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On m'appelle Thørstein Hürþleif


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Posté dans [RPI] La vie d'un reclus   - Mer 17 Oct 2012 - 11:01

Spoiler:
 

-Non, non, non. Ça ne va pas du tout !

Thørstein jeta la tranche de bois au loin, et croisa les bras, l'air bougon. Trois lunes passées, et il n'arrivait toujours pas à obtenir le résultat escompté. Sur l'établi face à lui, une pile de planches de tailles variables se disputait la place avec des blocs de métaux en tout genre. Argent piquant comme la neige, fer noir crasseux de houille, ou étain gémissant sous la pression. C'était un joyeux capharnaüm, mais le forgeron s'y retrouvait, et c'était là l'essentiel.
Il attrapa de nouveau une planche et plaça un cube de cuivre dessus. Puis, paupières closes, il laissa son cœur vibrer au rythme des craquements consécutifs à la torsion molle que ses mains infligeaient au bois. Une demi-inspiration plus tard, et le feuillet dégorgea l'intégralité d'un liquide cuprifère.
Thørstein se prit la tête dans les mains. Il apprenait doucement à se servir de la facette végétal de son lien, mais il ne se considérerait comme pleinement satisfait que lorsque enfin il pourrait la coupler avec son expertise des minéraux. Hélas, le bois lui demeurait imperméable, et semblait se rire de chacune de ses tentatives.

-Bon, laisse-tomber
, grogna-t-il pour lui-même en se levant, Je vais plutôt travailler Ståhvit histoire de redorer mon estime.

Empli de frustration,Thørstein jeta la planche vers l'extérieur, où elle alla se planter verticalement dans la poudreuse, à côté de nombre de ses comparses. Il s'assura que l'objet avait bien compris la leçon d'un geste obscène, et s'enfonça dans les boyaux de la terre.


♪ Par la Force de Thor et l'Intelligence d'Einstein, je suis Thørstein ! Tududu ! ♪
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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Jeu 18 Oct 2012 - 10:47

Par la gueule édentée que formait l'entrée de sa caverne, Thørstein contemplait les vastes étendues coruscantes des Trois Glaciers. En contrebas d'une pente douce, un vent violent charriait d'épais copeaux de neige, donnant l'impression d'une véritable chape cristalline qui le coupait du monde : la Ceinture de Givre. Cet espace brumeux et stérile délimitait autour de son repaire une zone claire dénuée de courant, dont la température semblait presque chaude en comparaison avec celle qui craquelait la pierre au cœur de la Ceinture.
Bien sûr, ce n'était qu'une vue d'esprit, car il faisait là suffisamment froid pour qu'une épaisse croûte de neige ne remplace la terre dure des autres régions de l'Île, et que l'eau ne soit jamais plus que prisonnière de sa forme verglacée tout le long de l'année. Il n'y avait guère que les relents de la Forge qui repoussaient avec panache la froideur de la nuit hors de ces murs huileux. Peut-être aussi deux trois installations des mains de son locataire – celui-ci en étant particulièrement fier – qui contribuait à maintenir ce cocon de bien-être.
Thørstein, traînant son regard au hasard sur les longs pavés de givre, avisa un petit flambeau marqué d'une croix iridescente un peu plus loin. Un marqueur personnel qui lui indiquait quand quitter la douceur de son foyer pour récupérer ses balises. Il s'y dirigea.
A la place d'une mèche, il y avait un petit tube bleuté qui serpentait dans une boîte de verre. Celle-ci émettait une lueur pâle, au rythme d'un cœur artificiel, et aux yeux du forgeron, il était clair que ce bref éclat ne durerait pas.

-Les Sangs-Gelés sont en avance on dirait.


S'armant de courage, il partit enfiler un manteau plus lourd que sa simple tenue de fourrure, et descendit en sifflotant un air joyeux.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Jeu 25 Oct 2012 - 9:36

Il y avait là les morceaux brisés d'une lame bâtarde, avec le même scintillement azuré de jadis, disposés sur le tissu cotonneux d'un vieux piédestal buriné par le temps. Trois fragments complémentaires, et une poignée censée les réunir. Une pierre manquait à l'appel à l'extrémité du pommeau, forcé par un couteau croûté de rouille pour en tirer un avantage sur le marché du troc. Par terre, éparpillés par la colère, des bouts métalliques dans un désordre presque géométrique, certains moitié fondus, d'autres là comme s'ils n'avaient nulle part ailleurs où aller. A côté, honteusement dissimulés dans l’obscurité, deux crochets portaient la relique fantomatique d'une sœur dérobée dans un incendie.
Ce lieu, habilement creusé dans la terre à l'abri des sens, Thørstein n'y passait que peu de temps. A l'instar de cette arme, il se sentait morcelé lorsqu'il contemplait les vestiges de sa vie. Il s'en amusait parfois, jouant aux devinettes avec le passé pour évaluer toutes les possibilités que ses choix auraient pu impliquer, mais la plupart du temps, ils lui laissaient un arrière goût acide et décrépissaient encore un peu plus sa raison déjà bien mise à mal par les épreuves. Alors il tournait son attention vers autre chose, ce but fixé il y avait longtemps, mais qui semblait ne jamais pouvoir se concrétiser, la faute à des volontés contradictoires.
L'arrivée des étrangers avait au moins eu le mérite de secouer les esprits, mais hélas, ce répit avait été de courte durée et noyé par le sang et la guerre, il s'était perdu aussi vite qu'il était apparu.

-Il manque encore les deux principes fondamentaux pour souder les Erfeydes, marmonnait le forgeron, comme si la solution allait apparaître devant lui, La volonté de vivre ensemble, et un passé commun, un héritage collectif. Alors que le premier nous fait clairement défaut, le second nous a été arraché par les caprices du temps.

Il restait bien sûr des histoires gravées dans les tranchées de pierre, des présences diffuses cachées dans les entrailles de la Montagne, mais personne ne prêterait attention à ces chroniques prononcées par un doux dingue isolé de tous. Surtout si ce dernier était considéré comme un Déserteur.
Non, il n'y avait clairement pas de solution viable pour le moment. Alors autant attendre un peu, en jouant avec des figurines de plomb pour tromper l'ennui.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 28 Oct 2012 - 12:20

Luttant contre une bourrasque qui avait manqué de le faire tomber, Thørstein décrocha le flambeau de bois durci et le cala sous son bras. Les Sangs-Gelés étaient définitivement en avance. Il sentait jusqu'au plus profond de lui, alors même qu'il était particulièrement adapté à ce genre de température, le long serpent du froid s'infiltrer dans la moindre parcelle de muscle et d'os, engourdissant ses membres et embrumant son esprit. Il fallait se hâter. D'un bref geste de la main, il resserra sa lourde cape doublée d'hermine et se lança à l'assaut de la dernière balise.
Fort heureusement pour lui, le blizzard ne s'était pas encore levé. Du moins par encore tout à fait. Seul le manteau argenté de la Ceinture lui tenait compagnie et tentait de l'enserrer dans son étreinte glaciale, masquant sa visibilité au point que l'on aurait pu croire qu'il était encerclé par un mur opaque de neige. Thørstein ne devait s'en remettre qu'à son habitude des lieux, complétée par une étude approfondie de la topologie du terrain à l'aide de sa maîtrise, pour trouver son chemin.
Et alors qu'il repérait enfin l'éclat fébrile du flambeau, il butta sur quelque chose de dur et s'étala de tout son long au sol. Ce qu'il portait tomba avec lui, et il entendit distinctement des craquements de verre qui le firent grincer des dents.
Il se releva, prêt à bouder copieusement la pierre, mais ne trouva là qu'une forme plus ronde et duveteuse que celle qu'il s'attendait à trouver. Prudemment, il tâta du pied l'objet inconnu, et fut surpris de découvrir une homme enseveli sous une bonne couche de neige, roulé en boule comme s'il tentait de préserver en son cœur la chaleur qu'il lui restait. Une épée craquelée pendait à son côté, à demi-masquée par la fourrure qui n'avait pas réussi à protéger son porteur.
Thørstein retourna l'inconnu. Couturé de marques, à moitié brûlé, son visage était pâle, trop même, ses lèvres violacées, et sa respiration à peine perceptible. Le forgeron avisa une petite bourse de cuir et la soupesa rapidement.

-Eh bien qui ne dit mot consent.

Le pauvre était à l'article de la mort, impossible à remettre debout dans cet état, et Thørstein le laissa à la Montagne. Quoi qu'il ait voulu trouver dans les Trois Glaciers, seul le repos éternel l'avait accueilli dans sa dernière demeure, comme il l'avait fait à tant d'autre auparavant.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Mar 6 Nov 2012 - 8:41

Une lune plus grosse que son poing tendu diaprait de ses rayons d'argent l'ensemble de la Ceinture de Givre. Tout était calme alentour, comme éternellement figé par la glace. Le vent s'était fait douce bise à peine audible, emportant dans son maigre sillage de fines pellicules de neige qui se dressaient par petits tourbillons, comme autant de compagnons d'infortune autour de Thørstein. Ici, le forgeron voyait une femme emportant un jeune garçon pour danser une carole endiablée le jour d'un mariage sans trop d'importance à ses yeux, et les deux tourtereaux voler dans la nuit, piégés dans un monde qui ne comportait qu'eux. Là, quelque chose de plus macabre, une sorte de combat furieux opposant un guerrier à la hache lourde de sang à un groupe de mercenaires couturés de cicatrices. Il y avait même, si l'on se concentrait assez, une tâche plus élancée pirouetter entre eux comme pour se moquer, mais qui en réalité n'était que le messager d'une mort rapide et brutale. Plus bas, un remous nébuleux, seulement animé d'un mouvement répétitif et mécanique, qui semblait cracher des gerbes de poudreuse pour expier une faute trop lourde à porter.

A la réflexion, Thørstein se dit que cette lune n'avait rien d'ordinaire. Les fines banderoles de cotons dans le ciel épousait sa forme sans oser la traverser, et lui donnait une aura bleutée, vaporeuse, mais distinctive. Et par ce phénomène, ceux qui avaient l’œil, ou un trop plein d'imagination à exprimer, pouvaient se laisser bercer par de douces visions qui portaient leurs esprits sur les flots d'un univers qu'eux seuls pouvaient comprendre. Ou bien étaient-ils simplement désaxés, roulant à côté des rails de la raison sans savoir comment s'y raccrocher, et le moindre sursaut d'égarement qui jalonnait leur chemin devenait un spectacle étrange aux yeux de ceux qui ne partageaient pas leur monde.

Un poids sur la poitrine, Thørstein se souvint. Longuement. Le temps était bien trop froid, mais il était pourtant resté en vie. Combien d'hivers avaient passé depuis ? Trop peut-être. Balisée par des échecs, des douleurs, mais aussi dans une certaine mesure par une fierté d'en être arrivé là à peu près en un seul morceau, une vie recollée à la va-vite. Quelques plumes avaient été perdues en chemin, mais pas de celles qui sont irremplaçables. Ou presque, qui sait.

Thørstein grogna pour éloigner ces souvenirs et se courba pour attraper la gourde qui le lorgnait du bout de son bouchon, à peine sortie de son havresac, dans un renfoncement un peu plus bas. Il manqua de tomber par l'avant en s'en saisissant enfin. La dureté de son alcool venait d'être testée, et d'aussi loin que sa vision troublée pouvait en juger, approuvée. La vue d'ici était somptueuse, pure, et surtout, silencieuse. Glaciale, en somme, la Montagne se révélait dans toute sa splendeur.
-Et de ceux qui pensent que c'est interdit, je leur pisse à la raie !, éructa l'ermite en beuglant aussi fort que ses poumons le lui permettaient, Je suis là, moi, et bien en vie ! Qu'il vienne l'autre, là... machin... avec des flammes qui brillent comme de toutes petites, ridiculement minuscules pierres précieuses... chaudes et lumineuses. Je m'en taillerais une culotte, tiens. L'avait qu'à pas me voler mon repas, déjà.
Thørstein rit, seul. Petitement d'abord, stockant son rire dans sa bouche pour le relâcher en petits hennissements ridicules, puis avec plus d'entrain. Le bruit qu'il provoqua déclencha en lui un incontrôlable éclat graveleux et il tomba à la renverse dans la neige. Il manqua de s'écorcher le dos sur les dents de pierre de son rocher, et se retrouva la tête entre les jambes, réduit à contempler un liquide mielleux s'échapper de son outre de cuir pour imbiber. Plus une goutte ne lui restait désormais. D'une démarche hésitante, et s'aidant fortement de effleurement rocheux qui lui avait servi de siège de fortune, il attrapa son sac d'une main lourde. Un vide béant le fixait désormais.
-Bigre. Je croyais en avoir vu deux tout à l'heure...
Il haussa des épaules, l'air faussement vexé, et se serra la main.
-Eh bien... Bienvenue au monde, Thørstein Hürþleif Skævelg. Que tes autres prénoms se noient dans leur propre complexité !
Sans prévenir, il se mit à danser, mimant la présence d'un partenaire de l'ombre, et chanta d'une voix tantôt emprunte d'une allégresse enfantine, tantôt d'une lourdeur qui seules reflétaient les larmes gelées qui se frayaient un chemin à travers sa barbe cendrée par le temps.

Et pour ceux qui ont du courage, la chanson en question \o/:
 


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 25 Nov 2012 - 10:31

Thørstein banda ses muscles pour soulever l'épaisse carcasse encore chaude du Yagock. De fines banderoles de vapeur sortaient encore de ses narines, mais cela ne durerait pas dans l'était où était la bête. La patte avant droite se tordait dans un angle dangereusement obtus, les ailes déchirées semblaient avoir été la cible de poignards portés par les mains d'un fou furieux et plus inquiétant, plusieurs côtes perçaient le torse en de multiples endroits, laissant goutter un sang épais et sombre.
Mais le forgeron avait déjà abandonné l'idée de sauver l'animal. C'était ce qu'il y avait dessous qui le préoccupait pour le moment. Il l'avait à peine vu au début, mais il y avait bien un cavalier qui montait le Yagock et qui risquait lui aussi d'y rester s'il ne le tirait pas de là rapidement. Il raffermit sa prise et poussa encore. Un bras se dégagea et une respiration se fit entendre, hachée et sifflante.
Thørstein chassa une patte qui le gênait et empoigna solidement la main gantée de fourrure. A force de tirer, il tomba à la renverse, emportant avec lui celui qu'il tentait de sauver.
A côté de lui, il y avait une jeune femme aux cheveux d'onyx, accoutrée de cuir, tremblante comme à ses premiers jours. Le forgeron se précipita à son côté.
-Q...Qui ?, bredouilla-t-elle, transie de froid.
-Qui ? Foutre, j'aimerais bien le savoir ! Tu es bien la première qui traverse la Ceinture et qui y survit. Et par les airs en plus !
Une épée croisée sur une hache en guise de blason attira l'œil de Thørstein, et il ne put réprimer un rictus.
-Factionnaire, hein ? Je pourrais te tuer, pour sûr. Mais j'ose espérer que la gratitude ait encore un sens de nos jours.
La femme vit flotter un sourire faiblard sur son visage perclus de froid et ferma les yeux. Le forgeron posa un œil sur le Yagock, mais la Montagne l'avait emporté. Ce n'était désormais plus qu'un cadavre de plus sur la longue liste de ceux qui avait tenté de traverser la Ceinture de Givre. Thørstein prit la femme dans ses bras et entra dans sa caverne. Il la déposa sur son lit et frappa dans ses mains.
-Bon, allez. Sauvons la dame en détresse.
Il se dirigea vers ce qu'il appelait la Salle Ardente et tira sur une chaîne pendue sur sa gauche. Un sifflet répondit à son geste, suivit d'un raclement sourd, et une cuve d'acier se remplit de roche en fusion. Thørstein déposa sur cette cuve un large tube d'acier et à travers un circuit pressurisé, l'air chaud fut conduit là où le jeu de valve mis en place par le forgeron le décidait, à savoir sa propre chambre, désormais occupée. Il ajusta correctement le niveau de vapeur, jeta quelques pierres bien choisies dans la cuve et sur le chemin, attrapa un bol rempli d'une mixture épaisse.
Rendu au chevet de sa pensionnaire forcée, il se demandait encore ce qui l'avait retenu de la laisser à la merci de la Montagne. Peut-être une sorte de respect mêlé de curiosité. Comment diable un si frêle bout de femme avait pu traverser la Ceinture ? Lui-même y était parvenu par miracle et sans un fameux coup de pouce, il en aurait sûrement fait son tombeau. Alors par les airs, là où les courants et le froid sont le plus fort ? Cela dépassait l'entendement au point qu'une avalanche de questions devait être posée sitôt la femme remise sur pied.
Et pour l'heure, c'était loin d'être chose faite. De nombreux frissons parcourait son corp, et l'état de ses lèvres laissait présager du pire quant à ses extrémités. Thørstein prit une cuillerée de potage, comme si ce simple geste devait lui donner du courage, et grimaça. Quoiqu'il avait pu préparer par le passé ce n'était plus bon depuis un moment. Il déglutit péniblement, frissonna de dégoût avec une petite exclamation et entreprit finalement de dévêtir la femme.
Il ôta d'abord l'épais mantelet qui recouvrait ses épaules et s'attacha dans la plus grande précaution à mettre ses bras et ses jambes à nu. Là, la peau était marbrée, mâchée par la morsure du givre, livide même et le bout des doigts commençait à prendre une teinte violacée du plus mauvais effet. Le forgeron inspira, posa ses paumes et massa doucement le haut de la cuisse.
-Si ma mère me voyait faire ça, grogna-t-il pour lui.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 16 Déc 2012 - 6:48

Svritä ouvrit péniblement les yeux. Une douce lumière accueillit son regard et baigna son visage d'une lueur tamisée des plus agréables. Trois lents clignements de paupières lui firent prendre conscience de son environnement. A côté d'elle, une table de chevet sur laquelle traînait un bol de terre cuite à côté d'une bougie presque éteinte. Elle tourna la tête et la mollesse de son mouvement lui laissa supposer qu'elle reposait dans un lit. D'étranges tuyaux couleur cuivre serpentaient au dessus d'elle. Elle en suivit un mais son parcours se perdait au delà d'une porte entre-ouverte. Du reste, nulles fioritures ne garnissaient les murs de pierre noire de la pièce. En revanche, il y faisait agréablement bon. En remuant les jambes, Svritä s’aperçut que le matelas dans lequel elle était était bosselé comme si des poches d'airs ou d'eau étaient en dessous.
Après cette brève inspection, Svritä fit le tour de sa mémoire. Tout était nappé de l'impénétrable brouillard de l'oubli jusqu'à son arrivée au plus haut des Trois Glaciers. Le vague souvenir d'une lance polaire lui déchirant les entrailles revenait par éclat, mais c'était trop bref pour être interprétable.
Svritä voulut relever la tête, mais l'étau qui lui comprima le crâne la dissuada d'aller plus loin. Ses dents se serrèrent dans une grimace, attendant que le voile de la douleur ne s'estompe. Elle voulut se porter une main sur le front et s'aperçut alors que ses doigts étaient bandés. Le reste de son bras était lui aussi enroulé dans d'épaisses bandes de tissus, tout comme, se rendit-elle vite compte, le reste de son corps.
Sitôt cette observation faite que quelqu'un passa le seuil de la porte. Une sorte de géant aux cheveux cendrés et à la barbe fournie, mais étrangement bien taillée. Dans une de ses mains il portait un quignon de pain large comme la tête de la jeune femme et dans l'autre un bol fumant d'où sortait un petit couteau de cuisine.
-Alors, on apprécie le confort ?
Le ton employé était de loin celui du reproche ou de la méchanceté gratuite, mais plutôt celui d'une question sincère teintée d'une pointe de moquerie.
-J'espère que vous profitez bien, reprit le colosse, parce que maintenant que vous êtes réveillée, j'aime autant vous dire que je vais le récupérer, mon plumard. Marre d'improviser une banquette dans l'atelier et de me réveiller avec tellement de courbature que je finis par me demander si y'a pas quelqu'un qui passe pour me talocher le derrière toute la nuit.
Svritä eut à peine le temps d'esquisser une réponse dans son esprit que l'homme repartait déjà.
-Tiens, j'y pense. Je devrais peut-être vérifier si mes cuillères sont propres. Ne bouge pas, je suis à toi dans un instant.
Il déposa ce qu'il portait par terre et s'en alla. Svritä battit les paupières d'incompréhension. Elle n'avait rien assimilé de ce qu'il venait de se passer hormis le profond malaise de se retrouver en compagnie d'une personne qui commençait déjà les familiarités alors qu'ils ne se connaissaient pas. Très vite, une odeur de lard chaud lui monta aux narines et elle ne put s'empêcher de saliver tandis que son estomac répondait à ce fumet par un profond gargouillis.
Quelques instants plus tard, l'homme revint dans la pièce et, voulant se diriger vers elle, se prit les pieds dans le bol en jurant comme un charretier.
-Par les joyeuses du Gardien ! On n'a pas idée de mettre de la nourriture devant les gens comme ça.
Sans prendre le temps de nettoyer, il attrapa un petit tabouret pour se placer devant le lit avant de lui tendre une main large comme son visage.
-Thørstein. Le bienheureux propriétaire de ce lit trop douillet pour un poids plume comme le tien. Et toi ?
-Je m'appelle Svritä. Et – elle montra sa paume bandée – j'aimerais éviter de perdre ma main.
Thørstein retroussa les narines dans une grimace d'indignation.
-Oui, bien sûr. Mais si je ne m'abuse, tu as bien failli perdre plus que ta main l'autre jour. Qu'est-ce qu'il t'a pris de vouloir traverser la Ceinture par les airs ?
Svritä remua la langue à la recherche de salive susceptible de l'aider à passer cette soif qui lui grattait affreusement la gorge. Ce faisant, elle rassembla ses souvenirs et la réponse s'imposa à elle avant qu'elle ne put la formuler correctement.
-Forge-Lune – elle se reprit, mais sa voix se refusant à elle, elle ne put s'exprimer que d'un ton sifflant – Je cherche le Forge-Lune. On m'a dit qu'il habitait dans les Trois-Glaciers.
-Le Forge-Lune, répéta le barbu en croisant les bras, connais pas. Tu comptais traverser les Glaciers en espérant tomber sur lui par hasard ?
Svritä sourit face à la remarque.
-Peut-être bien. Je suis bien tombée sur toi alors que je ne m'y attendais pas.
-En même temps, susurra Thørstein en se penchant en avant, il faut être un brin givré pour habiter par ici, tu ne crois pas ? Et peut-être plus encore pour croire à tout ce qu'on te raconte.
Pour accompagner ses paroles, un doigt léger tapota l'arrête de son nez et un air entendu glissa sur son visage.
-Ceci étant, reprit le colosse, je ne peux pas m'empêcher de me demander ce que tu peux bien lui vouloir. Je veux dire, une factionnaire qui court après un fantôme, c'est quand même pas rien !
-Qui sait ? Je veux peut-être lui couper la barbe pour la revendre à bon prix.
-Ah, je vois. Tu n'es donc qu'avide de richesse ? Et d'ailleurs... - un éclair soupçonneux dansa de les yeux polaires de l'homme – qui t'a dit qu'il avait de la barbe ?
Ce fut au tour de Svritä de le regarder de travers.
-Tous les hommes sont barbus au Erfeydes. Je m'étonne encore que leurs bébés ne naissent pas avec du poil au menton.
Thørstein s'enfonça au fond de sa chaise, profondément choqué.
-Ça par exemple. Quel esprit étriqué, vraiment. Je m'attendais à mieux de la par d'une petite folle dans ton genre.
-Que veux-tu, répliqua Svritä, amusée, je ne suis qu'une givrée qui ne croit que ce qu'on lui dit.
Cette fois, l'homme sourit béatement. Dans le silence qui se glissait, Svritä se prit au jeu de son hôte. Elle gardait toujours une certaine méfiance tapie dans un recoin de sa conscience, mais paradoxalement plus endormie qu'à son réveil. A raison ou à tort, elle ne sut le dire.
-J'ai soif, siffla-t-elle.
Thørstein se redressa, comme s'il eut touché une braise incandescente.
-Hein ? Ah, oh, oui, bien sûr.
Tandis qu'il attrapait une outre de cuir à son côté, Svritä remarqua une petite poupée de chiffon pendue à sa ceinture. Chétive et effilochée, elle ne convenait pas à un grand gaillard comme ça, mais elle préféra ne rien dire pour le moment.
-Tu sais, lui dit Thørstein, je trouve que tu as un esprit bien trop vif pour quelqu'un qui prend des décisions aussi irréfléchies. Et qui monte aussi mal un Yagock ! - il se gratta le menton et haussa des épaules – Enfin. Je vais chercher de quoi changer tes bandages. C'est qu'ils ne sont plus tout propres.
Svritä dut convenir que c'était le cas. Elle transpirait abondement emmaillotée comme elle l'était et ne dirait pas non à des vêtements plus adéquats.
Thørstein se leva et, se dirigeant vers la porte, se prit une nouvelle fois les pieds dans le bol qui traînait encore honteusement par terre. Sans chercher à le ramasser toutefois, il l'insulta copieusement et sortit en trombe.
Svritä avala une nouvelle gorgée de ce liquide lourd qui lui réchauffait les tripes et soupira. A cet instant, elle ne sut dire si elle était tombée chez un allié ou un ennemi.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Mar 17 Sep 2013 - 14:30

-Tu ne m'as toujours pas dit pourquoi tu cherchais le Forge-Lune.
Svritä posa son bol et avala ce qu'elle avait dans la bouche. La pâté – car il s'agissait bien de cela, à défaut d'autre mot pour qualifier une substance aussi compacte et peu avenante – rampa avec difficulté dans sa gorge ce qui manqua de la faire tousser. Elle avala une lampée d'eau chaude au miel pour faire passer le tout et regarda Thørstein.
-Non c'est vrai. Mais qu'est-ce que ça pourrait faire à un vieux grisou perdu dans une grotte au fond de la montagne ?
-De la Ceinture de Givre, corrigea le forgeron en boudant, Ceinture. De. Givre. Tu n'es pas n'importe où dans les Trois Glaciers. Si les Sangs-Gelés t'avaient attrapé, tu ne serais guère plus qu'un glaçon à l'heure qu'il est.
-Et qu'est-ce que c'est que ça, d'abord, cette fameuse ceinture ? Et les Sangs-Gelés ? Tu en parles tout le temps comme si je devais savoir ce que c'était.
-C'est..., commença Thørstein.
Il s'interrompit et soupira.
-Répondre à une question par une autre, ce n'est pas très poli. Je ne suis pas né du dernier blizzard, petite !
-C'est vrai, ricana Svritä, A la couleur de tes cheveux, on pourrait jurer que tu as vu tomber les premières neiges sur l'Île.
-Et si c'était le cas ? Tu ne devrais pas être effrayée par le fait que je sois toujours en vie ?
La jeune femme pointa sa main bandée vers la ceinture de Thørstein.
-Avec ça qui pendouille à tes côtés, c'est loin d'être le cas.
Le forgeron prit un air outré et croisa les bras.
-Quelle petite fouineuse, gronda-t-il, Tout juste en vie et tu te permets de te moquer de celui qui t'as sauvé ? Tu ne manques pas de culot, ça non.
-C'est ce que ma mère disait toujours, oui.
Svritä reprit son bol et recommença à manger. Thørstein se contenta de l'observer pendant un temps avant de claquer ses larges mains sur ses cuisses pour se lever rapidement. Rendu à la porte, il lança.
-Bon. Et bien je serais au fourneau. Si tu as besoin, appelle, et je ne viendrais pas.
Svritä se contenta d'avaler une nouvelle portion en souriant, sans répondre.

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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 20 Avr 2014 - 11:31

-Et voilà. Comme à tes premiers jours.
Thørstein frappa des mains et avala une longue gorgée de son outre en cuir. En face de lui, Svritä, appuyée sur le rebord du lit, se tenait debout. Ses jambes tremblantes la supportaient à peine. Il semblait qu'un simple coup de vent aurait pu la faire basculer par terre.
-J'ai l'impression d'avoir du plomb dans les membres, grogna-t-elle.
-Tu as de la chance de les avoir conservé, tes membres, la tança le forgeron, Beaucoup n'ont pas eu ta chance.
Svritä s'essaya péniblement à quelques pas mais les forces lui manquèrent. Elle se laissa tomber sur le lit, pantelante.
-Au moins je pourrais partir dans peu de temps, souffla-t-elle.
-Ha ! Crois moi, dans cet état, tu n'iras pas bien loin dans la Ceinture.
-Tu sais, ça devient vraiment agaçant de t'entendre constamment parler de cette «Ceinture de Givre» sans savoir ce que c'est.
Thørstein s'agita sur sa chaise et balaya l'air de sa main.
-C'est juste le nom que j'ai donné à la zone qui entoure cette partie des Trois Glaciers. Approprié je dirais, vu qu'on n'y voit pas à une longueur de bras et qu'il y fait suffisamment froid transformer une barbe en stalactite. Elle est bien pratique cela dit, pour empêcher les badauds d'approcher de chez moi.
-Et on peut la traverser ?
-Tu y es bien parvenue par on ne sait quel miracle. Pourquoi, tu es pressée de partir ?
Svritä étira lentement ses jambes en grimaçant.
-J'ai le Forge-Lune à trouver, je te l'ai dit. Je vais pas rester ici toute ma vie.
-Il fait plutôt bon vivre pourtant, ricana Thørstein, Ceci étant, Forge-Lune ou pas, ne compte pas partir avant le départ des Sangs-Gelés. Ce serait la mort assurée.
-C'est une manie de donner des noms à tout ce qui passe ou tu le fais exprès pour me faire passer pour une ignorante ?
Le forgeron soupira. Une ligne barra son front tandis qu'il mettait de l'ordre dans ses pensées.
-Les Sangs-Gelés sont une image. Ils représentent une vague de froid qui parcourt les Erfeydes et qui ne laisse que des cocons de glace sur son passage.
-Donc... c'est l'hiver, quoi.
Un rire rauque accueillit la remarque.
-Ce n'est pas le petit froid tout mignon qui ne provoque rien d'autre que des engelures et un nez rouge une fois dans l'année. Là, il s'agit d'un froid polaire dans son état le plus pur. Le genre de froid qui fige ton sang, éclate tes veines, brise tes os comme du verre et qui te transforme en avatar gelé de ce que tu étais. Le seul point positif c'est que tu ne te rends compte de rien. Les Sangs-Gelés arrivent et – il claqua des doigts – tu es mort. Sans rien comprendre, sans rien sentir, la vie te quitte.
-Et personne ne survit ?
-Si. Certains. Personne ne sait pourquoi ni comment, mais ça arrive. Mais c'est aussi rare que les hommes imberbes aux Erfeydes.
Svritä ne put s'empêcher de frissonner en repensant à cette lance polaire qui lui avait déchiré les entrailles avant de s'écraser.
-Ce que j'ai ressenti ressemble beaucoup à ce que tu m'as décrit.
-Si c'est le cas, considère toi comme la personne la plus chanceuse des Erfeydes. Bon, ça n'explique toujours pas pourquoi ton yagock n'a pas été touché, mais peu importe au final, puisque tu es tombé pas loin de chez moi. Une chance, sinon je n'aurais pas donné cher de ta peau.
La jeune fille se massa les cuisses. Sous les épais bandages elle portait encore les stigmates de cette «rencontre», si elle pouvait l'appeler ainsi. Des marbrures violacées semblables à des coups de griffe assénées par une bête sauvage. Elle soupira, heureuse d'être encore en vie.
-Merci au fait, grogna-t-elle.
-Pardon ?
-Pour m'avoir sauvée. Merci.
-Bah. J'ai bien pensé à te laisser parce que tu étais une guerrière clanique mais ça aurait fait désordre. On m'aurait pris pour un déserteur après. Mais de rien.
Svritä s'autorisa un rire bref qui l'élança dans les côtes et accepta l'outre que Thørstein lui tendit. Le liquide sucré lui fit du bien. Elle manqua de s'étouffer quand un second rire vint lui serrer la gorge.
-Qu'est-ce qu'il y a ?, s'étonna le forgeron.
-Rien. Toi. Tout ça. - elle embrassa la pièce d'un vague geste du bras - Cette situation bizarre. Je suis en vie alors que je ne devrais pas. Je te connais à peine et pourtant tu me parles comme si c'était le cas. Et je ne sais même pas si je dois te faire confiance bien que tu m'aies sauvée. Je ne sais plus trop quoi penser.
-Eh bien ne pense pas alors ! Ça fait du bien des fois.
-Tu vois. C'est de ça que je veux parler. On dirait un vieux fou qui a passé trop de temps isolé dans sa montagne. J'en étais même venue à penser qu'avec un nom comme ça, tes «Sangs-Gelés» étaient une invention de ta part pour me garder ici parce que tu manquais de compagnie.
Thørstein croisa les bras, l'air boudeur.
-Hé, j'y suis pour rien s'ils sont en avance. Ni pour leur nom. C'est comme ça qu'ils ont appelé cette vague de froid inhabituelle qui a parcouru les Erfeydes pour la première fois il y a quelques décennies. Depuis, c'est resté. D'ailleurs ils pensaient sincèrement que c'était une punition du Gardien.
-Qui ça «ils» ?
Le forgeron soupira et son visage s'affaissa. Pendant un temps, Svritä crut qu'il ne répondrait pas tant son expression s'était brutalement fermée. Mais dans un souffle peiné, elle entendit.
-Ceux qui ont survécu.

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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Mer 2 Juil 2014 - 9:22

Svritä avala une bonne rasade de sa gourde et soupira d'aise. Ce vin sucré était bien meilleur que celui auquel elle était habitué. D'où Thørstein le tenait était un mystère, mais pour l'heure, elle s'en moquait comme de la dernière pluie. Elle étira lentement ses jambes en grimaçant. Sa chute l'avait meurtrie bien plus qu'elle ne l'aurait pensé et elle peinait à se remettre de ses blessures. Tout juste tenait-elle debout sans assistance.
Thørstein revint vers elle d'une démarche peu assurée puis reprit la discussion.
-Non mais imagine un peu. Et si en fait, notre lien avec l'ithylium n'était pas ce qu'on pense qu'il est. Après tout, c'est pas écrit sur notre front qu'on doit plutôt créer une boule de feu plutôt que des latrines en glace, si ?
-Qu'est-ce que j'en sais, moi, grogna Svritä, Il doit bien y avoir une raison pour que le Gardien en ait décidé ainsi.
Thørstein croisa les bras, l'air bougon.
-Bon sang toi aussi tu lui voues un culte ?
-On ne croit pas au Gardien. Il existe, c'est tout.
-J'aimerais vraiment savoir d'où tu tiens une telle force de conviction.
Svritä leva son bras et le vieil homme en face d'elle éclata de rire.
-La vérité est dans le vin, mais bien sûr !
La jeune femme porta la gourde à sa bouche tandis que Thørstein s'asseyait à côté d'elle.
-Tu sais, j'ai rencontré une personne une fois qui pouvait le faire. Contrôler l'ithylium, je veux dire.
La jeune femme hoqueta de surprise.
-Je vois pas ce que ça a d'exceptionnel, gloussa-t-elle en s'essuyant la bouche, Tous les erfeydiens contrôlent l'ithylium.
-Non, non, non. Contrôler l'ithylium – il insista sur le mot – sous sa forme brute uniquement. Pas le transformer ou s'en servir au travers d'autre chose. C'était quelque chose, tu aurais dû voir. Le Sang de la Pierre dansait autour d'elle comme un serpent turquoise vivant. On aurait dit qu'elle le comprenait, qu'elle entrait en résonance avec. Si elle l'avait voulu, elle aurait pu en faire n'importe quoi, j'en suis convaincu.
-J'en étais sûre. L'air de la montagne t'as rendu complètement givré.
-Peut-être oui. Passe-moi le vin.
Svritä agita l'outre.
-Vide.
-Par les rois disparus ! Mais où tu mets tout l'alcool que tu bois ?
Un haussement d'épaule fut la seule réponse.

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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Jeu 24 Juil 2014 - 10:12

Svritä serra plus fort sa lourde cape doublée d'hermine. Devant elle, de petits tourbillons frénétiques faisaient voler les flocons épais constituant la chape de neige brillante qui s'étendait à ses pieds. Plus bas, tel un barrage de givre, un brouillard gris se dressait, impénétrable. Cette muraille s'étendait de part et d'autre de son champ de vision, jusqu'à se confondre avec l'horizon, là où ses yeux ne distinguaient plus rien. Sûrement la fameuse Ceinture de Givre dont Thørstein parlait si souvent. Désormais qu'elle voyait l'endroit de ses yeux, Svritä trouva effectivement le nom approprié. Seul un fou oserait s'aventurer dans cet endroit à pied. Pourtant, en levant la tête, elle s’aperçut que la brume s'effilochait lentement pour disparaître en une fine banderole de gouttelettes scintillantes. C'était subtil et le phénomène s'étalait sur plusieurs pieds de haut, mais la Ceinture ne semblait pas former un dôme complet autour de la grotte.
-C'est joli, hein ?
Svritä se retourna pour apercevoir Thørstein qui la rejoignait, un bol à la main.
-T'y trompe pas, ajouta-t-il en pointant l'avant de sa cuillère, c'est aussi mort que ton yagock là-dedans. Mieux vaut éviter d'y aller à pied, crois-moi sur parole.
-Si personne ne peut traverser, ça veut dire que tu es complètement coupé du monde.
-Et pourtant t'es là, non ?
Svritä renifla.
-J'ai eu de la chance.
-Tout juste. L'important c'est pas tant que ce soit infranchissable que ça paraisse infranchissable. Comme ça, personne vient m'enquiquiner.
-Et tu passes tes journées à quoi alors ? Attendre que le temps passe ?
Thørstein ne répondit pas tout de suite. Il termina son bol en silence avec une lenteur exagérée, suffisamment pour que Svritä ne vienne à penser qu'ils finiraient tous deux changé en blocs de glace avant qu'il n'ouvre encore la bouche.
-Tu fais partie d'un clan, j'imagine ? Lui demanda-t-il soudainement, J'ai vu un insigne gravé sur le cuir de ton fourreau.
-La Tempête d'Acier, oui. Pourquoi ?
-Oh, comme ça.
Le silence grignota à nouveau l'espace qu'on lui laissait. Une bourrasque violente envoya une volée de neige aux pieds de Svritä qui frissonna.
-On devrait rentrer, proposa-t-elle en se retournant.
-Mhm.
Devant eux, la lumière de deux brasiers géants baignait l'entrée de la grotte d'une lueur sanglante. Les roches tombantes formaient comme les dents de cette gueule ouvrant une porte droit sur un enfer de feu et de lave. Sur la route, Svritä dut s'appuyer sur Thørstein, ses jambes manquant à plusieurs reprises de se dérober sous son poids.
-Et toi ? Tu fais parti de quel clan ?
Thørstein mit plus de temps encore à répondre. A la lueur des flammes, son visage sembla vieillir de plusieurs années à mesure que des rides accentuaient ses traits.
-Aucun, répondit-il enfin, Enfin, pas à ma connaissance. Un jour peut-être, mais plus maintenant.
Svritä se raidit. L'ermite la conduisit dans la chambre où la jeune femme passait la majeure partie de son temps et la déposa sur son lit sans un mot.
-Thørstein, articula lentement Svritä, si tu n'es pas affilié à un clan...
L'homme fit la moue.
-Il n'y a pas que le noir et le blanc dans la vie, petite. Je suis un homme qui vit seul dans un trou perdu en plein dans la face des Trois Glaciers. Un insulte à tous les croyants gavés de légendes sur les Trois Glaciers, mais aucun lien avec les gens des basses terres. Si tu veux me désigner par quelque chose, traite moi de Leipr, même si je doute que tu saches ce que ça signifie. Mais je suis pas un déserteur. Alors s'il te plaît, évite de sortir du lit dans la nuit pour me suriner dans mon sommeil.
-Si encore j'arrivais à me déplacer seule...
Thørstein laissa échapper une exclamation amusée tranchant radicalement avec son ton presque acerbe.
-Me voilà rassuré. Au moins, je ne mourrai pas ce soir.
Et il la laissa là.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 27 Juil 2014 - 12:25

Thørstein déambula longtemps dans les boyaux creusés à même la montagne, se fiant à l'image mentale des lieux qu'il s'était forgée à force de passer et de repasser par ici. Son chemin était péniblement éclairé par quelques lanternes disposées ça et là, alimentées par un savant mélange d'ithylium de sa composition, mais ses pieds ne trébuchèrent pas une seule fois malgré l'inégalité du sol. Il connaissait par cœur les détours, les reliefs de la pierre, la teinte de chaque grains de minéral sous l'éclat bleutée des lanternes. Finalement, il atterrit dans une large pièce taillée grossièrement, parcheminées de veines turquoises chatoyantes qui couraient partout autour de lui. Certaines formaient des symboles, d'autres des représentations abstraites d'on-ne-sait quelle créature, mais toutes semblaient suivre un pattern qui leur était propre. A la lueur de l'une d'elle, Thørstein remarqua une ombre se dessiner sur le mur du fond. Sa vue travaillant peu à peu l'obscurité, il reconnut le dos raidi de Svritä qui lui faisait face.
-Je peux savoir ce que tu fiches ici ? lui lança-t-il, sa voix lourde résonnant à travers la pièce.
De surprise, la jeune femme se retourna vivement. Elle ne tarda toutefois pas à reprendre constance.
-Je m'ennuyais, répondit Svritä sur un ton égal, J'en ai assez de passer mon temps au lit. Alors je me suis dit que je pouvais marcher un peu.
-C'est très mal vu de visiter chez les gens sans leur permission.
La jeune femme pointa la ceinture du forgeron.
-Et prendre leurs affaires c'est mieux ?
Thørstein souffla comme un buffle et dégaina l'arme, faisant miroiter sur sa tranche l'éclat de l'ithylium. Face au chuintement léger du cuir frottant l'acier, Svritä se tendit d'avantage.
-J'étais curieux, grogna l'ermite, Quitte à me faire suriner, j'aime autant savoir à quoi j'ai à faire.
-Parce que t'es forgeron peut-être ?
-Pas besoin d'être forgeron pour savoir que c'est du travail honnête sans casser trois pattes à un yagock. Tu vois, là. Le grain est ferme mais mis à mal par le froid et l'acier mérite un bon coup de polissage. Quant à la trempe – il rengaina - elle a dû durer trop longtemps parce que la teinte est pauvre. Et je parle même pas de l'équilibre trop porté sur les quillons. Attrape.
Avec un geste las, Thørstein lança l'épée qui atterrit dans les mains rassurées de sa propriétaire.
-Bon et maintenant, si tu as fini la visite...
-C'est quoi cet endroit ?
Le forgeron soupira une deuxième fois.
-C'est une pièce remplie d'ithylium, c'est tout.
-Tu crois que j'ai pas remarqué les dessins ? Y'a quelque chose d'autre ici que de l'ithylium, ça crève les yeux.
Svritä lui tourna le dos et pointa une glyphe sur le mur.
-Ça, par exemple. Je l'ai déjà vu sur une stèle proche de mon village. Je le reconnais pour l'avoir dessiné des dizaines de fois quant j'étais petite. T'auras beau me dire que c'est que de l'ithylium, j'ai du mal à croire qu'il ait pris cette forme là naturellement.
Thørstein croisa les bras. A force d'expirations forcées, il eut presque l'impression de devenir un soufflet ravivant les flammes d'une exaspération depuis longtemps oubliée. Svritä face à lui poursuivit son observation des stries brillantes comme si elle eût été seule.
-Tu sais ce qu'il manque aux erfeydiens, petite ? Ce qui leur fait vraiment défaut et qui risque de nous coûter plus qu'une mauvaise saison de récolte ?
La jeune femme, prise de cours, mit un certain temps à réagir. Comme elle grattait une goutte durcie suintant d'un des pores de la pierre, elle affirma avec force.
-Rien.
Thørstein se frappa dans les mains et rit un bon coup.
-Vraiment ? Alors j'imagine que les querelles entre les clans pour savoir qui a la plus grosse épée sont juste le fruit de mon imagination ? Tout aussi imaginaires que les déserteurs qui se baladent dans les basses-terres en espérant survivre au prochain hiver ?
Svritä cracha par terre.
-Les parias. Ils ont renié ce qui fait notre force. Ils participent à nous diviser en se retournant contre leurs frères. Ce ne sont rien de plus que l'ombre des erfeydiens qu'ils étaient. Quant aux clans...
Elle haussa les épaules.
-Peut-être qu'ils ne sont pas tous d'accord entre eux, mais nous avons le Gardien. Il transcende leurs considérations à tous, il est notre pilier et nous guide à travers les oracles.
Thørstein se passa une main dans la barbe et fit la moue.
-Voilà. Là je retrouve les clans comme je les connais. D'un côté vous fermez les yeux en espérant faire disparaître la réalité et de l'autre, vous invoquez les Gardien à tort et à travers en espérant que ça suffira à faire de vous un peuple unis. Mais sacré bon dieu de nom d'un pétard, tu vois pas que c'est ça le problème majeur des erfeydes ? Nous sommes complètements fragmentés. Soit à cause de différents idéologiques, soit parce que ton voisin gueule plus fort que toi et que ça te plaît pas, donc tu vas lui casser une poutre sur la tête en clamant que c'est toi qu'a la plus grosse. Et c'est pas bon parce que personne ne s'en rend compte. Ou alors personne n'a de roubignoles suffisamment larges pour les prendre à deux mains et faire quelque chose. Si ça continue comme ça, on va droit dans le mur, c'est moi qui te le dit. Y'a qu'à regarder comment tu te comportes juste parce que je t'ai dit que je fais pas parti d'un clan. Je vais te dire un truc...
Thørstein arrêta son réquisitoire pour reprendre son souffle. Deux inspirations plus tard, ses épaules s'affaissèrent et il maugréa.
-Bah, laisse tomber. J'ai l'impression de pisser contre le vent, comme d'habitude.
Ce fut Svritä qui brisa le silence s'installant timidement entre eux.
-Nous avons survécu à tous les hivers tels que nous sommes. C'est pas suffisant pour te dire que la situation n'est pas aussi désespérée que ça ?
Thørstein écarta les bras.
-Tu vois ça ? Toutes ces gravures, ces dessins ? Ils étaient là avant que j'arrive. Et y'en a encore plein d'autres partout ailleurs sous la montagne. Et y'en a surement d'autre dans des endroits que je connais pas. Je sais pas d'où ça vient ni qui les a fait, mais il y a une histoire derrière. Notre histoire. L'histoire d'un peuple qui jadis a été uni sous une seule bannière. Pas de déserteurs, pas de clans, juste des erfeydiens.
-Et j'imagine que ça raconte aussi que l'île était couverte d'arbres aussi hauts que le ciel avec des montagnes de verdures alentour ? Te paie pas ma tête.
L'ermite écarquilla les yeux un instant.
-Et pourquoi pas ? Ce lieu est chargé en histoires et en souvenirs. Suffit de savoir écouter le Sang de la Pierre pour s'en rendre compte. J'ai beau être un frappadingue isolé sur sa montagne, je reste pas oisif pour autant. Si j'arrive à prouver à tous ce que nous avons été par le passé, alors ce sera une étape vers la bonne direction. Donc non, même si la situation n'est pas encore désespérée, ça ne me suffit pas telle qu'elle est à présent. Parce qu'on peut être bien plus que ce qu'on est à l'heure actuelle.
Svritä demeura pensive longuement. Elle laissa ses doigts courir sur les longs filons d'ithylium, suivant leur parcours régulier comme pour donner un fil conducteur à ses pensées.
-T'es complètement fou, finit-elle par conclure, Vraiment. Je crois que je m'en doutais un peu, mais là, j'en suis sûre. Les vapeurs d'ithylium t'ont complètement retourné le cerveau. Ce doit être ça la fameuse malédiction de ceux qui osent braver les Trois Glaciers.
Elle se retourna, un expression mauvaise sur le visage.
-Et tu oublies les parias. Tu ne pourras pas empêcher certains de ne pas vouloir accorder leur foi au Gardien, de commettre des crimes, de refuser de contribuer au bien commun. Essayer de changer ça revient à essayer de changer notre nature.
-Si on était pas aussi radical, la question se poserait pas. Au lieu d'accepter nos divergences, on les condamne à grand renforts de haches de bataille et de bannissements qui font que renforcer cette ségrégation qu'on combat. Super le cercle vicieux ! Après, effectivement, là, je refais le monde. Mais ça me fait du bien de temps en temps.
Le forgeron soupira une énième fois et se passa une main lasse sur le visage.
-Et là j'en ai marre de brasser du vent pour rien. Seuls, tout ces petits dessins ne servent à rien. Mais avec un déclencheur commun, là ce serait autre chose. Ça pourrait suffire à rallier les gens autour d'une tête commune. Moi je pensais que la simple volonté de vouloir vivre ensemble sans craindre qu'une parole de travers nous ôte tout privilège suffirait, mais je suis un éternel optimiste. Faut croire que seule une belle guerre comme en demandent les bourrins de la hache serait la seule solution.
-On a tous le droit de rêver.
Thørstein caressa mélancoliquement du bout du doigt la poupée de chiffon qui pendouillait à sa ceinture.
-Ça, je le sais.

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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Jeu 31 Juil 2014 - 11:23

Svritä se fendit largement, sa lame tranchant l'air glacial avec un chuintement vif. Elle maintint la pose un moment. Le souffle court, elle tentait de mettre de l'ordre dans ses pensées.
-Des femmes peinturlurées, marmonna-t-elle entre ses dents serrées, de l'ithylium qui parle, des rois disparus, des lieux interdits, des rêves de gosses... Il est fou. Totalement fou.
Avec un cri rageur, elle se retourna, taillada un ennemi imaginaire d'un ample mouvement du bassin, se baissa pour éviter l'assaut d'un autre sur sa gauche avant de lui percer le ventre de la pointe de son épée et resta ainsi pantelante. Sa main gauche plaquée contre le pommeau de son arme pour lui donner plus de force trembla un instant avant qu'elle ne raffermisse sa prise.

Svritä ne sut dire combien de temps elle resta ainsi immobile. A dire vrai, elle était à ce point déconnectée qu'il lui sembla que son arrivée chez Thørstein remontait à plusieurs mois déjà. Et pourtant, ses membres refusaient toujours de guérir. Ou plutôt, peinaient à se remettre. Là où elle pouvait marcher sans trop d'assistance, elle s'échinait à supporter le rythme le plus longtemps possible sans jamais y arriver plus de quelques minutes. Une ceinture invisible lui compressait les poumons à chaque inspiration et une asthénie générale l'alourdissait au point de la faire rager face à sa propre faiblesse.

La douleur brûlant ses cuisses, elle dut changer de position. La posture neutre, elle souffla longtemps avant de repartir à l'assaut. Quelques passes rapides dans le vent et elle son pied gauche crissa sur une plaque de verglas. Emportée dans son élan, elle tomba à plat ventre dans la poudreuse. Il lui sembla qu'on lui lacérait la jambe à coups de griffes et elle contint avec peine un gémissement plaintif. De colère, elle balaya l'espace autour d'elle ce qui ne fit qu'empirer son état. Cette fois, elle cria pour de bon. Tremblante comme à ses premiers jours, tordue dans la neige sans pouvoir bouger, elle contempla les pulsations de buées formées par sa bouche serrée par la douleur. Des larmes commencèrent à perler au coin de ses yeux.

Elle en était sûre à présent. Elle ne devait pas se trouver là. Personne ne le devait. Les Trois-Glaciers étaient un lieu sacré, interdit même, qui broyait l'esprit sinon le corps. C'était ce qui était arrivé à Thørstein et c'était ce qui l'attendait. Elle devait partir, continuer son chemin pour retrouver le Forge-Lune avant de perdre tous ses moyens. Mais sans yagock pour lui faire traverser la montagne et dans son état, c'était impossible.

Elle savait qu'un moyen de traverser la montagne existait cependant. C'était forcé. La simple présence de viandes fumées et de légumes frais dans une des pièces de la grotte suffit à faire germer cette conviction en elle, conviction qui jouait le rôle de balise énergétique pour son esprit et son corps. Elle se raccrochait à ce mince espoir de toutes ses forces, consciente que sans ça, elle était perdue.

Thørstein devait détenir la réponse mais ils ne s'étaient guère parlés ces-derniers jours. Le vieil ermite passait en coup de vent pour lui donner une ration de céréales et de quartiers de viandes suffisant à caler l'estomac de trois guerriers en pleine santé, ramassait le tout plus ou moins tard dans la nuit et disparaissait ensuite. Il ne faisait plus l'effort de lancer la conversation comme les autres fois et Svritä lui en fut presque reconnaissante. Elle en avait assez de son comportement lunatique et le simple fait qu'il était sûrement déserteur tendait d'avantage ses nerfs en sa présence. Il lui avait peut-être sauvé la vie, mais quel bien pourrait elle en retirer dans ce lieu maudit par le Gardien, prisonnière d'un fou et isolée de tout ? S'il ne la tenait ostensiblement pas en otage, il ne faisait rien pour l'inciter à partir, ni pour l'aider à trouver une solution. Mais il ne semblait de pas s'en soucier outre mesure. Il était pris ailleurs, enfermé dans les griffes de la folie qui la guettait elle aussi. Alors pour tuer son ennui, pour tromper ses ruminations et forcer son corps à se remettre, elle n'avait trouvé d'autre remède que dans la douleur de l'exercice physique. Une bataille contre l'inéluctable.

Grinçant des dents, Svritä se remit péniblement debout. Sur ses vêtements trempés par la neige et la transpiration se collait déjà d'une fine pellicule de givre. Se servant de son épée comme d'un bâton de marche, elle entreprit de rentrer.

Alors qu'elle posait un pied par terre, le sol trembla. Elle crut d'abord que ses jambes refuseraient de la porter plus loin, mais le phénomène se produisit à nouveau. Et elle n'en était pas la cause. Une lourde chape de vapeur s'échappa dans l'entrée de la grotte accompagnée d'un cri d'homme. Puis une nouvelle secousse. L'odeur typique de l'ithylum en pleine utilisation chatouilla la peau de Svritä qui recula par réflexe. Elle n'avait elle même pas de gourde du précieux liquide sur elle pour se défendre, seulement une épée et ses talents de combattante. Ce qui, dans son état, ne pesait pas bien lourd. Un éclat de pierre vint lui frapper la joue tandis qu'elle tentait toujours de déterminer l'origine du bruit et elle tourna la tête. De la neige s'écroula d'un pan de roche, révélant une fissure large comme un bras qui continuait de s'élargir rapidement. Les coups de tonnerre reprirent avec entrain et Svritä eut la justesse d'esprit de s'accroupir, car peu de temps après, le mur vola en éclats, soufflé par une force titanesque venue de l'intérieur de la montagne. Des blocs gigantesques pulvérisés roulèrent jusqu'à elle, manquant de peu de l'emporter dans leur chute infernale, et un nuage de poussière et de poudreuse s'éleva violemment du trou percé à même la roche.

Svritä joua des mâchoires pour réguler la pression de ses tympans mis à mal par la puissance de l'explosion et scruta le brouillard de particules face à elle. Peu à peu se dessina une forme indistincte, massive et immobile. Les contours se précisèrent lentement, révélant une carcasse métallique humanoïde aux proportions dantesques. La chose devait bien mesurer deux toises de hauts sur autant de large, un plastron de fer colossal et des bras taillés comme des troncs d'arbre lui donnant un aspect compact et totalement inébranlable. Les jambes, plus courtes, se mirent en mouvement. Le plus étonnant était que malgré sa stature, la créature ne faisait aucun bruit en se mouvant, comme si chaque gonds et chaque articulation la composant étaient huilés à la perfection. Seuls son pas lourd et traînant et les nuages de terre qui s'élevaient à ses pieds témoignaient de son passage et de sa masse imposante. A l'instinct, Svritä se mit en garde mais elle sut d'emblée que face à un tel déploiement de force, elle n'aurait pas plus de chance que si elle avait été une poupée de chiffon armée d'une brindille.

Le titan de fer secoua ses épaules massives pour en chasser la poussière et sembla scanner les environs d'un mouvement de la tête circulaire. Son examen s'arrêta sur Svritä qui préparait le peu d'énergie lui restant pour une rixe mémorable et il pointa un doigt vers elle. Une série de soubresauts secoua son armature pendant un temps, suivi d'un éclat de voix métallique ressemblant fort à celui d'un rire. Svritä nota qu'outre les épais nuage de vapeurs qui jaillissaient par moment de ses points de pression, il jet plus fin sortait du visage de la chose qui ressemblait plus à s'y méprendre à un casque lourdement bardé qu'à une tête. A sa grande surprise, le colosse porta une main vers ce visage et une visière se leva, révélant le visage éclatant de Thørstein qui souriait comme un gamin.
-Coucou !

Spoiler:
 


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 10 Aoû 2014 - 10:17

Svritä eut l'impression de s'enfoncer dans du lait chaud. Un chaîne de frémissements remontèrent de ses jambes jusqu'à sa tête et un spasme la fit tomber à terre.
-Eh !
De sa démarche lourde et huilée, Thørstein se précipita vers elle. En deux enjambées il fut à ses côtés.
-Oh, ça va ?
Svritä fut bien en peine de lui répondre. Prostrée sur le côté, elle tentait de satisfaire ce besoin impérieux en air frais qui lui travaillait les poumons par des inspirations saccadées et toujours plus rapides. Cette ventilation excessive lui monta à la tête. Sa vue se troubla, se piqueta de multiples tâches sombres, chaque parcelle de son corps fut prise de tremblements. Svritä s'isola profondément en elle, ferma les yeux et attendit. De longues minutes passèrent ainsi, seulement ponctuées par les sifflements spumeux qui s'élevaient parfois de sa bouche.
L'ermite, dans son armure de métal, se contentait de la regarder sans rien faire, impuissant. Svritä l'entendit bougonner à voix haute, mais si le son lui parvenait bien, le sens de ses mots lui demeurait interdit. Après ce qui sembla être une éternité, elle parvint à lever ses paupières. Elle remua sa langue, gonflée et pâteuse, et fut prise d'un hoquètement soudain. Roulant sur le côté, elle déversa une bile aigre que la neige sembla boire comme une éponge. Quand elle tenta de se relever, Thørstein leva une énorme main dessus elle.
-Mieux vaut éviter. T'as pas l'air totalement remise.
Ignorant le conseil, la jeune femme banda ses muscles et se redressa. L'effort la laissa nauséeuse. Elle pressa ses mains moites sur son visage et attendit.
-Que... passé ?, fut tout ce qu'elle fut capable d'articuler entre ses doigts.
-Tu m'as fichu une sacré frousse, voilà ce qu'il s'est passé ! Tomber dans les vapes à cause de Ståhvit, c'est fort quand même.
-Qui ?
Thørstein se redressa silencieusement et pointa son poitrail gravé.
-Laisse moi faire les présentations. Ståhvit, Svritä. Svritä, Ståhvit.  En temps normal je proposerai bien un verre, mais bon...
Un éclat de rire rendu métallique par la carcasse d'acier retentit. Svritä s'épongea les lèvres et grimaça quand le goût amer de glaires lui revint en bouche.
-Tu te sens mieux ?, s'enquit Thørstein.
-Ça passera. Qu...
Sa voix éraillée lui fit défaut et elle dut se racler la gorge pour continuer.
-Qu'est-ce que c'est ?
-L’œuvre de toute une vie, répondit l'ermite, la fierté à peine filtrée par sa barbe cendrée, Enfin pas vraiment, mais presque. Personne était censée la voir avant qu'elle soit terminée, mais on dirait que t'as le chique pour tomber au mauvais endroit au mauvais moment.
En dépit du ton éminemment moqueur, Svritä pu presque sentir une pointe d'inquiétude dans sa voix.
-Franchement, continua Thørstein, je sais qu'elle en jette mais à ce point...
-La fatigue. C'est tout.
-Un peu, oui ! Je sais pas ce que tu fichais avec ton épée, mais la Montagne est loin d'être clémente avec les téméraires. Surtout par ici. Faudrait penser à te ménager de temps en temps.
Comme elle demeurait interdite, le forgeron s'assit à son côté. Le sol trembla quand il toucha le sol, accompagné par un nuage de copeaux blancs qui s'éleva comme pour fuir le monstre de métal. Les rayons de la lune diaprèrent sa surface d'une palette de couleurs irisées, contrastant singulièrement avec le grain sombre du minéral qui le composait. De légères vibrations d'ithylium suivaient chacun de ses gestes mais passaient pour un bruit de fond tant elles étaient douces et régulières.
Le brouillard de la confusion se levant peu à peu dans l'esprit de Svritä, elle récupéra une parole plus active.
-C'est toi qui a bâti ce... truc ?
-C'est Ståhvit s'il te plaît.
-Si tu veux. Tu l'as construit... construite... toi-même ?
-Sûr. J'ai mis le temps, mais j'approche de la fin. C'était censé être un secret m'enfin.
-T'as pas été très discret non plus,
le railla vertement Svritä.
Thørstein haussa ses massives épaules.
-D'ordinaire, je suis un peu plus seul, tu vois. J'ai plus l'habitude de me soucier du bien-être de quelqu'un d'autre. Et puis à cette heure là, non seulement je suis le plus actif, mais en plus t'es censé dormir. Alors voilà.
Svritä dut convenir qu'il avait raison. L'astre opalescent était levé depuis plusieurs heures quand elle s'était décidée à trancher sa nuit de sommeil pour se dégourdir. Mais elle tenait maintenant une occasion d'en savoir plus sur son hôte.
-Et à quoi c'était... Ståhvit devait te servir ?
-A faire du jardinage, bien sûr.

Thørstein laissa sa plaisanterie s'enliser avant de lâcher avec une brève exclamation ironique.
-Non mais franchement, vu la carrure que ça a, tu t'attends à ce que je m'en serve pour quoi ?
La jeune femme plissa le nez.
-Y'a pas l'air d'avoir besoin de ça par ici si la Ceinture est aussi infranchissable que ça.
-Justement, à l'origine c'était censé m'aider à la traverser. Pour me protéger du froid, ce genre de truc. Parce qu'il fait foutrement chaud là-dedans.

Pour accompagner sa phrase, il leva un bras et un jet de brume bouillant en jaillit, trouant la neige sur son chemin.
-L'ithylium, ça, expliqua-t-il succinctement, Ça chauffe un peu trop quand je m'en sers longtemps. Sûrement parce qu'il est pressurisé. Du coup, j'ai installé un système de valves pour évacuer la chaleur. Ça ressemblerait presque à de la vapeur d'eau, mais c'est autre chose. Enfin bon, c'est des broutilles, ça.
-Donc t'as construit une armure géante pour... traverser la montagne ?

-Entre autre, oui. Mais avec le temps, je me suis laissé aller à quelques élans créatifs. Me suis dit que ça ferait pas de mal d'avoir l'air imposant dès fois que y'aurait quelques claques à distribuer. Ça plaît au femme, si je me souviens bien.
Svritä préféra passer sous silence la remarque caustique qu'elle avait sous la langue et laissa traîner son regard sur le titan pendant quelques instants. Thørstein était un géant à côté d'elle, même en comparaison avec les guerriers qu'elle avait l'habitude de côtoyer, mais là, c'était d'une toute autre envergure. N'importe qui se serait senti ridiculement chétif à son côté. Et qu'un seul coup ait pu pulvériser un pan entier de granit montagneux était encore plus spectaculaire. Une wyrmide de bonne taille aurait pu passer sans problème par le trou béant. Et pour ajouter à cela, pas une seule ébréchure, pas une marque, seulement un peu de poussière tapissait les bras de l'armure.
-Pour quelqu'un qu'est pas forgeron..., fit Svritä en se massant la nuque.
Alors qu'elle était à peine audible, Thørstein releva malgré tout la remarque.
-Je travaille de tout, pas seulement du métal. Du bois, du cuir, des peaux, donne moi ce que tu veux et je te fais un truc avec. Donc je préfère le terme d'artisan. Enfin, anciennement en tout cas. Je suis censé être à la retraite.
-T'as de beau reste alors.
-Pardon ? Un compliment de ta part ? Tu t'es cogné la tête en tombant tout à l'heure, ou quoi ?

Svritä fit la moue et recentra la conversation sur ce qui l'intéressait vraiment.
-Si t'as fini... Ståhvit, là, pourquoi tu t'en sers pas pour quitter cet endroit ?
-Y'a encore pleins d'imperfections qu'il faut que je rattrape. Pas question de la faire sortir dans cet état. Et puis c'est ici que j'habite. A moins que ce soit vraiment nécessaire, j'ai pas envie de partir pour tout un tas de raisons. Ståhvit c'est juste un moyen de transport pour m'aider à me balader plus facilement. Y'en a qui se servent de yagock, moi je vois plus grand, c'est tout.
-Tu devais bien te débrouiller autrement avant d'avoir fini. Sinon, t'aurais pas tenu une semaine sans nourriture et eau potable.

Un éclair entendu traversa les yeux polaires de Thørstein.
-Oh, je vois maintenant. C'est pas moi qui t'intéresse, c'est un moyen de partir. Je t'ai déjà dit qu'avec les Sangs-Gelés...
Svritä sentit les barrages sa retenue céder face à une irritation qu'elle contenait à peine, rendus trop fragiles par la lassitude cumulée des dernières heures.
-Mais bordel à la fin, je m'en fous de tes Sangs-Gelés, s'emporta-t-elle violemment, T'es bien capable de survivre alors qu'ils t'empêchent soit-disant de traverser la Ceinture alors te paie pas ma tête. Y'a un moyen de quitter cet endroit et je compte bien le découvrir, que tu le veuilles ou non.
-Et tu comptes me forcer à parler ?, gronda l'ermite à son tour, en penchant son immense stature vers elle, là c'est toi qui te mets le doigt dans l’œil jusqu'au coude.
-J'ai pas...
Un accès de douleur lui vrillant les tempes, elle grinça des dents. Une tâche noire dansa dans son champs de vision et sa respiration s'accéléra. Craignant un nouvel accès de faiblesse, elle souffla longtemps pour ralentir son rythme cardiaque. Calmée, elle planta Thørstein de son regard d'onyx sans frémir et affirma fermement.
-J'ai rien à faire ici. J'ai une mission à accomplir et je compte bien le faire. T'as aucun droit de me garder de force.
Contre toute attente, Thørstein sembla s’adoucir. Les rides de son visage fondirent lentement et il soupira en se retirant.
-Non, c'est vrai. Tu as raison. J'ai pas le droit de te garder ici. Mais tu crois sérieusement que je me suis isolé pour ensuite montrer au premier venu comment atteindre ma grotte ?
-Le Forge-Lune ne va pas se trouver tout seul.
Thørstein leva un bras au ciel.
-Foutre à la fin ! Le Forge-Lune par ci, le Forge-Lune par là, mais c'est quoi ton problème avec lui ? Il a craché dans ton bol de soupe pour que tu lui en veuilles à ce point ?
Comme le silence s'épaississait peu à peu, Svritä jugea préférable de se calmer un peu. Elle n'obtiendrait rien par la force, c'était une évidence. Jouant des maxillaires, elle rassembla ses forces et se prépara à lâcher du lest. Elle commença d'une voix morne.
-Y'a plusieurs années, des histoires sur un soit disant maître du métal habitant les Trois-Glaciers ont commencé à se propager à droite et à gauche. Personne savait qui avait commencé à en parler ni de qui il s'agissait vraiment, hormis qu'il se faisait appeler le Forge-Lune. Avec le temps, les gens se sont appropriés ce nom pour en créer une sorte de légende populaire et la rumeur a enflé. Beaucoup pensent qu'il ne s'agit que d'un conte bon pour les gosses, mais les érudits de notre clan sont convaincus qu'il possède un fond de vérité. Entêtés comme ils le sont, ils ont fait appel à des traqueurs pour les aider à découvrir si ce qu'on disait sur le Forge-Lune était vrai. Alors je me suis portée volontaire avec une dizaine d'autre mais j'ai été séparée du groupe par le blizzard. Le reste... Tu le connais aussi bien que moi.
L'ermite s'abîma dans la contemplation d'un sillon qu'il traçait mécaniquement dans la neige en écoutant Svritä parler. Il resta ainsi quelques temps, des mimiques variées passant et repassant sur son visage.
-Le Forge-Lune qui devient une sorte de fable populaire ?, mâchouilla-t-il à voix haute, Bah. Les histoires ont le chique pour tout embellir.
-Qu'est-ce que tu racontes ? T'as des informations intéressantes ?
Thørstein remua le torse qui glissa sur ses gonds avec de petits appels d'air.
-Non, non. Enfin pas vraiment. J'en ai aussi entendu parler, tu vois. Pas beaucoup, juste quelques trucs. C'est juste que j'étais loin de m'imaginer que ça avait pris une telle ampleur.
Il leva les bras au ciel et s'empressa d'ajouter.
-Et surtout que ça entraînerait des fous dans ton genre pour braver la Montagne sur la foi d'un mythe. C'est pas considéré comme une sorte de sacrilège que de violer le soit-disant sanctuaire du Gardien ?
Svritä se crispa mais préféra continuer pour éviter d'envenimer la situation avec un autre débat.
-Tu peux pas comprendre ce que ça représente pour nous. Les anciens parlaient de découvrir des secrets que personne n'osaient prétendre posséder, de redorer le blason de notre clan en révélant à tous qu'ils étaient les premiers à affronter une légende. C'est un grand honneur pour nous de participer à cette mission et nous avons fait ce qu'il fallait pour nous assurer que le Gardien souriait à notre entreprise. Sans quoi personne ne serait parti.
La terre trembla quand Thørstein s'ébroua en s'esclaffant. Il tenta bien de parler mais seuls des mots hachés par des éclats de rire sortirent de sa bouche. Svritä manqua de peu de prendre ombrage de ce qui ressemblait de plus en plus à une moquerie quand l'ermite la devança, des larmes naissant dans les replis de ses yeux.
-Par la barbe de l'Ancien. Là, je suis soufflé. Même si on oublie le côté religieux de l'affaire, oser affronter les légendaires Trois-Glaciers que tous évitent comme la peste pour courir après un fantôme, c'est très, très fort. J'en viendrai presque à respecter un tel niveau de zèle.
Thørstein gloussa à nouveau et secoua la tête pour en chasser les restes de son hilarité.
-Mais laisse moi te poser une question. Si jamais vous aviez rien trouvé toi et ton groupe, vous auriez fait quoi ?
-Nous sommes formés pour traquer les parias, répondit Svritä sans hésitation, Si après avoir passé la montagne au peigne fin le Forge-Lune demeurait introuvable, alors nous en aurions conclu qu'il n'était qu'une légende.
-Et si vous l'aviez trouvé ?
-Nous l'aurions amené avec nous comme les anciens nous l'ont demandé.

Le forgeron hocha lentement de la tête comme s'il venait d'avoir la confirmation de ce qu'il attendait comme réponse et ses lèvres frémirent sans qu'aucun son n'en sorte. Ses prunelles pâles se voilèrent un temps, traversant Svritä qui ne le lâchait pas du regard. Quoi qu'il se passait dans la tête du vieil ermite, il était totalement absorbé par ses pensées. Finalement, il cilla comme si son esprit c'était de nouveau emboîté dans son crâne, se redressa puis se leva. Une secousse traversa sa carcasse de métal pour chasser les copeaux de neige qui s'étaient accumulés et il tendit sa main.
-Allez, viens.
Surprise, la jeune femme mit un certain temps à réagir.
-Hein ?
-Quoi, hein ? On va pas rester ici toute la nuit, si ? T'as une tête aussi pâle que la lune alors tu vas me faire le plaisir d'aller te coucher. Pas envie de te ramasser à la petite cuillère comme tout à l'heure. Ensuite...

Il soupira longtemps et continua.
-Je verrai. Pour l'instant, que tu le veuilles ou non, t'es pas en état de chercher qui que ce soit. Quand tu iras mieux, alors là j'envisagerais de te montrer comment quitter cet endroit. Parce que dans ton état, quitter cet endroit reviendrait à t'avoir laissé mourir avec ton yagock quant tu t'es écrasée ici.
-Et sans combien de temps t'estimeras que je serai apte ?, protesta Svritä avec véhémence, Ça fait déjà plusieurs semaines que je suis là, je vais pas y passer ma vie !
-Ça, tu peux t'en prendre qu'à toi même. Si tu t'amusais pas à jouer à la Vierge Martiale, tu guérirais beaucoup plus vite.
-Je peux pas rester inactive comme ça. Y'a rien à faire et je retourne sans arrêt des pensées sur ces trucs que j'ai vu. Ça dure depuis des jours. Et toi... tu parles, tu parles, encore et toujours. Tu racontes des trucs sans queue ni tête sur ces... ces dessins sur les murs, sur tes histoires d'unification... et tout d'un coup tu disparais pour revenir dans... ça. C'est trop. Il faut que je bouge, que je chasse ces réflexions. Et j'ai rien trouvé de mieux que m'entraîner, quitte à en souffir.
Un sourire compatissant étira les traits de Thørstein en dépit d'un ton nuancé d'une pointe de raillerie.
-Ça m'étonne qu'à moitié. T'aurais jamais du voir ce que t'as vu. Sans l'habitude d'écouter la Pierre correctement, elle te retourne la tête avant même que tu comprennes ce qu'elle te dit. Et c'est un exercice que beaucoup négligent et qui se perd peu à peu. Ceci étant, c'est vrai que j'ai pas été un hôte très agréable ces-derniers temps. Je vais essayer de t'occuper un peu pour t'aider à faire passer le temps. Mais plus de pirouettes ou de voltiges dans la nuit, d'accord ?
Svritä renifla et marqua un temps d'hésitation. Peut-être plus par dépit que par assentiment, elle saisit toutefois la main d'acier de l'ermite.
-D'accord.
Thørstein parut satisfait. Il installa la jeune femme dans ses bras et entreprit de la conduire à l'intérieur. Svritä se laissa porter par la cadence huilée du titan et commença doucement à somnoler.
-Je sais pas comment tu fais, fit-elle à mi-chemin, Vivre comme ça, être seul ici, au milieu de nulle part... Comment tu fais pour pas devenir... fou ?
La réponse se fit attendre. Ce ne fut que quand ils atteignirent les braseros à l'entrée de la grotte, Svritä rendue à peine consciente de son environnement par la fatigue, qu'elle perçut du bout de l'oreille l'explication de Thørstein.
-C'est difficile de casser un pot déjà tombé par terre.
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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Mar 26 Aoû 2014 - 14:56

Svritä saisit la reliure de cuir et tira doucement l’ouvrage vers elle. Les inscriptions de la couverture étaient difficilement visibles, polies par le passage des mains, et leur sens lui paraissaient abscons. Elle tenta vainement de les déchiffrer puis ouvrit le livre. Une forte odeur de renfermé agressa ses narines dès la première page en vue. Là encore, impossible de comprendre quoi que ce soit. Les caractères s’enchevêtraient en gribouillis à peines lisibles et si quelques patterns semblaient se distinguer, leur prononciation lui échappait.
-Et celui-là ?
La voix de la jeune femme se répercuta dans les murs de la pièce étroite et Thørstein jaillit de l’ombre.
-Hein ?
Il portait à la main un autre livre, d’aspect plus neuf mais dont le titre n’était lui aussi qu’un agrégat de symboles obscurs.
-C’est quoi le titre ?
Thørstein pencha sa tête sur le côté et renifla.
-Tiens donc. Métaux et alliages. Un vieux de la vieille, pour sûr. J’avais presque fini par croire que je l’avais perdu. Tu l’as lu ?
-Très drôle.

Avec un ricanement amusé, l’ermite s’enfonça à nouveau dans la pénombre de la pièce. Derrière l’épaisse étagère de bois, Svritä l’entendit grogner quand une pile d’ustensiles divers tomba par terre.
-C’est toi qui l’a écrit ?, lui demanda-t-elle.
-Qui ?
-Le livre.
-Ah. Oui. Y’a longtemps.

Svritä repartit à l’exploration. Elle laissa ses mains se promener sur les quelques livres qu’elle avait déjà éliminés sur l’étagère, les yeux à la recherche d’un nouvel indice. Une fine pellicule de poussière s’était déposée sur ses doigts à force de toucher à tout ce bazar empilé depuis on ne sait quand mais elle s’en moquait. Sa patience s’érodait peu à peu et elle commençait à désespérer quand une exclamation victorieuse retentit. Thørstein reparut devant elle, un large sourire décorant son visage éclairé par la joie.
-Trouvé !
Il brandit un ouvrage au cuir tapissé d’un fin duvet brun dont le titre apparaissait très clairement, même si le sens restait obscur au non initié.
-Contes et Légendes, récita rapidement Thørstein, Voyons.
D’un rapide mouvement du poignet, il fit voler les pages un brin jaunies par l’usage et pointa l’une d’elle.
-Ah. Le Forge-Lune.
Svritä vint se placer à son côté. Ce qu’elle vit la fit froncer des sourcils.
-C’est tout ?
Devant ses yeux, un seul petit paragraphe grignotait avec peine le papier, tout juste composé de quelques lignes éparses. Bien loin des autres ouvrages déjà consultés, qui allaient jusqu'à posséder des illustrations détaillées s'étalant sur des pages entières. Thørstein haussa ses épaules massives.
-Fallait pas t’attendre à grand-chose. Le passage à l’écrit vient bien après la transmission orale. Je veux dire, le Forge-Lune, c’est juste une petite légendette tout juste bonne à égayer les vieux grisous en fin de soirée, alors c’est normal qu’on trouve quasiment rien dessus. C’est loin du niveau de la Reine Shaas ou de la Tisseuse de Givre.
-Et qu’est-ce que ça dit ?
Une courte rumination précéda la réponse.
-Apparemment, le Forge-Lune aurait habité dans un village des basses-terres durant un temps avant de s’exiler dans les Trois-Glaciers quand les gens ont découvert que c’était un déserteur. Rien sur sa naissance ou sur ce qu’il est devenu.
Svritä croisa les bras et maugréa.
-J’imagine que je vais devoir m’en contenter.
Elle se massa la nuque et aida Thørstein à ranger les pots en fonte étalés au sol.
Au fond d’elle, dissimulé dans les replis d’une foi qui s’érodait peu à peu et accru par une convalescence grignotant sa raison, le doute germa.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Sam 27 Sep 2014 - 9:51

Thørstein avala une autre gorgée. Une larme perla sur le coin de ses yeux quand l’alcool trouva son chemin jusqu’au creux de son ventre. Une lourde impression de chaleur s’empara de lui presque aussitôt. Soupirant d’aise, il posa son verre et attrapa la petite poupée de chiffon qui trainait sur la table. Avec un œil mal assuré, il avisa une couture délabrée. Qu’elle fut la conséquence d’une création maladroite en son temps ou d’un accident plus récent, Thørstein ne sut le dire, mais il la trouva particulièrement insultante. Il eut presque l’impression de déceler un petit sourire moqueur dans les replis que formait le trou du tissu. Ses doigts agrippèrent maladroitement les fils qui pendouillaient sur le ventre de la poupée et, dans une tentative futile, s’escrimèrent à les réunir par un nœud solide. Sans succès. Il ne fit qu’élargir le trou et manqua d’arracher une branche qui servait vaille que vaille de rembourrage. Alors il la laissa dans son état, ternie par le passage des années. Une dernière bouchée de pain parvint à caler son mécontentement, suivie d’une autre rasade d’alcool. Il soupira encore.
Un tintement retentit derrière lui et il pivota sur son tabouret. Dans la pénombre, il distingua une forme qu’il identifia avec peine.
-Svritä ?
Ne parvenant pas à obtenir une vision nette de son environnement, il se frotta le visage énergiquement. La voix familière qui lui répondit suffit à dissiper le moindre doute.
-Je te dérange ?
La question surprit Thørstein qui mit un temps à articuler quelque chose.
-Non, non. Enfin pas vraiment. Qu’est-ce que tu fiches ici à cette heure-là ?
-J’arrive pas à dormir.
Comme elle demeurait interdite, l’ermite en profita pour glisser la poupée à sa ceinture avant de lever un bras.
-Bon ben reste pas plantée là. Viens.
La jeune femme s’exécuta. Elle prit place devant Thørstein qui s’efforçait d’aligner correctement ses yeux.
-Je te sers quelque chose ?, lui demanda-t-il avec une voix grumeleuse.
-S’il reste un truc, je veux bien.
Une main pendant sur le côté, Thørstein chercha de quoi accomplir son devoir d’hôte. Quand il se heurta à une, deux, puis trois bouteilles vides, il grogna.
-Plus rien. Je vais voir ailleurs.
Quand il se redressa, il s’aperçut alors que Svritä s’était déjà servie au goulot du pichet qui trainait sur la table. Elle toussa, manquant de renverser ce qu’elle tenait dans la main.
-Je vais te chercher un truc moins fort si tu veux, proposa Thørstein sans conviction.
-Laisse. Je vais prendre ça.
Avec un hochement de tête las, l’ermite servit un fond de gobelet qu’il tendit à la jeune femme.
-Bon alors. Qu’est-ce qui va pas ?
-Je t’ai dit, j’arrive pas à dormir.
-Mais encore ?

Svritä haussa des épaules et siffla son verre d’une traite. Un frisson la parcourut, elle grimaça et Thørstein de la relancer.
-Ça te travaille encore ?
-C’est…

Elle laissa la fin de sa réponse s’éteindre dans un souffle.
-J’imagine que ça doit pas être simple, fit Thørstein en se polissant les paumes, Faut juste que… tu sais… tu te canalises. Le temps que ça passe. Un truc comme ça, quoi.
-Si j’arrive à survivre jusque-là.

Ne laissant aucun temps à Thørstein pour répliquer, elle baissa la tête et se massa la nuque.
-C’est juste que… J’ai toujours été comme ça. Même dans mon village. Il s’y passe rarement quelque chose d’intéressant mais je faisais toujours en sorte d’être active. N’importe quoi tant que j’étais pas assise. Histoire de me sentir utile.
Elle releva lentement la tête. Ses mains pianotèrent nerveusement le bord de la table, comme un exutoire au stress accumulé durant la nuit.
-C’est peut-être pour ça que je me suis engagée comme traqueuse, remarque, reprit-elle au bout d’un temps, On bouge tout le temps, poussé par l’excitation de la course et par le sentiment de rendre l’Île un peu plus sûre. Même marcher devient difficile tellement on s’habitue à ce rythme infernal. Ça canalisait mon trop plein d’énergie. Mais là…
Elle soupira longtemps. Thørstein, silencieux comme une pierre, lui servit un verre qu’elle avala par longues gorgées. Elle manqua de s’en étouffer à la fin. Quand elle reprit contenance, sa voix était rauque.
-Là j’ai l’impression d’être morte. Je peux plus me déplacer correctement sans trébucher et enfiler une chemise est un calvaire. J’arrive même plus à évacuer mes pensées. Ça s’accumule et ça tourne encore et encore, ça racle dans ma tête jusqu’à ce que j’en rêve dès que je ferme les yeux. Je pensais pouvoir tenir jusqu’à ce que j’aille mieux mais ces… trucs que j’ai vu, c’est trop. Je les comprends pas, je m’en contrefous et pourtant, ça remue, ça remue… C’est trop.
Svritä émit un rire jaune.
-J’imagine que ce que je raconte n’a aucun sens, hein ? Je sais même plus où j’en suis.
Thørstein leva les mains à hauteur d’épaule et roula des yeux.
-En fait si. Plutôt même. Je suis pareil. J’aime pas rester sans rien faire non plus. Mais je peux t’assurer que tu y survivras.
-T’es sourd ou quoi ? Je peux pas. Tu sais pas par quoi je passe en ce moment.

Thørstein lorgna Svritä sous ses mèches brunes qui masquaient à peine son regard d’onyx et pouffa.
-Tu crois ? Et comment j’ai fait d’après toi quand je suis arrivé ici ?
Il se tapota le menton. Un instant, il sembla reclus au plus profond de lui-même, mastiquant sa salive à la recherche de ses idées. Quand il eut mis le doigt sur ce qu’il cherchait, il ricana.
-En fait... Quand je suis arrivé ici, j’étais dans un état bien plus pitoyable que le tien. Pour tout dire, je crois me rappeler que je rampais plus que je marchais. Un vrai déchet. Et histoire d’en rajouter une couche, j’ai trouvé les inscriptions dans cet état lamentable. Paf, comme ça. Alors si, je sais exactement par quoi tu passes.
Satisfait de son récit, Thørstein leva un doigt présomptueux et se servit un verre d’alcool. Il en inspira l’odeur âcre, le leva légèrement à hauteur des yeux et le but tout rond. Il en proposa à Svritä qui l’ignora.
-Et comment t’as fait alors ?
-Pour quoi ?
-Ignorer tout ça. Faire en sorte que ça cesse de te torturer quand t’essaie de dormir.
L’ermite se frotta l’arête du nez et frissonna.
-Ben... Je pense que ça a eu moins d’effet que sur toi déjà parce que j’étais un peu cassé avant de les trouver. Sinon… j’ai fait la seule chose que j’ai pu faire. J’en ai parlé.
-Quoi ?
-Je t’assure. Vu que je pouvais pas les chasser par l’exercice, j’ai énuméré ce que j’avais dans la tête à voix haute. Ça a fait diminuer la pression exactement comme les soupapes de Ståhvit. Un bien fou, je te dis.
-T’as… parlé tout seul de ce que t’avais dans la tête ?
-Puisque je te le dis ! On s’en rend pas compte, mais les objets inanimés font des très bons compagnons de discussion. Surtout les cristaux. Bon, c’était pas très efficace. T'as qu'a me voir aujourd'hui. Mais au moins ça m’a permis de tenir, quoi… Je sais plus exactement. Des semaines ou des mois. Peut-être un an... Après, j’ai eu droit à un coup de main.

Il cligna de l’œil et sourit.
-Mais ça c’est un secret.
Perplexe, Svritä contempla longuement le visage de Thørstein devant elle qui s’étirait avec un sourire gouailleur. Sa vision commença à échapper à son contrôle et ses paupières tombèrent en même temps que ses nerfs. Le trop plein d’émotions refoulées, cette simple discussion et l’alcool combinés sapèrent définitivement ses ultimes résistances. Et elle rit. Sa tête s’affala sur elle-même et quand elle voulut caler ses coudes sur la table pour en faire un appui, elle manqua le rebord. Ce brusque sursaut acheva de la faire sombrer dans l’hilarité la plus totale ou se mêlèrent l’incrédulité et le maelstrom bouillonnant de sentiments contradictoires. Si elle manqua même d’en pleurer à un moment, Thørstein ne s’en rendit pas compte et la tança avec bonne humeur quand elle fut calmée.
-Tu vois ça ? Le début du mieux. Tu peux te laisser aller. Après, tu peux parler si tu veux. Et si la discussion suffit pas…
L’ermite vida le reste du pichet dans son gobelet, en avala une moitié et tendit le reste à Svritä.
-Cul-sec. Avec ce que t’as déjà pris dans le museau, je peux t’assurer que tu vas dormir comme un bébé ce soir.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Lun 6 Oct 2014 - 15:37

Thørstein inspecta rapidement la pierre qu’il tenait entre ses mains. Une grimace étira son visage et il la jeta négligemment par terre.
-Qu’est-ce qu’elle a ?
-Pas belle.

La réponse était brève, sèche. L’ermite en soupesa une autre qui termina à côté de la première. Svritä les ramassa toutes les deux et les compara à la lumière du brasero. A ses yeux, elles étaient en tous points identiques à celles que Thørstein avait qualifiées de « passables ». Couleur sable, mouchetées, lourdes.
-Honnêtement je vois pas ce que tu leur trouves.
Thørstein se retourna, un sourcil levé.
-Tu vois pas ?
Il s’approcha vivement et saisit les deux pierres. Dans sa main, elles avaient l’air minuscule.
-C’est pourtant évident.
-Pas vraiment. C’est quoi le problème ?
-Des trucs.
-Des trucs ?

Thørstein jeta les pierres par-dessus son épaule et balaya l’air de sa main.
-Oui des trucs. Ils sont pas comme il faut.
L’ermite souffla quand Svritä, silencieuse, attendit une explication plus consistante. Ses traits s’affaissèrent et il s’éloigna de l’atelier. Dessus, une multitude de cristaux et de roches en tout genre se battaient pour le peu d’espace qu’on leur avait laissé. Les uns luisaient comme la braise tandis que les autres semblaient aspirer toute la lumière autour d’eux. Ils étaient de toutes les formes. Aiguisés, polis ou simplement bruts.
-C’est compliqué, commença Thørstein en se plaçant à côté de Svritä, C’est comme si chaque pierre était constituée de pleins de petits… eh ben de trucs. Je sais pas ce que c’est ni comment les appeler. Je sais jusque que y’en a beaucoup. Ils s’arrangent différemment selon le minéral que j’ai dans la main et…
Il se gratta la tête, à la recherche de ses mots.
-Parfois j’ai l’impression que y’en encore d’autres machins encore plus petits qui les constituent. Ça bouge mais en même temps c’est fixe. Comme si je faisais tourner mes doigts autour de ma main, tu vois ?
-Non.

-Ouais – il renifla – Je m’en doute.
Svritä se massa l’arrière de la nuque.
-Et c’est sur ces trucs que tu te bases pour trier tes pierres ?
-Exactement. Quand c’est pas bien agencé, je le sais tout de suite. Et si je mets un peu d’ithylium dessus…

Il mima une explosion avec ses doigts.
-Je vois encore plus. Plus loin, plus petit, je sais pas, mais c’est beau. Y’a des moments, ça me rappelle les étoiles dans le ciel. Je pourrais passer des heures simplement à observer une pierre avec ça. Et si ça me plait pas je chamboule le tout pour que ça colle comme il faut. C’est comme ça qu’on fait les meilleurs minéraux. Mais c’est long et fastidieux et j’ai pas envie de te montrer tout ça. Faut suivre des pattern, tout ça, et c’est pas bien passionnant si tu vois pas ce que je fais. Donc je trie.
Un temps passa. Seul le crépitement des flammes ponctua le silence.
-Moi aussi je vais voir des trucs si je reste ici encore longtemps ?
-Ah. Du sarcasme. Vraiment. Manquait plus que ça.

Bougon, il quitta la pièce par un tunnel sombre. Outre son pas lourd, Svritä l’entendit distinctement grogner sans comprendre ce qu’il disait. Elle soupira et lui emboîta le pas.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 19 Oct 2014 - 14:53

-Pourquoi t’es ici ?
Thørstein leva un sourcil d’incompréhension.
-Quoi, comment ça pourquoi je suis ici ? Je mange, comme toi.
-Non je veux dire ici dans cette grotte.

-Parce que j’y habite ?
Svritä soupira.
-Tu vois très bien ce que je veux dire.
L’ermite racla son palet avec sa langue pour en chasser un morceau de viande sans rien dire. Il se servit un verre de bière, en but une gorgée, puis deux et s’essuya le coin de la bouche.
-En quoi ça te regarde ?
-En rien, j’imagine. C’est juste que… Je sais pas. T’es un déserteur
– il tiqua mais la laissa poursuivre – moi j’appartiens à un clan. Depuis que je suis arrivé ici, je me pose plein de question sur toi. J’essaie simplement de comprendre…
-Pourquoi je t’ai pas laissée mourir ?

Le silence fut comme une marque d’approbation. Thørstein se dégonfla comme un ballon et cala son dos massif contre le mur de grès derrière lui. Il rompit un morceau de pain qu’il porta à sa bouche.
-C’est ça ton problème, Svritä. Je croyais que je te l’avais fait comprendre. Tu penses de façon trop binaire. Là où tu vois un déserteur qui a sauvé une clanique avec je sais pas quelle idée derrière la tête, moi je vois un erfeydien qui a sauvé une erfeydienne.
-Difficile à avaler.

L’ermite sauça son plat et se servit une autre portion de lard fumé. Svritä reprit.
-J'ai connu des fils de déserteurs qui se prétendaient d'un autre bord que leurs parents. Comme toi. Mais au final ils nous ont prouvé que quand on naît avec du sang de parias il est difficile de faire autre chose que trahir.
-Mh. La différence c'est que la seule personne qui me prend pour un déserteur ici, c'est toi. Et puis franchement, tu crois que si j'avais eu envie de te trousser pendant ton sommeil, je t'aurais rendu ton arme et laissé gambader chez moi, libre de tout ?
Le silence fut sa réponse. Thørstein termina son assiette et joignit ses mains sous son menton.
-Écoute, on va pas repartir là-dessus, lui dit-il lentement, Si t'as vraiment un problème avec le fait que je fasse pas parti d'un clan ou je sais pas quoi, on aura tout le loisir de régler ça quand t'auras récupéré.
-J’imagine que oui.
Thørstein opina du chef, l'air étrangement satisfait et ils terminèrent le reste du repas en silence.
Spoiler:
 


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Mer 5 Nov 2014 - 16:30

Thørstein lorgna le ciel d’un œil vitreux et renifla bruyamment.
-Tiens. C’est cette nuit.
Svritä, à côté de lui, leva la tête.
-De quoi ?
L’ermite pointa le ciel en guise de réponse. Une lune pleine que de fines banderoles de nuages n’osaient traverser diaprait de ses rayons cristallins la Ceinture en contrebas. Une aura bleutée, spectrale l’entourait, masquant à demi ses contours, tout en laissant apparaître sa taille et son teint anormaux. La jeune femme haussa des épaules et enfouit son visage sous sa capuche de laine.
-Et alors ?
-Alors ça fait quarante et un hivers que j’ai pointé le bout de mon nez quelque part par là-bas.

Il embrassa l’espace glacé devant lui, désignant une tranche abstraite de terrain masqué par l’obscurité. Svritä ricana.
-Je comprends mieux maintenant.
-Hein ?
-Que tu sois… tu sais… à cause de la lune… un lunatique, quoi.

Thørstein agrémenta son rire ironique par un lent clappement de main.
-Vraiment très fin, cet humour.
-Je m’adapte au public.
-Et en plus tu continues ! Foutre. J’aurais jamais du t’amener ici.

Il se tordit malgré tout l’ébauche d’un sourire sur son visage. Un temps, ils contemplèrent simplement la vue. Sous leurs pieds balançant négligemment dans le vide s’étendait une steppe de glace lisse que rien n’écorchait, nimbée d’un halo d’argent, silencieuse et pure. Sur la gauche, la Ceinture, muraille de brume opaque et mortelle, sur la droite, un à-pic qui se perdait dans les ténèbres. Aucune vie, aucun mouvement. Finalement, Thorstein s’agita.
-Ça t’es jamais arrivé de te demander comment serait ta vie aujourd’hui si t’avais pu changer ne serait-ce qu’une seule chose ?
Svritä lui coula un regard surpris.
-Ecoute-toi un peu. On dirait un vieux sur son lit de mort.
-Peut-être bien. Alors ?

La jeune femme colla ses jambes contre son torse et posa son menton sur ses genoux.
-Je sais pas. Peut-être. Ça m’arrive parfois, mais j’évite que ça empiète sur ma vie. Je pense qu’on avance pas en ressassant sans arrêt des choses qu’on peut pas changer. Et toi ?
-Ouais.
-On dirait bien que tes quarante et une années t’ont apporté leurs lots de regrets.

Thørstein se rembrunit.
-Comme tout le monde. Y’a juste des fois je me dis que j’ai eu la chance que beaucoup n’ont pas eue. Je veux dire arriver à peu près en un seul morceau jusque-là malgré tout.
-C’est une bonne chose alors.
-Je sais. Je devrais être content. Mais parfois je pense juste… quand je regarde derrière…

Il lâcha un long soupir qui se transforma en véritable trombe de buée.
-Enfin. On va pas passer notre nuit à s’apitoyer sur nous-même. Je veux dire, c'est quand même la première fois depuis des années que quelqu'un est avec moi pour voir une lune bleue.
-J’ai rien dit moi.
-Y’en a une qui va dormir dehors si ça continue.

Le menace s’envola aussi vite qu’éclata le rire de Svritä puis celui de Thørstein l’accompagnant de bon cœur.


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Dim 15 Fév 2015 - 8:15

Thørstein ouvrit enfin les yeux. Il grogna, papillonna un temps et se frotta la barbe. Une nuée de copeaux brillants s’en échappèrent, tourbillonnant devant lui en de petits cercles concentriques. Ses cils et sourcils subirent le même traitement, ainsi que sa chevelure rendue plus cendrée qu’à l’ordinaire. Il se frotta aussi le visage pour en chasser l’engourdissement et cala sous son bras son paquetage. Puis, il s’avança dans la neige dure pour rentrer chez lui, sifflant un air entrainant.
Devant un des braséros, il trouva Svritä qui, emmitouflée dans une lourde cape, le gratifia à peine d’un regard.
-Oh, un comité d’accueil, lança Thørstein une fois arrivé à son niveau, Comme c’est gentil !
Il déposa son chargement à ses pieds et roula des épaules.
-Pouah. Je suis bien content d’être rentré en tout cas. Oui, je vais bien merci. Belle nuit, hein ?
Comme elle ne disait rien, il se plaça à son côté et fit la moue en remarquant les lourds cernes qui barraient ses yeux.
-Encore des problèmes pour dormir ?
Elle haussa des épaules.
-Alors ?
-Toujours pas. Va falloir être encore un peu patiente.
-T’es sûr ?
-Certain.

Il s’étira, souffla comme un bœuf et, sans plus de palabres, s’assit lourdement au sol. Même ainsi, ses yeux arrivaient presque au niveau de ceux de Svritä.
-Ça commence à faire long.
-Holà. Est-ce que je sentirais une pointe d’accusation dans ta voix ?
-Je dis juste que c’est long. Comment tu peux être sûr qu’ils sont pas partis ?

Thørstein attrapa le sac qu’il avait amené avec lui et l’ouvrit. A l’intérieur se trouvait un agrégat de cailloux sombres pas plus gros que le poing. Lézardés pour la plupart, pailletés de givre, certains allaient même jusqu’à exposer une fracture béante qui laissaient suinter de petites perles fumantes de liquide luminescent. Ils luisaient d’un éclat palot, ténu, rendu à peine visible par un mince filet de lumière nocturne.
-C’est joli, hein ?, dit-il avec un sourire, J’ai passé je sais pas combien de semaines à faire ça. C’est dire.
-C’est quoi ?

Thørstein saisit une des pierres et la leva à hauteur d’yeux.
-Touche. Allez, elle va pas te manger.
Svritä s’exécuta après un temps d’hésitation. Quand ses doigts effleurèrent l’étrange minéral, elle comprit.
-De l’ithylium.
-Pas exactement. Une sorte d’alliage bizarre sensible au froid. Tu vois l’éclat qui s’en dégage ? Son intensité diminue avec la température. Normalement, dans les périodes les plus rudes, la pierre devient aussi noire que du charbon et reprend des couleurs à la belle saison. Tout juste quelques éraflures si le gel est violent. Mais vu que là, elles sont complètement éclatées… J’ai pas besoin de te faire un dessin, si ?

Svritä marqua son assentiment par un bref grognement.
-Donc t’as traversé la Ceinture simplement pour récupérer des cailloux. Et si t’étais tombé sur les Sangs-Gelés ?
-Et qu’est-ce que j’irais faire à les placer en plein cœur du brouillard, hein ? Quelques-unes à la lisière de chez moi, ça me suffit pour savoir si je peux sortir tranquille sans risquer de me faire éclater les yeux. Pas besoin de traverser la Ceinture pour ça. Quant aux autres, là…

Un sourire forcé accompagna la réponse.
-Ben… Je sais pas. J’aurais encore avisé. Mais bon, avec des si, j’unifierais les erfeydes en trois coups de marteau, ha !
Il rit à sa propre plaisanterie mais se renfrogna vite quand il remarqua que Svritä demeurait de marbre.
-Allez fais pas la tête, la tança-t-il avec humeur, Tu crois que j’aurais survécu ici longtemps s’il avait fallu que je me fie au bon vouloir du temps ? J’ai d’autres moyens de quitter mon bouge.
Cette fois, la jeune femme réagit. Ses joues se teintèrent de rouge et son souffle s’accéléra.
-Je le savais, gronda-t-elle, Je savais que y’avait autre chose. Je savais que j’aurais pu partir depuis longtemps. Espèce de…
-Doucement, petite. On en a déjà parlé. Je…

Svritä s’écarta brutalement de lui. Elle balaya le sac de pierre sans y prendre garde et fulmina dans l’air glacial de la nuit. Thørstein croisa les bras et la regarda faire sans un mot, mâchouillant sa salive par habitude. Elle mit bien dix minutes à fouetter la neige de ses pieds, à creuser des sillons profonds par ses incessants allers-retours avant de se calmer. Mais même ainsi, elle pointa un doigt raidi de colère vers le torse de l’ermite quand elle revint devant lui.
-Tu m’as menti. C’était toi qui m’empêchais de partir, pas les Sangs-Gelés. Par le Gardien, je le savais.
-Si j’avais pas fait tout ça, tu te serais éclipsée dès que t’aurais pu mettre un pied devant l’autre et tu serais morte en moins d’un jour dehors. Alors si, les Sangs-Gelés m’inquiétaient. C’est pas le genre de truc que tu combats l’épée au poing.
-Et tu vas aussi me dire que c’est les Sangs-Gelés qui m’ont caché les autres moyens de quitter cet endroit ?
-Ça…

Thørstein se passa une main sur le visage.
-Si je me suis isolé du monde, c’est pas pour annoncer au premier venu comment atteindre ma grotte.
-Tu me l’as déjà dit. Et alors, quoi ? Ça te donne le droit de me garder ici jusqu’à la fin des temps ? C’est ça ton délire ?
-La situation me plait pas plus qu’à toi, petite. Ceci étant, compte tenu de ta réaction, je crois que j’ai enfin trouvé comment résoudre ce problème.

Un sourire fauve éclaira soudain le visage de l’ermite alors qu’il se relevait enfin. Ce brusque changement de ton et de posture pris Svritä au dépourvu qui ne put s’empêcher d’avoir un mouvement de recul.
-Allez, aboya Thørstein avec un grand éclat de rire, Tu veux bouger ? Chasser tes mauvais rêves ? Quitter cet endroit ? Viens me le prouver !
Spoiler:
 


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Lun 2 Mar 2015 - 15:55

Le serpent de feu glissa silencieusement sur la peau de Svritä et s’enroula autour de son poignet. Bras tendu, la jeune femme effectua plusieurs larges mouvements circulaires du bras pour délier ses muscles dorsaux engourdis. Ses jambes fléchies commencèrent à frissonner quand elle changea brutalement de position mais une longue inspiration suffit à les calmer. Sans crier gare, elle pivota et, par l’extension enflammée qui dansait sur son bras, visa un pot en fonte. La chaleur le fit éclater avant même qu’elle l’eût atteint. Les deux autres cibles subirent le même sort dans les secondes qui suivirent. Sa concentration vacillant, Svritä dut néanmoins relâcher la tension dans ses bras avant d’avoir pu continuer. L’ithylium reprit sa forme d’origine avant de s’étaler dans la neige en une mare épaisse et lourde.
-Pas mal.
Thørstein grogna, s’épousseta le pantalon et s’approcha, une outre de cuir à la main. Svritä accepta volontiers l’eau fraîche qui lui fit un bien fou. Requinquée, elle trouva la force de replacer l’ithylium dans son contenant d’origine fixé à sa ceinture. Avec un soupir, elle déclara.
-C’est pas encore tout à fait ça.
-Mais c’est mieux que le ça d’avant.

Svritä convint en silence que c’était vrai. L’ermite avait fait son possible pour lui occuper l’esprit comme il l’avait promis, de telle sorte que les glyphes muraux qu’elle avait vus ne dansaient plus derrière ses yeux chaque fois qu’elle avait les paupières closes. Ainsi calmée, elle s’était reposée et avait pu récupérer une bonne partie de ses facultés motrices. Elle n’était pas encore au mieux de sa forme, mais les améliorations quotidiennes qu’elle observait lui redonnaient confiance.
-Et maintenant ?
Un sourire de fauve éclaira le visage de Thørstein qui s’éclipsa un instant. Le temps de son retour, Svritä effectua quelques étirements, massa ses jambes et se prépara mentalement à la suite. L’ermite revint quelques minutes plus tard, une épée dans les mains qu’il fit miroitier à la lumière d’un brasero posé là. Il en éprouva le fil du gras du pouce puis, visiblement satisfait, hocha de la tête.
-C’est bon. Prends la.
Svritä s’approcha. Le cuir frais de l’arme sous sa paume la fit frissonner.
-Pas la peine d’essayer, précisa l’ermite, Elle est émoussée.
Elle haussa des épaules et se replaça plus loin. Quand elle s’aperçut que Thørstein ne bougeait pas, elle leva un sourcil interrogateur.
-Tu viens pas ?
-Moi ? Oh non.
-Je vais pas m’entrainer seule.
-Pourquoi pas ? Ça a pas eu l’air de te déranger plus que ça la dernière fois.
-Sauf que maintenant t’es là.

L’ermite se frotta la barbe et répondit, l’air faussement ennuyé.
-Je suis un très mauvais épéiste.
-T’as peur de faire botter les fesses par une pauvre femme blessée ? Allez.
-Non je t’assure, je suis vraiment mauvais. T’entraîner avec un pantin te serait surement plus utile que croiser le fer avec moi.

Svritä lui tourna le dos.
-Mauviette.
Sans se soucier s’il avait entendu ou non, elle se mit sur ses appuis et trancha vivement l’air devant elle. Contente de voir qu’elle ne souffrait plus de ce simple mouvement, elle enchaîna des postures plus complexes, plus rapidement. La neige vola autour de ses pieds, traçant de larges sillons à chacun de ses pas. Elle sentit de la sueur perler par chaque pores de sa peau et une douce brume se forma autour d’elle. Le temps de reprendre son souffle, elle demanda à Thørstein qui l’observait en silence.
-Tu crois qu’ils sont encore en vie ?
-Hein ? Qui ?
-Mes compagnons.

Elle trancha un ennemi imaginaire qui se ruait, la hache à la main, dans sa direction.
-Tout dépend, répondit Thørstein en se massant le front, S’ils sont rentrés avant de croiser les Sangs-Gelés, y’a pas de raison. Sinon…
-Mhm. M’en doutais.

Elle continua à escrimer, mais plus lentement, profitant de chaque passe pour éprouver ses articulations, gainer ses muscles ou simplement respirer.
-Ça a pas l’air de t’émouvoir plus que ça, nota Thørstein.
Svritä souffla en reprenant une posture neutre.
-Je me suis fait une raison. Si j’ai eu de la chance d’être tombé chez toi, je pense pas que ce soit le cas pour eux – elle secoua les bras – On connaissait les risques.
-Ils ont peut-être trouvé le Forge-Lune, qui sait.

La jeune femme vrilla sur lui son regard d’onyx.
-Qui sait ?


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Posté dans Re: [RPI] La vie d'un reclus   - Jeu 26 Mar 2015 - 7:40

Thørstein éclata de rire. Un rire violent, grasseyant, où perçaient des relents d'hystérie trop longtemps refoulés. D'une saccade puissante, il jeta au sol le tube d'acier incandescent qu'il travaillait depuis le crépuscule pour aller aussitôt le botter d'un coup de pied maladroit. Une volée d'étincelles jaillit du bout de sa botte et éclaira brièvement la pièce avant de s'éparpiller dans l'ombre. Le temps d'une respiration, le temps sembla suspendu. L’ermite, debout, hagard, bras et jambes écartés, retenait son souffle. Puis ce fut la douleur. Un cône de feu qui remontait de sa paume jusqu'au haut de son crâne, grésillant et acide. Sur son passage, les muscles du bras se tordaient de crampes brûlantes, les os paraissaient se fendiller sous la chaleur, le sang devenir bouillie de roc en fusion.
 
Un grognement de colère se glissa entre les dents serrées de Thørstein. Son esprit se brouilla, ses défenses s'effondrèrent. Dans un torrent indomptable revinrent des morceaux d'une vie éclatée, de brefs instants aussi nets que s'ils se passaient à l'instant, et débordèrent de ses yeux en larmes piquantes. Cherchant à un exutoire à ce magma de réminiscences, Thørstein fonça vers le mur le plus proche. A plusieurs reprises, ses poings fermés boxèrent le granit avec violence, à un rythme infernal de plus en plus croissant. Le souffle court, il lâcha soudainement un cri plaintif quand, après une cognée particulièrement agressive, il sentit une de ses articulations éclater sous le choc. Le rideau cendré de ses cheveux poisseux de sueur entravant sa vue, il distingua à peine qu'il était tombé à terre. Il se traîna convulsivement jusqu'à un établi sur lequel il prit appui pour se relever. Quand ses yeux perçurent entre deux inspirations une barre d'acier rouge, il fut pris d'un incontrôlable accès de fureur. D'un mouvement de balancier, il éjecta l'intégralité des outils, minéraux et plans confus qui s'écrasèrent par terre dans un concert métallique assourdissant. Il balança de sa main valide les rares qui restaient encore sur l'établi et en envoya même quelques-uns dans le fourneau encore rougeoyant. Sa gueule béante accepta l’offrande avec un rugissement de cendre, régurgitant une bouffée de fumée âcre et un puissant éclat de lumière sanglante en guise de réponse.
 
Avec un hoquet plaintif, Thørstein se laissa choir à côté d’une plaque de cuivre mouchetée. La tête dans les mains, il dodelina en marmonnant tantôt des bouts de phrases sans cohérences tantôt de simples bourdonnements à peine audibles, mais toujours pris de frissons incontrôlables.
Il entamait un nouveau cycle quand Svritä déboula dans la pièce, arme au poing, l’œil alourdi par la fatigue.
-Stein ? Que…
Sa voix mourut à mesure qu’elle prenait conscience de la scène. Son regard alternait entre les outils brisés, le tube d’acier dont la pâle incandescence reflétait les débris de métaux étalés en pêle-mêle un peu partout et Thørstein, au centre, qui ne semblait pas s’être rendu compte de sa présence.
-Par le Gardien, y’a une tempête qui t’as rendu visite ou quoi ? lui lança-t-elle par-dessus le crépitement du fourneau.
L’ermite leva enfin la tête. Ses cheveux en bataille luisaient de transpiration et des sillons salés roulaient sur sa peau. Sa voix râpeuse semblait sortir d’un gouffre abyssal quand il lui répondit.
-Reginleifr… c’est toi ? Regi… dis…
Comme un spasme le prenait soudainement, Svritä se précipita à son côté. Elle s’aperçut alors qu’il pleurait.
-Désolé Regi… Je suis… Pardon pour tout… Tu savais. Pas moi. J’aurais pas dû…
Il sembla soudainement remarquer l’épée que Svritä avait à la main et se dégagea brutalement pour se trainer dans un coin, envoyant voler tout ce qui se trouvait sur son passage.
-Non, jappa-t-il sur un ton suraigu, C’est pas toi. Si. Tu viens te venger ? Frappe alors ! Non ! Vas-t-en ! Je veux pas mourir…
Il chassa les mèches humides qui lui barraient le visage et griffa son avant-bras gauche comme s’il voulait en arracher la peau.
-Ça brûle… Pitié faites que ça s’arrête.
Svritä entama une approche précautionneuse mais à peine le reflet de l’épée atteignait-t-il les yeux confus de Thørstein qu’il se trainait aussi loin qu’il le pouvait d’elle en piaillant comme un mourant. La jeune femme se décida finalement à déposer son arme au sol avant de s’approcher à nouveau.
-Qu’est-ce qui te prends Stein, bon sang ? C’est moi. Svritä. Tu te souviens ? Je me suis écrasée chez toi y’a un petit moment déjà…
-Chez moi ? Non. J’ai pas de maison. Seulement du vent. Ils m’ont chassé eux aussi. Encore. Ils sont passés d’amis à ennemis parce que moi, j’étais ennemi. Pourtant j’étais toujours…

Il laissa s’échapper un râle de douleur et gaina son poignet de sa main droite.
-Ça brûle tellement…
-De quoi tu parles, à la fin ? Montre-moi.
-Je veux pas. Ils m’ont brûlé parce que leur couteau me marquait pas. Ça l’amuse, le feu, le Rouge. Pas moi. Je veux pas.

Arrivée à son niveau, Svritä s’aperçut d’une irrégularité dans le teint de la paume qu’il tenait loin de lui. Il lui fallut un certain temps avant de comprendre qu’il s’agissait là d’une cloque grosse comme le poing. Elle remarqua aussi que les articulations de ses doigts étaient enfoncées et tordues, la peau censée les protéger réduite à l'état de lambeaux sanguinolents.
-J'y vois pas grand-chose, mais je dirais que tu t'es brûlé. Mais ça... Comment t'as pu t'amocher la main à ce point ?
Elle tourna la tête vers l'enclume qui trônait à côté du fourneau, tout juste éclairée dans la pénombre ambiante, à la recherche de ce qui avait pu causer une telle réaction.
-C’est juste une forge, laissa-t-elle échapper dans un soupir.
-Une forge ? Oui. Avant je forgeais. De belles armes. Tout le monde en voulait. Mais je sais plus. Mon haut-fourneau me regarde toujours. J’ai peur maintenant. C’est dangereux une épée. Alors je tape parce que ça me fait peur.
-Je l’ai laissée là-bas l’épée. Je peux pas te faire mal. Allez, lève-toi.

Thørstein tourna ses yeux vers elle mais son regard la traversa sans la voir.
-Je peux pas. Je veux pas. Tu veux me faire partir toi aussi ? Hein ? Comme tous les autres.
-Je veux juste t’aider à te lever, triple buse.
-Ah. Comme elle. Mais t’as pas les peintures. Elle m’a aidé elle aussi. On s’entendait plutôt bien, je crois. Mais je sais plus son nom. Elle est partie. Sans elle, je serais mort. J’aimerais bien la revoir.
-Ben tu la reverras jamais si tu restes ici. Allez, quoi. Debout.

La main de Svritä esquissa une approche mais Thørstein recula.
-Tu vas me tuer ?, lui demanda-t-il encore une fois, Parce que je suis un déserteur et toi…
-C’est pas ça, Stein,
coupa vivement la jeune femme, C’est… compliqué.
-Je comprends pas.
-Y’a rien à comprendre, bon sang. Tu m’as aidé alors… Voilà, c’est tout.
-Tu vas m’aider alors ?
-Oui. Et magne-toi, j’ai des fourmis dans les jambes.

Cette fois, l’ermite se laissa approcher. Svritä tenta bien de le soutenir alors qu’il s’appuyait sur elle, mais c’était peine perdue. Il était bien trop lourd pour elle, aussi se contenta-t-elle de le maintenir en équilibre, le temps qu’il trouve lui-même la force de se lever. L’opération dura bien une demi-heure, car Thørstein était pris de spasme qui le jetait à terre dès qu’il commençait à se plaindre de sa brulure, ce qui arrivait bien trop souvent au gout de Svritä. Finalement, ils se retrouvèrent bras dessus bras dessous dans une position inconfortable, mais debout.
-Bon, souffla la jeune femme, Maintenant, on va te trouver de quoi calmer la douleur. T’as des bandages quelque part ?
-Des bandages ? Quelqu’un est blessé ?

Svritä soupira.
-Bon, laisse tomber. Tu peux marcher ?
-Je crois, oui. On va où ?
-Nulle part. Maintenant s’il te plait tais-toi et avance. On va jamais s’en sortir sinon.

Péniblement, Thørstein posa un pied après l’autre. Ils avancèrent lentement, évitant soigneusement les pierres et morceaux coupants trainant devant eux, au point que Svritä commença à sentir ses jambes frémir sous ses pas à son tour. A mi-chemin, elle fit une pause et déchargea son épaule du bras valide de l’ermite qui ne la lâchait pas des yeux. Gênée par cette proximité, la jeune femme grogna à son intention.
-Tu peux pas regarder devant toi plutôt.
-Si. Mais je veux pas. Sinon tu vas partir. Ou me tuer.

Svritä se retint de justesse de le planter là et d’un geste nonchalant, cala une large mèche de cheveux rebelles derrière son oreille.
-Avance donc. Je crois que t’as assez raconté de foutaises comme ça pour aujourd’hui.


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