourrir sa famille.

Il attrapa l'une des tartines pendant qu'elle expliquait tant bien que mal que, aujourd'hui, elle n'avait plus de travail et la trempa dans le lait chaud avant de reporter son attention sur elle. Il ne voulait pas la quitter du regard, il voulait voir de quoi elle était faite. Non pas, physiquement évidemment ! Mais il voulait voir comment elle réagissait à ses propres mots, comment elle réagissait en parlant de sa famille, en parlant d'elle. Il voulait voir plus loin que les mots. Ils n’apprennent jamais l'ensemble d'un point de vue, jamais. Les mots sont bien trop limités.

Elle s'arrêta et mangea, affamée, profitant de cette douce nourriture. Il ne la stoppa pas, ne reprit pas la parole, la laissant avec ses pensées et son repas durant un instant. Evidemment, il ne put raté son mouvement pour essuyer une larme qu'il n'eut pas le temps de voir apparaître, mais il retint tout commentaire et tout mouvement.

Et enfin, elle balbutia un début de phrase...

-J'aimerais...
- Vous aimeriez ? Répondit-il aussi froidement qu'à l'habitude en levant un sourcil. Si je vous demande de parler, profitez-en. Dites-moi donc tout ce qui vous passe par la tête.

Et il mangea sa première tartine avec délicatesse, noblement, comme on l'avait éduqué.

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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Lun 5 Nov 2012 - 15:42

L’inconnu devait avoir tout au plus une petite trentaine d’année. Grand, solidement bâti, les traits réguliers…Il aurait eu tout pour séduire, s’il n’y avait pas eu cette froideur. Une froideur qui, pour les gens qui ne le connaissaient pas, pouvait aisément passer pour de l’indifférence ou, même, pour de l’arrogance. Son comportement la mettait à la torture. Il ne lui rappelait que trop l’un de ses vieux oncles : un être cynique et distant, qui consacrait son existence entière à l’accomplissement de son devoir. Un solitaire que l’évocation des émotions et des sentiments paralysait. Pourtant, il lui offrait le repas d’un roi et montrait un net intérêt envers le cours de ses pensées. Se trompait-elle en le comparant à l’oncle Solverre ? Sous son masque de froideur, n’allait-elle pas entrapercevoir sous peu quelques trésors de douceur et de vulnérabilité ? Non ! Cela était tout bonnement impossible ! Et quand bien même pouvait-il cacher à son entourage sa véritable nature, Mowiel n’était pas dupe : ce ne serait en aucun cas à elle, inconnue rencontrée au hasard d’une escapade au marché, qu’il viendrait à se confier.

Je m’en veux tellement des risques que je lui ai fait prendre. Je ne pensais qu’à transgresser la loi et à braver le danger !

Il y eut ce moment où ses larmes virent le jour, et elle pleura, non pas qu’elle fût troublée, elle pleura son impuissance, elle pleura son désespoir. Elle se croyait indépendante et libre, la réalité pesait sur elle comme la geôle sur le prisonnier.

J’aurais pu être la responsable de sa mort !

La douleur qu’elle ressentait lui serrait la gorge. Elle étouffait, se mit en colère et pleura de plus belle. Elle avait dix-neuf ans et l’âme brisée en milliers d’éclats. Envolées les illusions qui l’avaient nourries enfant ! Aujourd’hui, elle laissait libre cours à sa déception, son amertume, sa rancœur vis-à-vis d’elle-même. Mowiel se serait battue tellement elle s’en voulait ! Ce n’était en vérité pas la première fois qu’elle mettait ainsi la vie d’autrui en danger et à cette pensée, un sang qui ne lui appartenait pas se mélangea à la crasse de ses mains. Cette vision perverse, qui n’apparaissait qu’à son regard, manqua de lui arracher un cri de détresse.

- Je tenais à m’excuser ! Vous m’avez sauvé la vie, parvint-elle à articuler, non sans quelques difficultés. A cause de moi, vous auriez pu avoir des ennuis, ou être malencontreusement blessé, mais vous m’offrez le lait et les tartines, ignorant de ce à quoi vous avez échappé. Je n’ai jamais voulu que quiconque mette son intégrité physique en jeu pour ma personne ! Jamais !

Elle reprit son souffle, comme si chaque mot, chaque syllabe, devenait le fruit d’un effort surhumain.

- Je n’ai rien à vous offrir : ni argent, ni marchandises, et notre lopin de terre est aussi stérile que le ventre d’une femme d’âge avancé. Mais je vous en supplie ! Par pitié, Sire ! Demandez-moi ce que vous souhaitez ! N’importe quel service, n’importe quelle course, et…tout ce qui est possible…cela sera fait au mieux…Mais…Ne…Ne me laissez pas porter le poids d’une dette… qui ne vous sera jamais rendue…

Mowiel accomplit un geste maladroit et le verre de lait chaud se renversa sur son vêtement. Bien que vêtue d’une loque, le lait traversa le tissu et agressa très légèrement sa peau, tâchant dans ce même temps le splendide fauteuil sur lequel elle était assise. En essayant de rattraper le verre, elle le fit finalement tomber au sol et il se brisa en une centaine de petits morceaux. Honteuse, la jeune femme se leva précipitamment, puis prit la direction de la sortie. Dépourvue de chausses, plusieurs éclats de verre pénétrèrent sa peau mais sa course folle la rendait alors incroyablement résistante à la douleur. Jamais elle ne pourrait rembourser, et il n’était pas question qu’il soit celui qui paye ses bêtises !

Si l’argent lui manquait, alors il ne lui restait plus que la fuite. Dans les tavernes miteuses, l’on coupait la main aux voleurs !
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Mar 6 Nov 2012 - 12:21

Et elle se mit à pleurer. Elle déballa sa peur, son envie de rendre, de remercier, son impression de gêner et de l'avoir mis en danger. Elle pleura. Alors le jeune cultivateur eut un mouvement de recul. Ses yeux trahirent son étonnement et il fut désarçonné un moment par cette servante qui manquait de tact et de logique.
Elle renversa son lait et brisa son verre. Les mains tremblantes et les larmes aux joues, elle se leva et commença sa lancée vers la sortie, fuyant une peur toute créée.
Quant à lui, quand elle renversa sa tasse, il s'était levé et avait attrapé sa canne, comme par réflexe. Elle commença à courir et, les sourcils froncés, il la lui jeta dans les jambes. Pas assez fort pour lui faire mal mais bien assez inattendu pour la renverser. Le serveur arriva à la seconde d'après, attiré par le bruit, et il put voir un homme, debout, froid, hautain, les traits tirés et une petite en pleurs, sale, étalée au sol à l'entrée. Tout comme les clients, il ne bougea pas, perplexe, et regarda la scène, étonné tout autant que curieux et effrayé.

Le Cultivateur ne bougea pas un instant, regardant l'idiote au sol. Son regard était noir et l'on aurait pu croire que bientôt, il frapperait à nouveau pour achever le travail. Ses traits étaient tirés, sa mâchoire serrée. On voyait là toute la puissance des hommes d'argent, des hommes de luxe, des hommes de pouvoir. Il penchait légèrement sur la table, appuyé sur celle-ci plutôt que sur sa cuisse, mais le reste de son corps n'était que ordre et grandeur. Son regard, son visage et son corps parlaient pour lui. Ils défiaient quiconque de dire un mot tant qu'il n'en avait pas donner la permission.

"Je crois, commença t-il d'un ton calme en brisant ce silence pesant, qu'il est très malpoli de courir dans un restaurant de luxe."

Il fit quelques pas en se tenant aux chaises et au table, s'approchant de la pauvre idiote.

"Je crois aussi qu'il est mal placé de quitter une conversation avec un homme de mon rang sans en demander l'autorisation, ainsi que de briser de la vaisselle aussi chère sans même s'en excuser... Et je crois enfin qu'il est mon choix de dire si, oui ou non, vous me devez quoi que ce soit."

Il continua à s'approcher doucement et finalement, arrivé près d'elle, se baissa pour ramasser sa canne argentée, sans plus jeter un seul regard à la gamine qui, pourtant, un instant plutôt était son centre d'attention. Finalement, c'était une mauvaise journée. Non seulement il venait de perdre son temps avec cette pleurnicheuse, mais, en plus, sa douleur était revenue. Il grimaça et revint à sa table pour s'y affaler.

"Vous avez une façon bien étrange de rembourser la dette que vous pensez me devoir. En pleurant... en cassant.. en fuyant.... Peut-être que c'est la façon de faire chez vous : en évitant. (Il trempa la biscotte dans le lait, calmement et en observant sa tasse.) Finalement... vous m'êtes inutile. Malpolie.... sentimentale... pleurnicheuse... "


Il secoua la tête, sans la regarder, et prit le temps de croquer dans sa tartine. Une fois... deux fois... laissant à nouveau s'installer ce silence pesant, inquiétant mais reprit finalement :

"Si vous tenez tant à payer vos dettes.... alors allez chez l'herboriste, au coin de la rue. Achetez une fiole de poudre de Cerulette et rapportez-la moi. Vous serez libérée de toute dette envers moi, libre de pleurer, de courir et de rejoindre votre misérable cocon familial." cracha t-il sans quitter son déjeuné des yeux.

Il ouvrit la bourse posée précédemment sur la table, prit quelques galons et les poussa vers la servante puis reprit la tartine et mangea tranquillement. Il mangea sans plus aucun traits de douleur, sans plus aucun traits de colère. Il mangea comme s'il ne l'avait jamais rencontré. Il mangea comme si elle n'avait jamais existé.

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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Mar 6 Nov 2012 - 17:11

Sans un mot, Mowiel saisit l’argent et le rangea dans le fond de sa poche.

Les jambes flageolantes, la jeune femme se hâtait sur le chemin, trébuchant à chaque obstacle rencontré. L’estomac noué, le corps tout entier en proie à la terreur, ses lèvres remuaient en une supplication muette, aussi passionnée que fiévreuse. Elle atteignit finalement l’herboristerie, où les clients se pressaient, à défaut de souhaiter la présence d’un guérisseur.

S’arrêtant un instant pour reprendre son souffle, elle aperçut au loin une silhouette familière qui se dirigeait rapidement vers elle. Un cri de soulagement étouffé monta dans sa gorge lorsqu’elle reconnut enfin Boharin Solverre, le plus âgé de ses petits frères. Tout de suite, elle courut au devant de lui, sans se soucier ni de la foule, ni de ses larges jupons qui balayaient le sol. Quand elle l’eut rejoint, hors d’haleine, elle était déjà tombée par trois fois et ses paumes, comme ses loques, étaient plus encore couvertes de boue et de poussière.

Boharin, souriant, se pencha sur elle pour lui tendre une main secourable. Lorsqu’elle fut debout, il ne lui laissa pas le temps de s’exclamer et la prit dans ses bras, caressant ses longs cheveux avec douceur. Sa sœur tremblait contre lui, tel un animal traqué. Soucieux de la voir dans un tel état d’anxiété, il la détailla de la tête aux pieds. Rien n’était différent de d’habitude : sale, de petite taille, elle continuait de se battre même lorsque la vie ne lui offrait aucun moment de répit. Entêtée, elle refusait de l’écouler lorsqu’il lui conseillait de prendre soin de son apparence, insistant sur le fait qu’en refusant le mariage, elle gâchait probablement les plus beaux jours de sa vie. Au hasard d’une caresse, il ramassa une larme égarée et manifesta son inquiétude. Ce n’était pas la première fois qu’il la voyait pleurer, mais cela lui était aussi insoutenable qu’au premier jour.

- Mowiel, qu’as-tu fait ?
- Ce sont les sables de Korrul, cesse donc de t’en faire pour moi,
insista la jeune femme.

Puis elle reprit, plus sérieusement.

- Comment se passe le travail aux champs ?
- J’ai terriblement mal aux bras et mon dos me fait probablement autant souffrir que celui des anciens. Mais grâce à l’argent que j’ai gagné, nous avons pu acheter un peu de pain. Comme tu n’étais pas à table, nous t’en avons gardé un bout, coupé équitablement entre tous les membres de la famille.

- Boharin ! Tu aurais dû le donner aux petits ! Je m’en sors très bien seule, il est inutile de vous priver !
- Nous priver de quoi ? Nous avons toujours partagé ainsi nos gains. Regarde-toi ! Tu devrais être mariée, en voie de porter des enfants, mais tu te soucies peu de ton avenir et vagabonde dans les rues avec le mince espoir d’être embauchée par une famille de Cultivateurs. Tu es affaiblie. Malade. Fragile. Repose-toi, ce n’est pas à toi de te sacrifier ! Et quel Maître voudra encore de toi lorsqu’il te saura fiévreuse au premier effort fourni ?


Son regard s’attrista. Forcé de retourner au travail, Boharin dût abandonner sa sœur là. Leur petite conversation avait attiré les regards, de nobles, de servants et de bien d’autres badauds.

Lorsque Boharin jouait de son autorité naturelle, rien ne laissait penser qu’il puisse connaître la signification du terme « discrétion ». Bien que cela puisse nuire fortement à sa quête de travail, Mowiel fut bien incapable de lui en vouloir. Songeuse, elle prit le chemin du commerce et n’attendit pas bien longtemps avant de pouvoir réclamer la Cérulette tant convoitée. L’intrigant Cultivateur devait l’attendre depuis une dizaine de minutes déjà et elle se hâta de prendre le chemin du retour. Meurtrie par les quelques bouts de verre plantés dans ses pieds, elle prit le temps de les retirer avant de pénétrer l’Auberge des Quatre Fenêtres, gémissant lorsque la douleur devenait trop vive.

Ce fut le même personnel qui l’accueillit, avec toujours au visage cette mine intriguée. Mowiel n’avait pas l’habitude qu’on la fixe ainsi et elle rougit fortement. Une fois qu’elle y fut autorisée, elle rejoignit le Cultivateur à sa table, puis déposa le dit médicament, que la jeune servante connaissait pour soulager les douleurs, même les plus tenaces. De quoi souffrait-il donc pour avoir besoin de la Cérulette ? Etait-ce cette jambe de bois qui le faisait tant souffrir ? Ou bien un autre mal, là, quelque part, le dévorant de l’intérieur ? A côté des plantes, elle déposa l’argent qui n’avait pas été utilisé, craignant, comme à chaque course, qu’on ne la soupçonne à tort d’en avoir gardé pour elle.

Un homme s’approcha soudain. Il s’agissait du serveur. Lorsqu’elle se retourna pour l’apercevoir, elle vit un grand homme entrer dans l’Auberge. L’un de ceux qui avaient assistés à son échange avec Boharin tout à l’heure. Elle décida de ne lui prêter que peu d’attention, espérant tout de même qu’il ne fasse pas grand bruit de ses faiblesses auprès d’autres Cultivateurs.

- Mes excuses, Seigneur Lysereän. Ne serait-il pas plus judicieux que cette jeune femme porte quelque chose à ses pieds ? Elle tâche nos tapis de son sang et…sa présence ne plaît guère à certains de nos clients…finit-il, en chuchotant presque.

Mowie Solverre eut le réflexe de constater les dégâts. Il s'agit de petites tâches, presque invisibles aux yeux de ceux qui ne font pas attention ; mais ici, plus qu'autre part, rien n'échappait au regard expert du serveur. Elle remarqua également qu'il ne s'était pas fait attendre pour ramasser les éclats de verre. Plus aucun ne subsistait au sol.

Que dire de ces regards posés sur elle ?
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Mer 7 Nov 2012 - 11:01

Il dégusta ses tartines bien tranquillement. Il avait déjeuné bien trop rapidement chez lui de toute manière. Mais maintenant, sa Cerulette devrait arriver alors il ne s’inquiétait plus.
La servante s'en alla avec les sous, sans un mot. Elle aurait, bien évidemment, pu simplement s'enfuir avec, le voler, et ne jamais revenir avec le médicament. Mais il savait que cela ne se déroulerait pas ainsi. Elle reviendrait. Elle devait revenir. Pour elle. Ça au moins, il l'avait deviné en elle.

"Je.. vous en apporte un autre Monsieur Lysereän ?" déclara docilement et encore intimidé, le serveur alors qu'il nettoyait rapidement la tasse brisée précédemment. Il n'avait pas perdu de temps à s'y jeter dessus afin de faire disparaître rapidement toute trace de saleté. Peut-être était-il maniaque. Peut-être tenait-il à garder la réputation de son restaurant intacte.

'Non, non. Merci, déclara nonchalamment le cultivateur en essuyant le coin de ses lèvres. Je vous rembourserais.. ceci." Et il désigna les débris d'un air hautain.*

Il était bien dommage que cette petite n'est pas été à la hauteur. Mais après tout, il en trouverait sans doute d'autres. Pourtant, il se trompait rarement dans ses jugements, et elle, il avait cru y deviner ce petit quelque chose... Il haussa mentalement les épaules et reprit son petit déjeuné, tranquillement.




Quand elle revint (et il trouva qu'elle avait mit un peu trop de temps), elle n'ajouta rien. Elle semblait encore plus abattue que lorsqu'il l'avait rencontré un peu plus tôt. Les regards se tournèrent sur elle, à la fois inquiet qu'une nouvelle scène se déroule, et toujours plus curieux. Elle déposa la poudre bleutée sur la table et ne reçut qu'un signe de la main pour lui dire de s'en aller. Un signe désintéressé, un signe et aucun regard de sa part, aucun mot.

C'est le serveur qui ouvrit la discussion.

"Elle s'en allait..." déclara t-il doucement avant de prendre une gorgée de lait.
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Mer 14 Nov 2012 - 6:59

Lorsque le Cultivateur se permit de la chasser, Mowiel Solverre fut comme aspirée dans un monde à part. Sa peine et sa détresse étaient restées trop longtemps vivantes en elle pour pouvoir se ternir un jour. La pensée de ces heures de souffrance entre les mains de ses Maîtres s’était de nouveau emparée d’elle avec une telle violence qu’elle ne voulait plus s’abandonner à cette existence et à cette misère. Depuis son arrivée à l’Auberge des Quatre Fenêtres, la jeune servante était plus troublée qu’à l’accoutumée.
Son cœur était tourmenté…Son chagrin s’envolait certes, mais sa tristesse demeurait de ne pouvoir se débarrasser de ce fardeau trop injuste qui reposait depuis dix-neuf ans sur ses épaules. Pour la première fois depuis des mois, elle pouvait se rendre utile et voilà comme elle en était remerciée ! La culpabilité finit par prendre le dessus et elle se laissa gentiment tirer vers la sortie, gémissant lorsque ses plaies lui causaient trop de mal. Pourtant elle attendit sagement devant l’établissement, que l’homme daigne sortir une fois son petit déjeuner terminé.

Assise sur les marches depuis bientôt une demi-heure, Mowiel Solverre était plongée dans ses plus profondes pensées, oubliant les hommes riches qui ne la voyaient que comme un vulgaire déchet, oubliant ces animaux errants en recherche de proies : oiseaux, enfants, aliments jetés dans les poubelles et caniveaux. Le monde n’était plus qu’un élément de décor…et elle rêvait du jour où sa famille ne souffrirait plus de nourriture, du jour où elle aurait trouvé un Maître fiable, généreux, dont la confiance lui permettrait de travailler sans craindre de perdre son emploi du jour au lendemain. Mowiel Solverre ne supportait pas que l’on se base sur sa maladie pour la chasser : elle n’avait pas demandé à posséder une constitution fragile ! Et elle était bien certaine de se donner pourtant à fond dans chacune de ses tâches ! Alors pourquoi ? N’était-elle qu’un poids ?

Soudain, la porte s’ouvrit et l’homme sortit. Il l’ignora aussi royalement que tous autres, mais la jeune femme ne comptait en rester là : son avenir se jouait, mais également celui de sa famille entière. Dût-elle se retrouver à des lieux d’ici, jamais elle n’abandonnerait. Alors elle le suivit à bonne distance, afin de ne pas paraître plus impolie. Tandis que tous s’écartaient sur son chemin, Mowiel elle se faisait sans cesse malmener et tomba même au passage d’un véritable monstre ambulant, pesant probablement plus d’une centaine de kilos. Rien n’y fit, elle reprit sa route malgré ses genoux éraflés, jusqu’à retrouver l’homme qu’elle suivait tantôt. Il était facilement reconnaissable parmi tous les autres : il boitait plus fortement que quiconque et les reflets de ses longs cheveux contrastaient dans la foule. Qu’avait-il fait, cet homme, pour ainsi se blesser ?

Elle imagina tous les scénarios : agressions, accidents, mutilation. Quelques fois, par le passé, Mowiel Solverre avait eu l’occasion de porter des soins à ses Maîtres, lorsque la douleur leur devenait trop insoutenable. Le plus souvent, elle travaillait le dos, les chevilles et la nuque. Laissant son instinct guider ses gestes, elle soulageait chacun de ses patients en leur faisant d’abord penser au plaisir de son toucher, plutôt qu’à la douleur causée par leurs blessures. Cet homme marchait bien trop, et qui plus est, il ne se ménageait aucunement en se pressant ainsi…elle courrait presque derrière lui ! Avait-il conscience de ce qu’il faisait subir à sa jambe ?

Mowiel Solverre se surprit à penser qu’elle aurait aimé pouvoir manipuler cette partie du corps.

Elle courut soudainement, avança bien plus en avant, puis s’arrêta. Là elle s’inclina doucement, comme pour demander la permission de prendre la parole. Son regard fixait avec bien trop d’insistance cette jambe.

- Vous devriez vous ménager…Vous êtes chanceux de pouvoir encore vous déplacer, mais si vous ne faites pas attention à vous, alors…

Elle croisa l’espace d’une seconde son regard doré. Quelle puissance !

- Je…j’ai déjà soulagé… certains Maîtres de leurs maux…si vous me permettez…je peux peut-être...
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Mar 20 Nov 2012 - 10:57

Elle sortit finalement et le serveur s'activa à nettoyer les traces qu'elle avait faite. Quant au jeune Cultivateur, il but tranquillement son lait, qui maintenant, se tiédissait. Quel étrange petite aventure venait-il de vivre. Inutile ? Pas entièrement. Maintenant, il savait qu'il lui fallait un serviteur personnel. Un homme à tout-faire. Boh, il en trouverait bien un. Et tout en débouchant la fiole précédemment rapportée, et en en versant dans son lait, il se demandait où. Quelqu'un à la loyauté inébranlable tant qu'à faire. Il but son lait cul-sec et s'affala dans son siège en se massant la jambe. Ça irait mieux et il pourrait reprendre sa journée comme elle était prévue originellement.

Ce n'est qu'un quart d'heure plus tard, qu'il passa à nouveau la porte de l'établissement. Son visage, plus froid et neutre encore que ce matin. Oh, évidemment, il la vit. Il la vit mais s'en ficha. A un tel point qu'il sembla être passer sans la voir. Puis il se dirigea vers l'entrée de la ville, vers son véhicule. Il allait vite, de son allure fière et arrogante, froide et neutre. Il devait rattraper le temps perdu là et ne se privait pas d'aller vite.

Mais encore une fois, il n'en fut pas ainsi. Pour la seconde fois, elle venait lui couper la route. Il n'avait pas penser qu'elle comptait le suivre et il leva un sourcil interrogateur, mâchoire serrée. Il allait lui lancer l'un de ses longues tirades détestables mais ce retint en la voyant s'incliner et demander de façon élégante et silencieuse de demander la parole. Enfin, elle apprenait.
Il laissa un instant de silence avant d'hocher la tête pour le lui accorder.

- Vous devriez vous ménager…Vous êtes chanceux de pouvoir encore vous déplacer, mais si vous ne faites pas attention à vous, alors… Je…j’ai déjà soulagé… certains Maîtres de leurs maux…si vous me permettez…je peux peut-être...

Et quel malheur ! Elle osait ! Elle osait !
Il bouilla intérieurement, son sang tamponnait ses tempes et ses doigts blanchirent sur sa canne. De quel droit osait-elle parler de son infirmité !? Et de quel droit croyait-elle avoir seulement le droit d'y toucher !? Ses dents serrés tiraient son visage de colère, marquant sa forte mâchoire et encadrant la finesse de ses traits. Son regard, si cela aurait été possible, lançait des torrents de flammes sur l'innocente femme. Et s'il n'avait jamais pris l'habitude de toujours éteindre ses émotions pour réfléchir au mieux, sans doute aurait-il levé la main sur elle. Mais au lieu de cela, il respira doucement. Il prit son souffle et se calma. Il relâcha ses muscles. Elle ne savait pas après tout. Comme le jeune Khazakham. Et il l'avait bien vu, elle devait apprendre. Elle apprenait plutôt vite d'ailleurs. Et sa présence attestait de son courage et de sa bonne volonté. Apparemment, elle voulait en savoir plus et était prête à travailler pour lui.

- Plus jamais ça, lança t-il d'un ton cinglant sachant que sa colère n'avait pas pu passer inaperçue.
Il la contourna en boitillant et lui fit signe de le suivre, à ses côtés. Ils firent quelques mètres avant qu'il ne reprenne :

- Je veux que vous vous excusiez lorsque vous me faites du tord. Et comme vous le savez, je ne veux pas que vous parliez à tord et à travers. Je veux bien d'autres choses encore, que vous apprendrez au faire-et-à-mesure, et que vous trouverez plus ou moins étranges. Mais vous le ferez. Il s'arrêta un instant un jeta un oeil vers elle pour continuer. Mais en échange, si vous me respectez, que vous répondez à mes ordres et si vous me restez loyale, alors, je vous protégerais, vous éduquerais et vous paierais, bien assez pour que vous nourrissiez votre famille. Est-ce clair ?
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Lun 24 Déc 2012 - 0:39

Elle était seule aux côtés d’un parfait étranger. Pour ne pas le craindre, elle devait vraiment redouter qu’on ne l’abandonne de nouveau.

Qu’elle était sotte de lui accorder une si grande admiration ! Bientôt, comme tous les autres, il lui dira qu’elle n’est rien et il aura raison. Elle n’était après tout qu’une petite domestique qui avait réussi à retenir l’attention d’un Cultivateur probablement richissime. Non parce qu’il la trouvait jolie, féminine ou encore intelligente, mais parce qu’elle faisait bien l’affaire. A quels autres honneurs aurait-elle pu prétendre, elle qui est de naissance pauvre ? Elle n’était pas une princesse et ne le sera jamais, car la vie à Korrul n’offrait pas de si grandes opportunités, même aux plus audacieux. Qu’il la prenne sous son aile lui suffisait bien assez : peu importe qu’il lui faille nettoyer ses langes, ses draps, la croute de ses pieds ou les excréments de ses animaux ! Aujourd’hui, elle avait un travail et son employeur lui promettait la connaissance. Que dire aussi de cette rémunération, capable de changer à jamais les conditions de vie de sa famille ?

La jeune femme se pensait capable de résister aux obstacles qui se dressaient sur son chemin, y compris à ses sentiments négatifs, la source même de sa faiblesse. Seulement, une fois de plus dans la journée, elle n’y parvint pas alors qu’elle avait un public de masse : quelques badauds et Lui. De grosses larmes se mirent soudainement à courir le long de ses joues creuses, l’aveuglant. Elle renifla puis claqua des dents, tentant vainement de résister à ce tourbillon de joie et de tristesse, de fierté et d’humiliation. Mais de nouveau, ses larmes tracèrent des coulées propres dans la crasse de ses joues. Elle les frotta avec les manches de sa loque, comme pour cacher, dans un vain espoir, son état pitoyable au Cultivateur. En vérité, Mowiel était heureuse : heureuse qu’enfin sa vie prenne un autre tournant, heureuse qu’un parfait inconnu lui offre une telle chance, alors qu’autour d’elle, des centaines espèrent avoir un jour la même opportunité de changer son destin.

Elle le regardait avec les yeux de quelqu’un qui, depuis bien longtemps, n’avait plus rien à perdre. On lui avait souvent répété : « Si tu pleures de joie, ne sèche pas tes larmes : tu les voles à la douleur »*. Qu’en penserait cet homme, prompte à la sévérité depuis la première seconde où ils se sont rencontrés ? La première fois, il n’avait pas apprécié de la voir pleurer.

- Je vous serai fidèle et n’obéirai qu’à vous seul, si c’est cela que vous désirez ! Jamais je ne contesterai vos décisions, jamais je ne vous trahirai ni vous compromettrai ! Je suivrai chacun de vos pas, accomplirai les tâches que j’dois accomplir et s’il me faut ne pas manger ou dormir pour terminer dans les temps, alors qu’il en soit ainsi ! Je travaillerai chaque jour afin que vous soyez satisfait, sans jamais me plaindre auprès de vous ni renoncer.

Ne pas saisir sa chance serait pire crime que le vol en lui-même.

Fuir après avoir juré fidélité à son nouveau Maître, la mènerait très certainement à la mort. Peu nombreuses étaient les servantes qui retrouvaient du travail à Arish, lorsqu’elles trahissaient ceux qu’elles servaient. Et il devait probablement en être de même dans toutes les grandes villes de Korrul. Partout, l’honneur et la fidélité avait une place importante dans le cœur des gens, même dans celui des gens qui ne le voyait que comme un principe parmi tant d’autres.

-Est-ce que je peux connaître le nom de la famille que je vais servir ?

Lui, elle ne l’avait jamais croisé. Très probablement connaissait-elle déjà un membre de sa famille, sans même le savoir à cette heure. Mais deviner celui d’un parfait inconnu n’était pas dans ses capacités, aussi curieuse soit-elle.

- A moins qu’il ne s’agisse uniquement de vous…

Elle comptait bien lui venir en aide, pas tous les moyens possibles : soulager sa douleur était son premier objectif, mais pour qu’il la laisse le toucher, il lui faudrait probablement des mois, voire des années de travail à ses côtés. La confiance se méritait et cet homme ne semblait pas prêt à lui accorder la sienne. Dans son état, couverte de boue, d’urine et de poussière, elle faisait de toute manière même peur aux enfants des Cultivateurs, qui traînaient parfois avec leurs parents dans les rues d’Arish. Elle comprenait mieux le désespoir de ses parents, alors qu’elle ne trouvait aucun mari capable de l’aimer. Bien qu’elle ne cherche pas, l’absence de simples prétendants depuis quelques années suffisait à faire parler les cancaniers. Son âge déjà bien avancé, n’aidait pas à faire taire les rumeurs : bien des femmes étaient mariées à dix-neuf ans.

Dans un ultime reflexe, elle essaya vainement de coiffer ses cheveux avec ses doigts pour paraître plus soignée : mais il ne s’agit qu’une touffe de fils secs qu’une dizaine de nœuds retenait.

Jean-Paul Toulet*

Spoiler:
 
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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   - Jeu 10 Jan 2013 - 10:25

Ils continuèrent à marcher tout deux et il la laissa posé ses questions, pleurer et se questionner, toute seule. Il continuait à avancer, sans lui porter un regard, et sans lui répondre une seule fois.

Il savait qu'elle était faible. Faible de coeur. Il fallait l'endurcir. L'endurcir et l'endurcir encore. De toute manière, elle se ferait à lui, à ses caprices, à ses ordres et à ses silences.

Ils traversèrent ainsi la ville. La jeune femme attendant des réponses, et lui, boitillant fièrement. Ils arrivèrent finalement près de son véhicule et c'est seulement là qu'il se retourna et la toisa un instant.

"La famille Lyserean. Mais ce sera moi que tu serviras. Si ma soeur te demande un service, fais-le, et viens m'en faire un résumé. Si mon frère t'en demande un, viens me voir, et je te dirais si tu dois l’exécuter ou non."

Il prit appuis sur le cockpit du véhicule et y jeta la canne dedans.

"Maintenant, tu vas rejoindre à pied notre domaine, il se pencha dans le véhicule et en ressorti une feuille et une plume. Il écrivit très rapidement quelque chose et sembla signer. En arrivant, tu donneras ça aux gens qui t’empêcheront de rejoindre mes appartements. Puis tu frapperas à ma porte." il s'arrêta et frappa trois fois, puis deux sur le métal du vaisseaux.

Il grimpa dedans et lança deux pièces à la femme.

"Voilà qui te sera peut-être utile pour voyager. Ne t'épuise pas. Mange et bois. Je te veux en pleine forme à ton arrivée."

Puis il referma le cockpit sans attendre de réponse et très vite, le bruit des réacteurs firent comprendre à Mowiel qu'il fallait s'écarter...

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Posté dans Re: "Le voleur qui ne trouve rien à voler emporte une poignée de sable."   -

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