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[RPI] Larmes sèches et sable chaud

Invité

On m'appelle Invité

Posté dans [RPI] Larmes sèches et sable chaud   - Sam 22 Déc 2012 - 12:18

Notes :: Quelques anecdotes de la vie d'Orän, non classées chronologiquement, et (plus ou moins) datées au début de chaque post.

Ajout d'un numéro en haut de chaque post o/ !
Invité

On m'appelle Invité

Posté dans Re: [RPI] Larmes sèches et sable chaud   - Sam 22 Déc 2012 - 15:57


Datation approximative:
 



M'étant levée aux aurores, mes pas m'ont mené hors de la cité, ma sacoche me battant la hanche, tandis que les vivants s'éveillaient dans les habitations. La fraîcheur matinale s'est depuis longtemps dissipée, sous l'effet des premiers rayons ardents. Le sable sous mes pieds n'est que douceur, attendant son heure pour brûler, même si depuis les années d'exploration dans les dunes, cette partie de ma peau toujours au contact du sol est devenue presque insensible, les douleurs d'autrefois n'étant plus qu'une légère sensation de chaleur. Les mirages de midi n'ont pas encore fait leur apparition, et seule se dresse au dessus du sable la cité de Penjoie dans mon dos.

Ici, la vie est dispersée, dissimulée sous les dunes et ne laissant derrière elle que quelques traces que le moindre vent dissipe bien vite. Je ne croisais donc pas âme qui vive, seulement parfois les vestiges d'un passage. Une autre forme de solitude, qui m'était plus agréable. Non pas celle d'une ignorée parmi les siens, mais d'un être qui a choisi d'aller là où il n'y a personne, seul avec le désert. Mais, y songeais-je, aussi celle de la femme dont aucun individu n'a voulu partager les pas. M'attarder sur cette idée ne m'apporte rien, aussi je la délaisse dans un coin de ma mémoire, ne pensant plus qu'aux pièges que je désire relever.

Conçus uniquement pour neutraliser des créatures de petites tailles, sans quoi elles pourriraient avant mon passage, ils sont disposés près de minces filets d'eau, filtrant d'entre des roches que le sable n'a pas encore recouvertes. L'eau. La vie. Un piège. La tentative régulière d'agrémenter mon repas d'un morceau de viande. Au bout d'une heure de marche, alors qu'une file perle de sueur couvre ma peau sombre, que le Soleil ne saurait brûler, uniquement chauffer, je repère une de ces éphémères oasis. Un petit rongeur m'y attend, ayant depuis longtemps cessé de se débattre dans l'entrelacs de cordelettes, tissées avec des herbes sèches, dans lequel il s'est pris. La petite créature me semble épuisée, sursautant vaguement alors que je me saisis d'elle, tentant alors de me mordre, avant que je ne lui rompe le cou. Une fois le petit corps libéré de ses entraves, je le glisse dans ma sacoche avec les restes de mon piège, puis reprend ma route. Le piège suivant se révèle vide. Le dernier semble avoir disparu.

Du moins en apparence. Persistant à guetter le sable, je perçu une forme sous les grains... Prudente, je me saisis de ma sacoche pour dégager délicatement la chose, sans avoir à la toucher directement. Je ne pus qu'apprécier ce choix en découvrant un Fissek ligoté, qui semblait s'être emmêlé dans le piège, ensevelissant à moitié ce dernier en tentant de se dégager. Voilà une créature que je ne pensais pas capturer un jour. Quelque peu amusée, j'observe ce petit contorsionniste sans que celui-ci ne put cracher à mon attention, seulement porter son regard sur moi, en partie dissimulé par ses collerettes qui le protégeaient des rayons lumineux, son museau étant serré par une cordelette. A ma merci. N'ayant jamais dégusté une de ces créatures à écailles, j'hésitais à l'emporter en tant que futur repas, malgré ma connaissance des herbes soignant les maux d'estomac.

"Que vais-je faire de toi ?" dis-je d'une voix douce. Était-ce pour entendre ce timbre, bas, qui m'était propre, ou pour établir un contact avec l'écailleux ? Car j'avais déjà ma petite idée sur la question.

Me saisissant du Fissek, je démêlais lentement les nœuds qu'avaient formé son corps avec les cordes, attentive au petit battement de cœur que je distinguais, ne quittant pas des yeux ses pupilles dorées. Comme s'il n'appréciait pas de pendre dans le vide, au fur et à mesure que je le libérais, son corps s'enroulait autour de mon poignet, jusqu'à ce qu'il ne me reste plus que sa tête dans une main, et les cordelettes dans l'autre. Puis, l'invitation de ma sacoche entrouverte semblant l'intéresser, ses collerettes se rabattirent avant qu'il ne glisse à l'intérieur. Soulagée, je pris le chemin du retour, tout en tirant un trait sur le rongeur pour mon repas.


*****

Une fois rentrée, je dus m'occuper d'un blessé. Je me refusais à être constamment à disposition, même si, presque inconsciemment j'avais opter pour ne plus autant m'éloigner de la cité que lorsque j'assistais ma mère, jamais plus d'une après-midi, dans de rares cas quelques jours pour aller chercher des plantes ne poussant pas dans les environs. Une fois cela fait, l'homme s'éclipsant sans un "merci", je m'intéressais à nouveau à mon invité, dont je n'avais pas vu pointer le museau hors de la sacoche, que j'avais suspendu légèrement en hauteur. La déposant dans un renfoncement rocheux faisant office de petite table, je l'ouvrais doucement, croisant bientôt le regard du Fissek, roulé en boule. Du rongeur, nulle trace.

"Gourmand." Ne préférant pas mettre ma main là où il était risqué de la mettre, je levais le bout de la sacoche, en faisant glisser son occupant somnolant. Lui saisissant d'un geste rapide la tête, j'entrepris, à l'aide d'un récipient en terre sèche contenant du tissus, de récupérer un peu du venin de l'écailleux. Ses écailles étaient douces sous mes doigts, son corps légèrement chaud. La digestion semblant le rendre peu réactif, il se laissa faire. Après quoi, il réintégra sa cachette, lové parmi quelques plantes que je ne tenais pas à récupérer présentement, plus intéressée par les effets du poison obtenu et ses applications.


*****

Une sensation étrangère, inhabituelle. Je voulus bouger, espérant inconsciemment qu'elle disparaitrait d'elle-même, mais, en réaction à ce début de mouvement, elle fit que s'intensifier. La surprise me saisit, me faisant ouvrir grand les yeux sur l'obscurité des profondeurs de ma "grotte", que ne perçaient qu'à peine les premiers rayons. Réveillée à demi, perplexe, j'eus cette réflexion : A moins qu'un fou ne soit finalement parvenu à survivre à mes pièges, je ne vois pas qui me peloterait les seins sans prévenir! Fébrile, je constatais qu'aucun corps ne couvrait le mien, sans pour autant que la pression au niveau de ma poitrine ne se soit dissipée. Me redressant sur un coude, je soulevais le haillon qui couvrait mes charmes... Et fut ahurie de distinguer les anneaux de l'écailleux, enroulés autour de mon sein gauche, tandis que la petit malin braquait sur moi ses pupilles dorées, nonchalant.

Je restais quelque instants ainsi, le regardant, lui me regardant. Qu'il soit parvenu à sortir de la sacoche n'était pas si surprenant, en y réfléchissant. Qu'il ait passé sans encombres mes "sécurités" non plus, vu qu'elles étaient destinés à des êtres humains. Non. Je me demandais juste pourquoi il avait choisi mes seins pour résidence. Craignant une morsure, j'hésitais à me lever. Puis me levais franchement. La situation me paraissant ridicule, je suivais donc ce raisonnement qui l'était tout autant : on ne mord pas un sein confortable. Et il devait l'être, pour que le Fissek serre davantage pour ne pas tomber.

Voyant sa défaite venir, l'impudent renonça à garder ses positions... Avant de glisser rapidement vers mon cou, me laissant à peine le temps de placer une main entre lui et ma peau avant qu'il ne s'enroule. Et ne serre. Mon corps se raidit, une sombre crainte me prenant. Que j'oppose une résistance à la pression qu'il exerçait, et il cessa, se détendant légèrement. Un frisson me parcourut, quand je sentis sa langue chatouiller mon épiderme. Mon souffle, qui s'était en un instant accéléré, redevint calme, un soupir m'échappant.

Comme en réponse à la tension qui me quittait, à la "caresse" du Fissek, je me mis à rire, d'un petit rire discret, bas, qui ne voulait pas être entendu, mais qui existait malgré tout. Sans doute n'était-ce pas de l'affection, sans doute l'écailleux ne recherchait-il qu'un endroit sombre et chaud à la fois où s'installer pour la journée, sans doute disparaitrait-il dans les jours à venir, partant à a recherche d'une proie, mes stocks de rongeurs ne se renouvelant qu'une à deux fois par semaine, quand la chance me souriait. Mais cela était l'un des "contacts" le plus agréable que j'avais eu depuis... Longtemps, il me semblait. Presque timide, tel une enfant, je touchais les écailles du Fissek, douces dans un sens, rêches dans l'autre. Sentir les battements de son cœur tout contre ma peau me fit sourire.


Le Fissek disparut bien, la nuit venue, mais je le retrouvais lové sur moi au matin, cachant sa tête derrière ma nuque durant la journée. Si cet éclat doré autour de mon cou attira des regards, je ne sus s'il avait été réalisé qu'il s'agissait d'un écailleux, non pas un bijoux. Mais que les yeux d'un curieux s'y attarde longtemps, et me venait l'idée que quiconque risque sa main à le toucher, et il s'en mordrait les doigts. Observer les effets du venin sur un être humain serait intéressant. En contre-partie, j'aurais intérêt à lui trouver un antidote.

"Veinard."
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Posté dans Re: [RPI] Larmes sèches et sable chaud   - Jeu 27 Déc 2012 - 15:07


Datation approximative:
 

Rien que le sang qui rugissait à mes oreilles. Rien que la pierre qui me lacérait les doigts. Rien que le morceau de bois que mes dents tentaient de transpercer, alors que mes muscles se tendaient convulsivement. Et la douleur. Mon univers. Mes perceptions ne percevaient plus que cela alors que, gisante sur les restes de ma paillasse dévastée, j'ahanais, grognant comme une styx acculée, un corps au ventre gonflé, couvert de sueur, jambes écartées. Serrer les dents, serrer, alors qu'une autre contraction tente de m'arracher un gémissement. Le travail avance, tout en prenant du temps. La sensation de l'enfant qui bouge me donne de l'espoir, tandis que la douleur réduit mon champs de vision. Tout juste si je distingue le plafond de pierre au dessus de moi.

Mais à quoi bon voir ? Sentir seulement, être attentive à la moindre sensation, aussi torturante soit-elle, pour savoir quand pousser, quand se retenir, laisser venir, pousser. Amener cette enfant à naître, à sortir de moi... Mais le sentir passer, passer mon bassin, c'est hurler de douleur, hurlement que ma mâchoire contractée étouffe, grognement rauque, animal. Et respirer, entre deux contractions, respirer pour pouvoir pousser. Après, il n'y a rien. Avant, il n'y a rien. Seul demeure la douleur, la sensation de la naissance, mon corps qui s'arque dans un dernier effort... Délivrance.

Je retombe. Mes larmes trace des sillons dans la saleté, ma respiration est hachée, mon cœur bat à exploser tandis que je reprends conscience de ce corps épuisé qu'est le mien. Vis, enfant, vis... Trop lasse, épuisée, je ne peux me redresser, encore moins lever ma tête. Et j'attends. Espoir. Vis... Cris ! Je n'entends que mes soupirs, le bruit au dehors. Nul cris. Aucun. Pourquoi ce silence ? Aurait-il besoin de moi... ? Sans que je ne sache comment, je suis au dessus du petit corps, flasque, sanglant, encore lié à moi. Nul souffle ne s'échappe d'entre ses lèvres. Ses yeux sont clos. Sa poitrine ne se soulève pas. Mes doigts se tendent d'eux même pour le toucher, doucement, alors que je demeure, absente, guettant le moindre signe de vie. Enfant... Mon garçon... Vis. Mais la vie ne l'habite pas.

Y croire d'avantage, serait me leurrer. Mais ma gorge se serre de penser cela. Mes larmes coulent davantage, plus le signe du soulagement de la délivrance, mais d'un chagrin qui se ment encore à lui même. Qui ne veut pas être. Qui ne veut pas accepter la raison de son existence. Je ne veux pas avoir de raison de pleurer. Je voudrais pouvoir sourire, que mes larmes soient des larmes de joie. Mais la vie n'habite pas mon garçon. Le cordon est coupé. Quelques tapes dans son dos, mais je n'y croie pas. Tout juste né, ce petit corps que je tiens dans mes bras me semble déjà froid. Mon garçon.

Un bruit. Mais ce n'est pas lui. Une silhouette obstrue l'entrée, et s'avance, pas à pas. M'observant. Il s'approche, atteignant bientôt les limites de mon chez-moi qui est protégé. Puis il s'arrête, à quelques mètres de moi. Ses pieds ne sont qu'à quelques centimètres du premier piège. Mais il sait qu'il ne doit pas aller plus loin. Je le lui ai dit. Mon compagnon... La rumeur s'est répandue. La Guérisseuse accouchait. Personne n'allait l'aidée, simplement, on savait qu'elle ne pourrait soigner personne aujourd'hui. Mais l'homme a entendu. Le père. Et il est venu.

Serrant le corps de mes bras, je le dévisage. Lui. Avant, comme les autres, à m'ignorer au quotidien. Mais je l'ai séduit. Petit à petit, comme on apprivoise une bête, je lui ai fait accepter ma présence. Et bien plus... Nos corps se sont touchés, se sont liés, ses lèvres sur les miennes, ses mains sur ma peau, sa chaleur, sa tendresse... Il a accepté de lier son sang au mien. Je l'ai aimé. Mais maintenant, alors que j'ai notre garçon dans mes bras, ce ne sont que des souvenirs, de doux souvenirs, tandis que je guette son regard. Lui m'observe, mais surtout... Guette le petit. Attend un bruit. Un signe de vie. Mais il n'y en a pas. Il n'y a que mon silence.

Ce n'est pas de ma faute... Mais le dire ne changera rien. Son regard, qui était doux quand il voyait mon ventre, change. Se durcit. Tendre le bras vers lui, l'implorer, ne servirait à rien. Une Guérisseuse qui ne parvient à donner la vie... Qu'elle idée s'en fait-il ? Sang maudit ? Triste pour le garçon, mais moi, moi... Une erreur qu'il n'aurait pas dû commettre. Et je le sens prêt à le dire. Ce nom qui lui vient aux lèvres. Mon cœur s'assèche, et je gronde. "Va t-en..." Je ne veux pas l'entendre. Comment peuvent-ils m'accuser ? En quoi suis-je fautive ? Seule, je ne peux prendre certaines plantes. Alors j'ai subis la douleur. J'ai lutté, seule. Et j'ai échoué. Mon enfant est mort.

"... sans enfants...
- VA T-EN !"


Cette fois, je hurle. Ma douleur, mon désespoir, ma peine. Il est mort et je n'ai rien pu faire ! Il est mort et je le pleure ! Mon corps n'est plus que souffrance, mon âme n'est plus que ruine ! Que voudrais-tu de plus ? Ma mort à moi ?!

Je gronde, mes lèvres retroussées. Serrant un cadavre dans mes bras, je dois avoir l'air d'un animal. Mais qu'importe. L'homme qui ne m'est plus rien, juste une plaie de plus, recule, surpris par ma véhémence. Mais rien ne le retiens plus. Sans un regard, il se détourne, et disparait.

Et il n'y a plus que moi, et mon enfant. Cet enfant si froid. Je le sens qui ne bouge pas. Je vois le sang qui tâche le sol. Je revois ce même sang qui avait coulé entre mes jambes, après cette chute, bien avant qu'il n'ait eu l'occasion de naître, cet autre enfant que j'avais perdu. Mais aussi le sang de l'homme que j'avais tué, et qui s'était répandu dans la maison de ma mère. Mes larmes coulent, tandis que je caresse le petit visage de mon garçon, si beau, repliée sur moi-même et sur lui. Mais je voulais qu'il vive, lui. Je ne l'avais pas tué.

Pourquoi ne parvenais-je pas à donner la vie ?!
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On m'appelle Invité

Posté dans Re: [RPI] Larmes sèches et sable chaud   - Mar 30 Avr 2013 - 4:32


L'odeur de maladie. L'odeur du sang. L'odeur humaine exacerbée par la chaleur dispensée par le Soleil cogneur au dehors. La pierre autour de moi et des autres préservait un temps la fraicheur de la nuit, et nous protégeait un peu de l'atmosphère du dehors. Ceux qui ne possédait pas un tel endroit m'enviait peut-être, mais leur avis changeait sitôt qu'il était venu une fois. Du frais, oui. Mêlé au sang et à la mort presque palpable, un silence pesant que ne troublait que de rares gémissements, mes mots, et quelques réponses que j'exigeais.

Mes mains se posèrent sur la peau, et l'homme mordit à pleines dents un tissus sous l'effet de la douleur, les yeux écarquillés, livide. Son épaule était étrangement affaissée, et il ne pouvait plus la bouger. Mes précautions ne l’empêchaient pas de souffrir. Un instant de détente et de calme. "Tu n'aurais pas du attendre." Du moins eut-il la force de me foudroyer du regard. J'expirais. Puis tirais.
La colère disparut. Je vis ses muscles se tendrent. Le cri fut à peine audible.

Avec un soupir, je passais au suivant. Celui-ci resterait le temps qu'il faudrait pour qu'il soit capable de se lever. Et je savais qu'il traînerait pas plus que de raison. On ne venait pas chez la Guérisseuse pour le plaisir. Seulement une fois la douleur devenu intolérable, pour la plupart. Parfois un peu avant.

Une silhouette entra en titubant. Regardant de quoi il retournait, le Soleil m'éblouit un instant. Puis je vis le sang qui goutait entre ses doigts. Je m'approchais de lui, le rattrapant avant qu'il ne s'effondre, le déposant ensuite sur la pierre. Repoussant sa main, j'inspectais sa plaie.

Profonde. Aux bords presque nets. Ne disant rien, je vérifiais qu'écartais les mains du blessé, sortait un cataplasme... Je m'affairais auprès de lui de longues minutes, alors que son sang ruisselait doucement le long de son flanc, teintant la pierre ocre de rouge. Une blessure. Rien qu'une blessure, qu'il fallait soigner rapidement, dans les gémissements et la douleur. Mais je ne voyais pas que cela. Des bords nets. Une arme l'avait causée, cette blessure. Et la crainte que l'homme serrant les dents exprimait sans retenu, à jeter sans cesse des regards de bête aux abois vers l'entrée ne présageait rien de bon. Mais je n'y pensais pas, rejetant la perspective de... Quoi ? Représailles ? Règlement de compte ? loin de moi. Je soignais, cela était tout. Même alors que j'entendais mon premier blessé partir à pas discret, et qu'un silence inhabituel semblait envahir les lieux, et l'extérieur. Personne de malade, vraiment ?

Quelques herbes sèches servirent à l'homme de paillasse, alors que sa blessure avait cessé de saigné, et qu'il gisait, évanoui, les plantes prenant le relais. Je changerais son pansement dans les heures à venir. L'absence de nouveau venu désirant mes soins coupa mon rythme, sans pour autant me laisser désœuvrée. Surtout quand j'entendis venir, et que contre toute attente, ce son réveilla l'homme allongé. Qui revint dans le monde avec un gémissement d'angoisse.

"Le revoilà ce pleutre. T'espérais quoi Dahrek ?"

Le ton est venimeux, chargé d'une satisfaction sadique. Celle du prédateur qui sait sa proie vulnérable. Prête à être achevée. La brute qui s'avance, je la connais. Un poignet fracturé soigné l'année passée. Le même poignet qui tournait maintenant doucement, une vile lame ébréchée dans sa poigne. Son ombre semble se jeter sur l'homme étendu, qui tente de se relever.

"T'as pas payé Dahrek, t'as pas pay..."

Il se tait, alors que je m'interpose. Comme ignorant la brute, je pousse le blessé à se rallonger, le réprimant d'un ton dure et bas.

"Reste allongé."

La peur est dans ses yeux. Je fais volt-face. Ne pas tourner le dos à un tueur. La crainte insidieuse de le voir s'en prendre à mon blessé, alors que je croisais son regard, fut balayée devant ce que j'y lus. Que croyait-il ?! Il était chez la Guérisseuse. Il n'avait pas à agir ainsi. Pas sous mon toit. Pas avec ce poignet dont il me devait le bon fonctionnement. Croisant les bras, je le dévisage.

"Que veux-tu Ekarr ?"

Mon ton semble lui rappeler où il se trouve. Il me dévisage, un peu surpris. Il semble même un peu contrit, pendant quelques secondes, avant de se remémorer la raison de sa venue. Le blessé caché dans mon dos, il ne peut que me regarder moi, qui l'accuse du regard. Tu n'as pas à être ici. Va-t-en. Laisse-moi le soigner. Il hésite, avant de dire simplement. Bêtement.

"L'a pas payé, Guérisseuse. Y doit..."

Sa main armée qui s'est tendue, comme espérant que je me décalerais pour le laisser atteindre le blessé, je la repousse d'une claque. Ma voix claque dans l'air sec, grave et furieuse.

"Je n'ai que faire de ton histoire ! Il est sous ma protection ! Sous mon toit. Tant qu'il en est ainsi, sa vie est mienne."

A chaque mot que j'appuis, je m'avance, le faisant reculer malgré lui. Personne ne s'en prend à la Guérisseuse. Sa "maison" est un terrain neutre, les affaires de chacun n'y comptent plus. Juste les blessures, les maladies à soigner. Le reste ne me concerne pas. Alors que la brute manque trébucher sur la terre poussiéreuse qui se dérobe, j'arrête mon avancée, et me tiens droite, les bras croisés. N'étant plus forcé de reculer, il se redresse. Un langue hésitante vient tenter d'humidifier ses lèvres arides. L'interdit le retient de m'écarter, comme on ignore un vulgaire gêneur. Mais quelque chose le pousse à insister, quelque chose d'autre que sa volonté propre. Mais cela ne suffit pas à lui faire dépasser la limite, et il se contente de dire, un rictus sur le visage, d'une voix où perce crainte et joie.

"Suffira pas, Guérisseuse. L'y restera pas toujours s'votre toit, et alors... Il devra payé."

Comme satisfait de sa tirade, il se détourne, non sans un dernier regard à l'attention de la grotte dans mon dos. Stoïque, je veille à son départ, ne me détournant qu'une fois sa silhouette perdu entre les maisons de terre sèche. La brève exposition au Soleil n'explique pas seule les battements affolés de mon cœur, alors que je me penche sur l'homme étendu, pour vérifier la plaie. Mes mouvements restent appliqués, mais mes lèvres son serrées. Il se laisse faire sans un mot, me fixant. A la manière qu'il a de le faire... Il se croit déjà mort.

"Ils reviendront..."

Mentalement, je le traite d'idiot. Sans colère. En l'instant, je ne songe plus à sa méfiance à mon égard. Non. Je le vois juste comme l'homme acculé qu'il est. Et la colère me saisit, que des hommes puissent croire que je les laisserais faire sans m'interposer. Car je sais de qui il est question. Des groupes, plus ou moins organisés, qui sévissent dans la cité. Pas de Veilleur pour maintenir l'ordre. Alors chacun s'alloue un "territoire", y exerce son pouvoir... En bande, cela assure un bon contrôle. Ma réponse est ferme, il n'y perce aucune doute, car je ne l'accepterai pas.

"Reposes-toi. Nul ne tue chez la Guérisseuse."

Il ne dit rien en réponse, se rallonge totalement avec un sifflement douloureux. Doute-t-il de ma protection ? Peut-être. Mais cela est plus simple. Il se reposera jusqu'à aller mieux, profitera comme presque personne ne le fait de ma protection. Mais il ne pourra y demeurer éternellement, à l'abris de ma grotte. Quand il retournera à l'extérieur... Ils l'attendront. Et il mourra.
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On m'appelle Invité

Posté dans Re: [RPI] Larmes sèches et sable chaud   - Jeu 15 Aoû 2013 - 9:31


:: 4 ::
Suite de "Touche le fond mais creuse encore !" et Fin

Idiote.

Un simple mot, qui volète follement dans ma tête, alors que mes jambes tentent de me faire gravir les dunes. Avec désespoir. Mes pieds s'enfoncent dans le sable plus qu'ils ne s'appuient dessus.

Imbécile. Sombre Imbécile. Pourquoi... Pourquoi...

Je n'arrive guère à réfléchir, tentant de m'accrocher au sable traître pour progresser plus rapidement. Si stupidement. Mais je ne vois pas quoi faire d'autre. Je respire, hoquète, pleurant sans en avoir conscience. Et j'entends son souffle derrière moi. Si proche. Mon coeur cogne avec frénésie, alors que, malgré-moi, je devine l'issue...

Les marchands sont repartis une fois leurs blessés correctement installés, leurs affaires rassemblés... Me laissant derrière, sans que cela me dérange. Il n'y avait rien à dire, ni à jurer. La plupart avait refusé mon aide, refus que j'avais fini par accueillir avec impassibilité, ma colère s'étant dissipée dans la gifle assénée à cet imbécile de marchand-soigneur. Hommes et bêtes se sont rassemblés... Je me suis éloignée, ne souhaitant pas particulièrement assister à leur départ.

Retrouvant ma solitude dans le désert. Ou presque.

Styx. Ce simple mot expliquait ce qui s'était produit. Après un temps à marcher, une silhouette s'était détacher sur le ciel bleu, en haut d'une dune. Mon souffle qui s'était étranglé. Le réflexe de vouloir faire demi-tour...

Mais les marchands étaient trop loin. Le prédateur trop proche. Tous les Styx n'avaient pas été tués. Obnubilée par le convoi et leur dédain hautain, je n'y avais pas réfléchi. Si stupide.

Mon corps qui refuse la mort. Cette impression de froid intérieur, alors que l'effort et la terreur me font trembler... J'entends ses grondements, mais je continue... Prendre de la hauteur, appeler à l'aide peut-être ?! Un espoir, un fragile espoir, alors que je relève la tête, regardant désespérément, cherchant... Du sable. Je ne vois rien que du sable. Où... ?

Un rugissement me fait tenter de me relever, mais je ne parviens qu'à chuter, roulant, glissant dans un tourbillon de sable. Loin du Styx, loin de... !

Mais il me suit. Dégringole aussi, mais se redresse rapidement. Et ce ne sont pas mes faibles cris, ni les morsures de Veinard, qui l'empêchent de me sauter dessus, m'écrasant... Et de jeter ses crocs à l'assaut de ma gorge.

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Posté dans Re: [RPI] Larmes sèches et sable chaud   -

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