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La fille qui avait peur des yeux noirs.

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Posté dans La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Sam 2 Fév 2013 - 15:59






C'est à Korrul que le soleil est l'astre le plus beau et le plus chaud. Arish, la vie la plus belle du peuple korrulien était sur le point de s'éveiller lorsque Celui qui Songe sortait d'une nuit sans rêve. Depuis l'annonce de la mort de Muraco, Denken n'avait pas fait un seul rêve, ni même un cauchemar et ceci commençait à l'agacer. C'était un comble que Celui qui Songe ne pouvait pas rêver. Grognon, il avait besoin d'air et de bouger, rester au temple ne faisait que l'énerver de plus en plus et les murs commençaient à l'empêcher de réfléchir. Assit sur son lit, il observait d'une manière absente sa fenêtre. Il n'entendait aucun oiseau, ni même aucun bourdonnement ou rire d'enfants curieux. C'était une journée qui commençait d'après lui, d'une manière bien étrange. Si bien, qu'il espérait alors faire un cauchemar à ce même moment. Un monde où dès le matin il n'y avait aucun signe de vie, n'était pas un monde, ni même un songe, c'était un monde artificiel, un cauchemar et pourtant Denken était réveillé. Depuis que Celui qui Sait n'était plus, Celui qui Songe ne savait plus.  Le monde lui semblait à l'envers malgré les multiples activités qui ne changeaient pas. Quelque chose lui manquait, une présence et ceci le rendait malade de ne pas pouvoir trouver une solution à ce problème.

Lentement et muet comme une pierre, Denken se levait de son lit, lavait son visage encore brumeux avec l'eau parfumée qu'on lui avait soigneusement préparée et demandait à se qu'on lui apporte son petit déjeuner dans ses appartements, aujourd'hui comme depuis de nombreux jours après la réunion, il refusait de sortir de sa chambre et parlait peu. A ce jour, il n'était plus triste, sa peine s'était emmurée dans les parois de son corps. Il ne restait plus que de la colère et de l'incompréhension qui le faisait broyer du noir à longueur de temps. Assit sur le rebord de sa fenêtre, grignotant sans une réelle faim son petit déjeuner, il observait ce mur qui le séparait de la ville. Celui-ci avait été conçu pour le préserver lui et les autres chamanes, c'était un lieu de culte, sacré que personne n'oserait souiller et pourtant il suffisait de le franchir pour constater qu'un chamane, même sage, n'était qu'un simple mortel capable lui aussi de mourir comme les habitants de derrière ce mur qui entourait le temple d'Arish. Adieu idées d'invulnérabilité et immortalité. Adieu souhaits de paix et de bien-être. La réalité était bien autre et amer dans la bouche du jeune chamane. Alors qu'il fronçait les sourcils et grinçait des dents plus que mâchait les aliments, un petit This vert au reflet rouge vient se poser sur son genoux. Au début, Denken avait faillit le pousser, surprit par cette apparition, puis finalement, il retient son geste et l'observait. Par les jeux de couleurs fait par les rayons du soleil levant, Denken admirait comme un enfant cette beauté fragile et amusante qui s'animait sur son genou.

Alors qu'il était en admiration devant cette petite bête, des rires d'enfants se firent entendre et juste après, Denken pu entendre l'un des sages du Temple pester contre eux. Un sourire idiot vint sur son visage, il remarquait qu'il était grand temps pour lui de changer d'espace. Enfilant quelques affaires en vitesse, il sautait par la fenêtre de sa chambre pour filer comme un voleur de l'autre côté du mur. Grâce à sa hauteur et à ses combines étranges et compliquées, il fut bien vite à l'extérieur et cachait le haut de son visage par une capuche de couleur brune. Adoptant une démarche des plus banales, Denken était en mode incognito. Un mode qui d'ailleurs le faisait doucement sourire comme un enfant qui était sur le point de faire une farce. Ses pas le menèrent tout droit au marché d'Arish qui comme chaque matin était un lieu d'agitation. Celui qui Songe, adorait venir au marché dès qu'il en avait l'occasion pour la simple et bonne raison qu'il y avait toujours ici, des couleurs merveilleuses, des odeurs appétissantes, des inventions étranges et des individus bruyants. Lui qui en avait assez du silence, retrouvait en ce lieu, la vie au sens le plus commun au monde. Se mêlant à la foule, il observait donc les stands sans pouvoir consommer ou acheter quoique ce soit puisqu'il n'avait un pas une pièce sur lui. En temps que chamane, il n'avait pas vraiment besoin d'avoir de l'argent sur lui, tout lui était donné dans sa main lorsqu'il désirait un quelconque objet ou bien encore, on lui offrait en cadeau ou un page s'occupait de gérer ses dépenses. Seul au marché et souhaitant rester anonyme, il se contentait donc d'admirer les objets et désirer les différents plats qui étaient fait sur le marché. Il avait beau avoir l'eau à la bouffe devant tant d'odeur et de couleur, qu'il se résignait à ne pas montrer son visage. Tant pis, il préférait avoir l'estomac grondant plutôt que de mettre fin précipitamment à sa petite escapade.
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On m'appelle Mowiel Solverre


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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Jeu 7 Fév 2013 - 15:08

Mowiel courait vite. Elle volait presque, tel un Hetefer de Korrul – ses jambes avaient des ailes ; son cœur battait très fort dans sa poitrine, à la fois d’impatience et d’angoisse, car elle allait sous peu retrouver son frère aimé – lui qui était la seule personne qu’elle connaissait bien dans ce marché rempli d’étrangers, la seule personne qui pouvait la ramener chez elle sans qu’elle se sente seule, la personne qui l’avait amené jusqu’ici ce matin, avant de rejoindre ses camarades de jeu. Elle courait à sa rencontre et se donnait en spectacle, tranchant au milieu de tous ces Cultivateurs pédants, riches et parfois véritablement grassouillets. « Si je ne parviens pas à retrouver mon petit frère, », se disait-elle, essoufflée par sa course, « je l’attendrai gentiment à la maison ».

Boharin était l’aîné des garçons, depuis la mort tragique de Faeb. Il avait une force incroyable, mais n’en était pas moins doux, poli et extrêmement gentil. Son regard ne recherchait que l’amour et l’attention des autres. C’était un brave jeune homme, travailleur infatigable, avec, toujours, le sens du devoir. S’il ne faisait pas preuve d’autant de sensibilité, Mowiel l’aurait plus imaginé aux côtés des Veilleurs Pourpres qu’à trimer pour le bon confort des Cultivateurs, bien qu’elle déteste par-dessus tout ces hommes de guerre. Comment pouvait-on admirer des personnes capables d’égoïsme, arrêtant les voleurs affamés, au lieu de leur tendre généreusement la main ? Jamais elle n’avait vu l’un d’eux aider les Korruliens dans le besoin. Son estime à l’égard des Chamanes n’était guère plus bienveillante, car elle gardait d’eux un mauvais souvenir. Lointain, mais traumatisant.

Elle avait donc souvent tenté de reprendre en main son destin. Mais cette tentative de fuite, de reconquête de la liberté, était condamnée à l’échec. Wirïan Lysereän était l’unique opportunité qui s’était présentée à elle en dix-neuf années d’existence. Il lui avait offert suffisamment d’argent pour qu’elle puisse s’habiller et se nourrir, mais Mowiel avait préféré donner la totalité de son bien aux membres de sa famille, qui encore aujourd’hui, pouvait se nourrir de viandes et d’aliments plus nourrissants. Elle s’attendait à recevoir des réprimandes de la part du dit Cultivateur, mais à ses yeux, elle avait agi de la manière la plus noble qui soit. Qu’il soit heureux ou non de son choix l’importait peu. Qu’il la fouette donc, s’il juge bon de le faire ! Grâce à son geste, son dernier petit frère venait d’échapper à une mort certaine et le reste de la famille pouvait profiter, encore un peu, de la présence de parents aimants et disponibles. Pour Mowiel, rien ne valait la peine de se sacrifier, hormis pour la famille.

Mowiel finit par chuter, s’écrasant lourdement dans le sable brûlant. Sa course effrénée l’avait épuisée. Le souffle court et les joues empourprées, elle peinait à retrouver ses forces, comme si à elle seule, elle avait traversé le désert tout entier sans eau, ni nourriture. Courir librement ne faisait plus partie de ses possibilités, contrairement à la quasi-totalité des jeunes adultes de son âge. A chaque fois qu’elle surestimait ses capacités, la maladie revenait au galop, la rongeant de l’intérieur, jusqu’à la plonger dans un état de fatigue inquiétant. Avant qu’elle ne quitte la maison, sa mère l’avait avertie : et aujourd’hui, pour avoir fait fi de ses conseils, Mowiel allait devoir se résoudre à prendre rapidement le chemin de la maison, sans quoi, elle risquait bien d’agoniser au beau milieu des vieux quartiers d’Arish. Sa rencontre avec Boharin allait devoir attendre qu’elle se remette de son imprudence.

Elle se releva avec beaucoup de difficultés, titubant par instant. Ruyn l’avait abandonné, comme il avait abandonné sa famille toutes ces années durant. Elle avait pourtant prié sans discontinuer pour cette entité sévère. Mais rien ne changeait. Pas un signe. Pas un miracle à l’horizon. Pas même un jour de chance.

En se retournant, Mowiel rencontra le corps d’un homme grand, solidement bâti, qui la bouscula plus qu’elle ne le bouscula lui. Sa tête lui tourna. Elle ne parvint pas à distinguer la personne qu’elle avait pu importuner dans son inattention. Pour se soutenir, elle posa son épaule contre le mur d’une imposante bâtisse, se laissa glisser contre lui puis ferma doucement les yeux. Son sang pulsait impitoyablement à ses tempes. Il lui fallut quelques minutes pour recouvrer totalement ses esprits et c’est là, assis par terre telle une misérable petite souillon, qu’elle croisa son regard. Un océan de noirceur.

Dès cet instant, où elle sut qu’il était l’un des neuf Chamanes, elle le regarda comme s’il venait de lui arracher ce qu’elle avait de plus cher au monde. Alors que certains les respectaient au point de se mentir à eux même, Mowiel n’avait ni l’envie, ni même la sagesse de faire comme tout le monde. Des années durant, elle avait tu ses véritables sentiments, sa colère et plus encore, la peur qu’ils lui inspiraient. Le « Jour du Remerciement », le Chamane Malhek lui avait causé du tort. La douleur avait été si grande que la petite fille s’était enfuie parmi les badauds, échappant à ses assaillants le temps de quelques minutes. Puis le rituel reprit, tandis qu’elle versait toutes les larmes de son corps. A ses côtés, un petit garçon aux cheveux rouges comme les flammes l’observait.

-Je ne vous mentirai pas d’un mot.

Sa voix était faible, mais on pouvait y déceler de l’amertume.

- Avant que vous ne vous amusiez à dire que j’aurais pu regarder devant moi, sachez que vous êtes tout autant responsable ! Vos yeux noirs ne vous empêchent pas de voir, que je sache. Vous êtes toujours capable d’infliger aux enfants le pire martyr qui soit, en leur tatouant la peau à l’aide d’une fine aiguille et d’un peu d’encre. C’est un travail délicat, que tout aveugle ne pourrait accomplir, j’en suis certaine !

Elle serra les poings. Que disait-elle là ?

- Je…je ne renie pas Ruyn pour autant…se défendit-elle. Je ne vous ai pas fait mal ? Je m’en voudrais toute ma vie si je vous avais blessé. Et ne pensez pas que je m’intéresse à votre santé simplement parce que vous êtes Chamane. Vous êtes humain et vous pouvez saigner, vous aussi…Il s’agit uniquement de cela.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Lun 11 Fév 2013 - 10:37

Trop heureux pour faire attention aux individus pressés, n'ayant ni argent ni biens précieux sur lui, Denken n'avait pas besoin d'être sur ses gardes. Les voleurs pouvaient l'approcher, ils n'auraient rien à prendre. Les gens pressés, pouvaient bien le pousser, il n'en avait rien à faire puisque lui ne l'était pas. Mais c'est alors qu'une petite flèche, rapide et peu épaisse, venait de le percuter de plein fouet. Les os de celle-ci s'étaient enfoncés contre lui et une légère douleur se fit sentir contre son torse. Il eut à peine le temps de baisser la tête et de suivre la fin de trajectoire de cette petite flèche, que celle-ci était déjà assise à même le sol, le dos contre la battisse, essoufflait comme-ci elle faisait de son mieux pour tenir la battisse debout. Il s'arrêtait et se tournait totalement vers elle afin de s'approcher de celle-ci pour voir si tout allait bien. Le dos droit, il s’accroupit à demi, oubliant totalement que dans cette position, elle pouvait voir ses yeux noirs sous son capuchon. Il allait approcher sa main de la jeune fille pour repousser les quelques cheveux qui collaient son front quand tout à coup, elle ouvrit la bouche pour laisser s'en échapper un flot de paroles vexantes et déplaisantes. Celui qui songe se ravisait alors de la toucher et surprit par les dires de la pauvrette, il ne put lui même dire un mot.

Les yeux remplient de peur, la jeune femme tantôt essoufflé, ne semblait pas reprendre son souffle et pourtant elle continuer à dépiter un flot de paroles impressionnant. Denken était comme pétrifier de voir de tels yeux. S'il avait eut l'odorat plus puissant que ne peu l'avoir l'être humain, il aurait juré qu'elle empestait la peur. Jamais il n'avait vu une personne aussi effrayée et aussi enragé contre les Chamanes. Ne sachant comment elle allait poursuivre, il reculait d'un pas tout en restant à sa hauteur. Il aurait aimé mettre sa main devant la bouche de cette jeune femme pour éviter qu'un passant ne l'entende et qu'ainsi sa couverture ne soit découverte. Si on venait à apprendre qu'un Chamane était seul au beau milieu de la ville, il allait avoir de gros ennuis. Mais bloquer cette bouche ne serait il pas un geste dangereux ? N'allait-elle pas au contraire vouloir crier encore plus fort ce qu'elle avançait déjà ? N'allait-elle pas s'étouffer à cause d'un manque d'air dont elle avait encore besoin de trouver ? Ou pire encore, n'allait-elle pas le mordre avant de s'enfuir ? Ne préférant pas savoir, Celui qui songe renonçait donc de lui offrir sa main à la porter de cette bouche pleine de dents peu propre par ailleurs.

Alors qu'elle le vexait de plus en plus, il fut enfin le temps où les reproches furent terminer pour laisser place à des paroles plus aimables. D'un sourire en coin, Denken décidait de mettre son statut de Chamane de côté pour approcher cette jeune fille. Sur un ton bas, doux et grave, il la rassurait donc en lui confirmant qu'il était en bonne santé et qu'elle n'avait pas besoin de s'en vouloir.

- Tu as la langue bien pendue pour une fille qui vient de courir comme-ci sa vie en dépendait. Ne t'en fait pas, il n'est pas dans mes habitudes de faire du mal. Tu n'as aucune crainte à avoir. Je suis ici incognito, alors si tu voudrais bien être plus discrète, cela m'arrangerait énormément. Je n'ai pas encore envie de retourner au Temple. Tu l'as dit toi même, je peux saigner. Comme beaucoup d'homme, j'ai besoin de quitter mes murs de temps en temps... Tu peux marcher ?


Elle ne s'était pas tordue la cheville, ni blessée le pied, mais son souffle était si court, que Denken se demandait si elle arriverait à retrouver son calme afin de pouvoir par la suite, reprendre sa route. Il n'était pas bon pour le corps de s'arrêter si brutalement après un effort et encore moins de débiter autant de paroles dans un délais si court. Celui qui songe poursuivit calmement tout en observant discrètement de gauche à droite si personne ne les observait.

- Reprend ton souffle. Il ne sert à rien de se presser, personne ne te suit et personne ne t'écoute. S'il te prend de nouveau l'envie de me nommer, j'aimerai que tu m'appelles par mon prénom, Denken. Peu de gens le connaissent et il est assez connu pour qu'on ne soupçonne pas mon identité ici.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Dim 17 Fév 2013 - 8:29

- Vous vous trompez. Je ne fuyais rien, je ne cherchais rien, je me contentais simplement d’être là. Et vous, vous étiez sur mon chemin. Si vous n’aviez pas été là, dans cette allée, à cet instant de la journée, alors je ne vous aurais pas bousculé et nous ne nous serions pas rencontrés. Il s’agit simplement de cela.

Dans sa position, parler nécessitait énormément d’énergie. Elle s’épuisait rapidement, sans parler des efforts qu’il lui fallait déployer pour ne pas trembler comme une feuille. Soudainement, alors qu’elle allait se lever, elle se sentit horriblement oppressée, sa respiration se faisait de plus en plus difficile et son cœur cognait dans sa poitrine, comme s’il allait exploser d’un instant à l’autre. Elle essaya de porter sa main gauche à sa gorge pour desserrer l’étreinte qui l’étouffait mais un vent de panique la glaça tout à coup, lorsqu’elle constata que son corps lui refusait tout service. La fièvre qui l’habitait devenait une torture. Elle n’était plus qu’un jouet, une marionnette.

Mais Mowiel était une battante et avait l’habitude que cette situation gênante se présente à elle. Elle inspira profondément, s’efforçant de calmer les battements frénétiques de son cœur. Elle sentit son souffle s’apaiser, peu à peu, tandis que les gens se mouvaient autour d’elle, certains ne voyant en elle qu’un objet de décoration, d’autres la prenant en pitié sans pour autant tendre une main secourable. Depuis sa naissance, sa fragile constitution ne lui permettait pas d’accomplir les efforts d’un individu normal. Elle était sensible aux épidémies et autres maux susceptibles de l’aliter plusieurs jours de suite. Qu’elle soit encore en vie relevait du miracle, car deux de ses frères n’avaient pas eu la même chance qu’elle. Une fois calmée, elle se permit une remarque qu’elle gardait pour elle depuis trop longtemps.

- Pourquoi vous cachez-vous ? Rejetez-vous le nom de…

Elle marmonna les termes qui suivirent, détournant le regard.

- …Pourquoi ne voulez-vous pas que j’évoque le nom de Chamane ? Vous êtes de haut rang, vénéré et plus cultivé que n’importe quel autre Korrulien. Si j’avais de telles connaissances, un tel pouvoir, je serais bien la dernière personne à m’en cacher. Je partagerais ce que je sais avec ceux qui le désirent, car les hommes qui possèdent la connaissance ne semblent souffrir de rien, sur ces territoires. Je suis certaine qu’ainsi, les divers dirigeants de Korrul n’auraient plus à s’inquiéter du sort des plus démunis.

Mowiel finit par croiser de nouveau son regard, le soutenant avec force. Elle ne faisait preuve d’aucune pitié, car depuis longtemps déjà, elle n’avait plus rien à perdre. Peut-être ne savait-elle pas tout. Peut-être se trompait-elle à leur égard. Mais quoi qu’il en soit, les représentants de Ruyn ne lui avaient pas donnés meilleure impression depuis le « Jour du Remerciement », malgré tous ses efforts pour les accepter et les vénérer, comme les vénèrent la majorité des habitants de Korrul, soit par foi, soit par obligation.

- Encore faut-il qu’ils s’en soient inquiétés un jour...ajouta-elle, alors que sa mauvaise humeur semblait se répandre à des lieux à la ronde. Au lieu de leur venir en aide, vous êtes cloitrés tels des animaux dans votre Temple, à manger, boire et étudier. En dix-neuf longues années, le Conseil n’a jamais rien apporté à ma famille. Pire, notre situation s’est aggravée, alors que nous n’avions rien fait de mal pour mériter cela. Nous avons toujours travaillés à des heures tardives, pour les Cultivateurs, pour Korrul ! Mais malgré cela, la nourriture nous est de moins en moins accessible ! Mes frères sont morts pour vous et votre stupide confort !

Puis l'inévitable arriva.
Avec ses ongles, elle griffa jusqu’au sang le tatouage qu’on lui avait tracé au « Jour du Remerciement», il y a quinze ans. Un tourbillon sur son épaule, qui n’avait jamais révélé sa véritablement signification. Tandis que d’autres le montraient fièrement, s’en faisant une valeur, un destin, Mowiel le cachait sous ses loques, comme s'il n'était qu'une marque sans intérêt.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Sam 23 Fév 2013 - 10:32

Denken finit par penser qu’il avait en face de lui une pauvre folle dont le soleil fait brûler son cerveau. Agacé devant tant de balivernes, ne voulant attirer plus l’attention, il saisit la jeune fille par les épaules et tout en lui mettant la main sur la bouche, la rentrait sous sa cape pour l’emmener avec lui dans une ruelle plus tranquille. Les quelques personnes, trop curieuses, qui avaient cessé leur conversation pour les écouter et voir avec effroi qu’elle griffait la marque des chamanes, étaient tout simplement choqués par cette jeune fille. La tête baissée et la voix plus que grave, Denken leur disait que ce n’était rien, qu’elle était simplement dérangée. Il prenait soin à ce que sa capuche lui cache les yeux et n’hésitait pas à pousser ceux qui ne voulaient pas leur laisser la place de passer. C’est à côté d’une petite fontaine, entre deux maisons, que Celui qui songe poussait avec un peu de force la bavarde afin qu’elle comprenne qu’elle devait s’asseoir et se taire un peu.

- Non mais tu t’entends ?! Tu crois qu’on a que ça à faire ? Surveiller les petits gens ? Les veilleurs pourpres sont là pour ça ! Tu crois que tout se limite à Korrul ?! Le monde est grand ! économiquement, politiquement, culturellement … Y a des choses bien plus importantes que de donner du pain à tous ceux qui crèvent la faim ! De quoi tu te plain ? D’avoir une famille ? De pouvoir sortir quand bon te semble ? De pouvoir avoir des amis ? Participer à des fêtes populaires ? Tu crois que les Chamanes ont se luxe ? Tu crois qu’ils peuvent sortir quand ils le souhaitent ? Se divertir quand l’envie s’en fait sentir ? Tu sais à quoi se résume l’éducation d’un chamane ? Le nez dans des livres plein de poussière, lourds et qu’il faut manipuler avec une grande précaution à cause de leur âge ! Transcrire et retranscrit des documents jusqu’à en avoir mal au dos et les doigts bosselés !

Enervé et venant enfin de vider son sac, Denken soupirait et tournait aussitôt les talons en laissant ses bras retomber le long de son corps. Personne n’avait une existence facile, alors si en plus on devait regarder et jalouser son voisin alors jamais on ne pourrait avancer. Frottant son front et plus précisément la marque que son aîné lui avait faite, il sentait la migraine venir, les coups de pression n’était pas très bon pour lui qui partait au quart de tour et dont la mort de son ainé Muraco était encore une blessure douloureuse. En se retournant lentement vers la jeune fille, Denken eut un nouveau soupir, elle allait lui causer des problèmes s’il n’arrivait pas à lui faire comprendre qu’il avait besoin qu’elle soit plus discrète. Il réalisait alors qu’Azaëlle et lui-même n’avait encore pas informés le peuple de la mort de l’un des leurs… Devrait donc faire attention à ne rien révéler de particulier à cette bavarde. Lentement, il s’approchait d’elle sans mot et après avoir lavé ses mains dans la petite fontaine, il y recueillit de l’eau pour boire, puis pour laver l’épaule que s’était griffée la jeune fille. Avant même qu’elle ne puisse trop bouger ou dire un mot, il la foudroyait du regard pour la pétrifier sur place. D’une voix se voulant un minimum douce, mais dont la tonalité restait grave, il poursuivit de manière plus discrète.

- Ne bouge pas. Tes ongles sont salent. Si tu t’infectes tu vas encore accuser les chamanes. Je ne rejette pas ma condition. Je la respecte. Seulement… de temps en temps, j’ai besoin de m’évader un peu. C’est mon devoir d’être chamane, comme le tien est d’être une bonne citoyenne.

Souhaitant faire retomber la colère, il se mit à sourire en la voyant. Elle était pleine d’énergie malgré sa taille et ses efforts.

- Puis… Ce n’est pas long dix-neuf années et vu comme tu es dynamique, je pense que t’en a encore pour de longues, très longues années à fouler le sol korrulien encore. Qui sait, ta condition s’arrangera peut être avec le temps. Ruyn ne récompense que les plus forts.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Ven 8 Mar 2013 - 19:13

- Mais ça fait terriblement mal, Denken ! dit-elle d’une voix à peine contenue.

Après avoir rincé les plaies avec le plus de douceur possible, le Chamane les inspecta un long moment, probablement pour s’assurer, pensa Mowiel, qu’elles n’allaient pas s’infecter ces prochains jours. Néanmoins, le contact de ses doigts sur sa peau était douloureux et la jeune femme, après quelques jurons inappropriés à la situation, retira brusquement son épaule, sans trop oser guetter la réaction de son bienfaiteur à son entêtement. Bienfaiteur. Personne qui fait du bien. De cet homme aux yeux noirs, elle en aurait presque ri, si la situation ne méritait pas plus sérieux.

Il y avait dans ses yeux quelque chose d’intimidant, de menaçant. Une expression inhabituelle, pour le moins étrange, difficilement descriptible, si tant est qu’un terme existe pour la qualifier. Malgré le sourire dont son visage était paré, Mowiel peinait à soutenir son regard, baissait régulièrement les yeux et son attention se porta finalement sur ses larges mains. Il n’y avait dans ce vaste monde que Ruyn pour expliquer que l’on puisse vénérer des hommes et femmes qui, si ce n’est par leurs facultés et leur étrange regard, ressemblaient en tout point aux habitants de Korruliens. Lui ressemblaient en tout point.

- Faeb et Cydab sont morts. Galath a échappé de peu au même sort, parce que la vie m’a souri le temps que quelques heures et que j’ai pu lui offrir ce dont il avait le plus besoin : de l’eau et de la nourriture. Les Marchands refusent d’offrir au peuple ce qu’ils n’ont pu vendre dans la journée et qui sera invendable le lendemain. Les Cultivateurs vivent dans le luxe mais n’améliorent pas pour autant les conditions de vie des gens qui travaillent pour eux. Quant aux Chamanes…

Pour la première fois depuis de longues minutes, elle croisa son regard. Plus elle lui parlait, plus il lui rappelait le petit garçon qu’elle avait croisé le « Jour du Remerciement ». Y avait-il d’autres jeunes adultes aux cheveux de feu, au Temple de Ruyn, qui auraient pu correspondre au souvenir qu’elle avait gardé de sa quatrième année ?

- Ils aspirent à un tout autre que luxe que celui qu’ils possèdent.

Mowiel était incapable, inquiète et fragilisée. Elle n’avait plus d’espoir pour elle, mais encore énormément pour sa famille. Alors pourquoi s’était-elle battue pour vivre, lorsque le Chamane Malhek avait saisi son aiguille ? Pourquoi ne s’était-elle pas laissée faire, résignée à subir son destin jusqu’à ce qu’il prenne fin ? Qu’est-ce qui, ce jour là, lui avait donné la force de s’opposer à la volonté de Ruyn ?

- Vous êtes débordant d’optimisme, pour quelqu’un qui sort si peu de l’enceinte de son Temple. Je vous envierais presque, pour une fois. Vous savez, je fais du bonheur de ma famille une priorité sur tout. Pour eux, je suis prête à mourir, à renoncer à toute occasion qui pourrait me permettre de changer à jamais de vie, mais m’obliger à les abandonner. Un jour, j’espère que mes frères deviendront de grands Veilleurs Pourpres, et que ma petite sœur travaillera pour des Cultivateurs respectables, capables de reconnaître son travail à sa juste valeur.

Elle ne put résister à l’envie de changer de sujet. Tout en cachant ses plaies sous la manche de sa loque, elle dit innocemment :

- Excusez-moi, mais nous sommes nous déjà croisé ? Vous me rappelez un jeune garçon que j’ai brièvement rencontré le « Jour du Remerciement », il y a quinze ans. Il m’a donné du courage, alors que Malhek enfonçait son aiguille dans ma peau.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Mer 27 Mar 2013 - 9:36

Il n'était pas sourd à sa plainte et aurait pu même avoir un pincement au cœur s'il savait ce que pouvait ressentir cette jeune femme chétive et malchanceuse. Il avait tout d'abord penser être plus doux dans ses gestes, mais la lenteur ne ferait que rallonger le temps de souffrance qu'il mettrait pour passer l'eau sur sa peau nue. Mais il aurait pu tout aussi, le faire vite et bien quoi qu'un peu brusque au risque de lui faire forcement plus mal, mais pendant une courte durée. Pendant que le jeune élu s'occupait de cette façon, il ne pu remarquer les petits gestes discrets que pouvait faire Mowiel jusqu'à ce que celle-ci décide de retirer de ses mains bienveillantes son épaule. Les paroles de la jeune femme n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd, il l'entendait et essayait de comprendre et de savoir ce qu'elle souhaite le plus. Non pas qu'il avait absolument envie de faire une bonne action maintenant, mais réfléchir à autre chose plutôt qu'à la mort de Muraco. Lentement, il s'assit près de Mowiel, au bord de la petite fontaine. Sans trop savoir quoi faire, il pinçait ses lèvres, gonflait ses joues et ses poumons pendant que ses doigts se touchaient de leur bout entre ses genoux. Quelques mèches rousses obstruaient sa vue mais il s'en moquait bien du moment qu'il pouvait fixer le mur en face de lui. D'un ton calme et réfléchit, presque sur le ton de la confidence, il pu lui dire ce qu'il pensait d'elle.

-Tu es courageuse. Même si tu es faible, enragée ou bien encore bruyante... Tu es courageuse. Ruyn veut un peuple fort. Ruyn a un peuple fort. Tu as ta place ici, dans ce peuple même si tu trouve de nombreuses choses injustes.

Le dos légèrement courbé, Denken se laissa légèrement basculer pour bousculer un peu le petit bout de femme à côté de lui. C'était un genre d'accolade pour lui dire « Allez ! Te laisse pas faire ! » suivit d'un petit sourire et d'un regard sombre bienveillant vers elle. Sans la quitter du regard, il continuait de l'écouter, celui-ci ressemblait apparemment à un lointaine connaissance qu'elle avait connu. Celui qui Songe se mit alors à fixer le petit chemin d'où ils venaient pour concentrer sa réflexion. Déjà le jour, le « Jour du Remerciement », Denken ne connaissait que trop bien ce jour, non pas parce que c'était un moment particulier pour le peuple Korrulien, mais plutôt parce que cet événement annoncer son anniversaire, jour de sa naissance et il se trouvait bien né. Ensuite, le temps, quinze années en arrière, cela devait donc remonter à ses … quatre ans. Passage de sa vie déjà bien plus trouble, l'enfant ayant déjà du mal à se souvenir de son dixième anniversaire lorsque celui-ci n'était pas marquant pour lui. Au début, il était tenté de lui dire qu'il ne voyait absolument pas qui elle pouvait être, que ce souvenir était bien trop vieux et que sa personne ne l'avait pas marqué, mais lorsqu'il ouvrit la bouche pour lui dire, le souvenir lui vient aussitôt en tête.

-Tu es la petite qui refusait de se faire marquer ?

C'était de toutes façons la seule dont il se rappelait et si ce n'était pas elle, il avait au moins essayé de trouver. Il se souvenait très peu de ce moment mais les rumeurs et les vieilles personnes en parlaient encore et Denken se souvint qu'on nommait cette petite la peureuse à Arish. Tout faux pas qu'elle pouvait faire était aussitôt interprétés par les plus âgés, répétés et amplifiés. Ces parents étaient toujours à plaindre et en particulier la mère. Denken n'avait jamais fait très attention a ces ragots, mais comme toute personne curieuse, il en avait déjà entendu parlé. Ce genre de moment resterait probablement gravé à sa réputation comme la marque qu'avait fait Celui qui insuffle le jour du Remerciement sur la peau de la jeunette. Le sujet n'était peut être pas le meilleur des sujets à aborder et Denken tout en ramenant ses pieds contre la fontaine pour y poser ses talons, se mit a croiser les bras tout en continuant de l'observer.

-Tu n'as pas peur de te faire punir pour tout ce que tu viens de dire sur les chamanes ? J'ai l'air si méchant que ça ? Peut être impressionnant. Pourquoi pas séduisant, mais méchant... C'est bien la première fois qu'on me dit ça. En tout cas, toi tu l'es. M'agresser de la sorte alors que je n'ai rien fait de mal. Moi qui souhaitais juste passer un bon moment sur le marché. Me voilà coincé là, assis sur une fontaine à écouter une petite femme qui ferait bien d'être dans sa cuisine.

Denken n'était pas mauvais pour un sous, il était macho certes, comme la majorité des Korruliens et taquin comme il était, il avait bien envie de titiller un peu Mowiel afin qu'elle puisse penser un peu à autre chose qu'à sa situation sociale qui n'était pas des plus agréables.

- Regardes moi. Aujourd'hui je suis bien plus pauvre que toi et c'est pourtant moi qui t'aide.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Mar 23 Avr 2013 - 2:50

Elle grimaça, agacée par sa maladresse, et marmonna des excuses avec une moue embarrassée, détournant promptement le regard malgré l’ordre de Celui qui Songe.

Mowiel n’éprouvait aucune sympathie pour les Chamanes de Korrul. Plus exactement, elle n’en avait aucune pour Celui qui Insuffle, l’homme qui l’avait marqué le « Jour du Remerciement ». Malgré ses appels, malgré la terreur qu’il lui inspirait, personne n’était venu à son secours ce jour-là. Il y avait juste eu le sourire étrange de ce petit garçon, aux yeux tout aussi noirs que ceux de son bourreau.
Elle se souvient encore de l’agacement des adultes, de l’impatience des Chamanes et de l’appréhension qu’elle avait semé dans l’esprit des autres enfants. Après avoir été tatoué, elle avait été longuement sermonnée par les membres de sa famille. Selon eux, elle avait définitivement jeté la honte sur leur nom, réduisant leurs chances de posséder un jour un travail plus valorisant que celui de ramasser les excréments de Draomas.
Alors pour se faire pardonner de Ruyn, elle s’était vouée corps et âme à cultiver sa terre.

Tout comme au « Jour du Remerciement », Celui qui Songe était différent des autres. Pourtant, sans raison bien spécifique de lui en vouloir, elle avait déversé sur lui toute son amertume. Etait-ce à cause de la fièvre ? Ou n’avait-elle donc aucun contrôle d’elle-même ? Bien qu’elle ait beaucoup à se faire pardonner, elle voulait à tout pris comprendre le sens de leurs échanges. Elle n’avait encore jamais eu l’occasion de s’adresser à un Chamane de vive voix. Aujourd’hui, elle l’avait pour elle toute seule.

- Je pense que si vous aviez voulu partir, vous l’auriez déjà fait, Denken, lui dit-elle, avec l’ombre d’un sourire. En fait, vous agissez comme si vous étiez désintéressé, mais le monde extérieur vous intrigue plus que vous ne voulez bien vous l’avouer ! Ou alors…

Elle lui jeta un regard sarcastique, se retenant tant bien que mal de rire. Mowiel ressentait l'irrésistible envie de le pousser dans ses derniers retranchements, de faire ressortir plus d'humanité que de spiritualité.

- ...vous êtes jaloux ! Qui ne rêverait pas de ma magnifique robe ? dit-elle en se pavanant devant lui. De mes longs cheveux d'ébène à la douceur incomparable ? De cette peau sans le moindre défaut ? Ou encore de mes yeux de Koït ?

Son imitation des jeunes dames Cultivatrices était probablement exagérée, mais c'était bien là son but premier.

- Mais pardonnez-moi, vous n'êtes pas du tout mon genre, finit-elle par dire en faisait évidemment allusion au côté séduisant dont il se vantait plus tôt.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Mer 24 Avr 2013 - 13:17

Devant cette tirade finale de la belle ménagère, Denken frappait son torse avec la paume de sa main imitant grossièrement un air outré.

- Moi ?! Pas du tout ton genre ?! Tu me vouvoie en plus… Alors que nous avons le même âge ? Tu me vexes ! Vilaine ! Vois comme tu es mauvaise avec moi, pauvre homme que je suis…


Celui qui Songe semblait totalement oublier sa classe et son rang, il semblait être redevenu un jeune homme comme les autres, filou et taquin qui ne cherchait qu’à s’amuser et profiter du moment présent. Dans un moment de pure folie, il se jetait à terre et tirait sur la robe de Mowiel comme un enfant à la robe de sa mère, l’implorant du regard.

- Ne me fait pas ça ! je serais sage ! Je promets ! Je n’irai pas voir ailleurs ! J’apprendrai mes leçons !

Rapide comme l’éclair qui frappe pendant le temps des pluies, il se relevait avant qu’on ne vienne à se poser des questions sur sa tenue et son identité. Comme un bandit, il se glissait dans le dos de Mowiel pour lui attraper les cheveux et les exposer comme le faisait les vendeurs de tissus à Korrul. Bloquant sa respiration, il plongeait tout fou, son visage dans ses cheveux sales et secs en faisant semblant dans humer le parfum.

- Tes cheveux ! Ah ! Qu’ils sont doux ! Non ! Plus encore ! Ils sentent la chaleur de ton pays ! Ah ! Par Ryun ! Pourquoi me punie tu ainsi ? Moi qui suis si bon, tu dis ne pas m’aimer ?!

Toujours dans son dos, Denken avait prit l’initiative de lâcher les cheveux de la jeune fille pour se saisir de ses mains. Tout en se plaignant des injustes paroles qu’elle lui avait dit plutôt, il utilisait les mains de la jeune fille pour mimer les propres gestes exagéré qu’il aurait eu. Elle était un véritable pantin dans ses bras et maigrelette qu’elle était il n’avait aucun mal à la faire bouger et rire en la chatouille lorsqu’elle ne voulait pas se laisser faire.

- Aaaaah ! Comme tu es injuste ! Plus riche que moi, tu profite de ma détresse en t’exhibant et te pavanant comme une fille de cultivateur pourrie gâtée ! Et cette peau ! Ah ! Avoue ! Tu prends des bains de lait de draomas ! Traitresse ! Alors que je meurs de soif !

Epuisé par ses propres bêtises il laissait alors la main de la jeune fille sur le front de celle-ci, l’autre sur son ventre et profitant d’un moment de repos, il saisit le menton de Mowiel pour tourner légèrement son visage près du sien. Prenant sa voix grave et chaude, il chuchotait tout bas pour que personne ne les entendent.

- Et tes yeux. Brillants et vifs. Je sais lorsqu’ils mentent. Oses dire que je ne te plais pas en affrontant mon regard.

Bien qu’ils fussent entièrement noirs, Denken avait toujours eux les yeux brillants de malices. Son expression laissait clairement voir une âme farceuse qui était bien loin d’être mauvaise. Il aimait séduire et après tout pour un garçon de son âge s’était plus que normal bien que impardonnable vu son rang. Après un instant à la regarder et à la garder contre lui, Denken décidait de laisser s’échapper sa proie et s’éloignait doucement d’elle pour retrouver sa place près de la fontaine. Comme si rien ne s’était réellement passé, il lui proposait sur un air enfantin d’aller manger quelques choses.

- J’ai faim. On va grignoter un truc ou tu m’abandonnes là ?

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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Mer 22 Mai 2013 - 6:46

- Je vous abandonne là, Monsieur, dit-elle soudainement, comme happée par la colère.

Elle rougit sous la gêne, sachant combien elle manquait des attributs qui plaisaient aux jeunes hommes. Elle était pauvre. Elle n’était pas jolie. Elle n’était pas très intelligente, mais elle avait le meilleur cœur de tout Korrul. Souvent elle avait faim et manquait de ragoût, mais lorsqu’elle rendait visite à sa famille, elle partageait avec eux son maigre repas et ne savait que faire pour les aider. De très bonne heure, elle partait travailler sous les rayons impitoyables du soleil, toujours enveloppée de la même loque et dépourvue de chausses. Quand elle ne se trouvait pas au service d’un Cultivateur, elle était alitée chez elle, en proie à la fièvre ou à l’une de ces terribles épidémies. Dernier point dérangeant, Mowiel refusait toutes les demandes en mariage, malgré l’insistance de ses parents. Plusieurs fois déjà, ils lui avaient dit que si cela durait, ils finiraient par la contraindre. Pour la jeune femme, reculer ce jour fatidique était sa seule option.

La voilà encore qui se plaignait de son sort ! Elle porta un regard désolé sur le Chamane. Aujourd’hui, elle s’était montrée particulièrement insultante, malpolie et désobligeante. Mowiel s’était pourtant promis de respecter les Chamanes, pour se faire pardonner son comportement au « Jour du Remerciement », durant lequel elle avait lâchement fui l’épreuve du tatouage. Que Malhek n’en ait pas tenu compte était une chose, mais les rumeurs s’étaient répandues et sa famille avait été pendant longtemps la cible de diverses humiliations. Ce souvenir la poussa à agir en conséquence. Qu’il lui veuille pour ce qu’elle allait faire s’il le souhaitait ! Mais voilà bien longtemps qu’elle avait des excuses à présenter à toute la communauté Chamane. A Ruyn.

Elle lui fit fasse, puis s’agenouilla, la tête basse.

- Je vous en supplie, pardonnez mon comportement déplacé. Vous êtes un descendant de Ruyn, mais, aveuglée par la colère, je vous ai insulté comme si vous n’étiez qu’un malotru ! Vous êtes les sages qui guident notre peuple vers le bon chemin, dans les bonnes grâces de Ruyn. Je…je vous dois respect et obéissance…

Ses mains tremblaient sur le sable brûlant d’Arish. Ce n’est pas à Celui qui Songe qu’elle aurait dû s’adresser, mais à Celui qui Insuffle ! Ne savait-elle donc jamais ce qu’elle voulait ? Sa vie allait-elle un jour être stable, tranquille, à défaut d’être parfaite ? Peut-être qu’il s’agissait là du sens de son tatouage. Le tourbillon représentait l’instabilité, la peur, l’impression de toujours tourner en rond sans jamais atteindre son but, et malgré les efforts fournis. Le souffle court, elle espérait être pardonnée.
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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   - Jeu 6 Juin 2013 - 8:29

Le refus de la jeune fille coupait l’herbe sous le pied du jeune garçon. Comment ? Un refus ? Il n’y était pas habitué et était presque vexé qu’elle lui fasse faux bon. Néanmoins, il n’était pas au bout de ces surprises. Lorsque Mowiel s’agenouilla devant lui, la tête basse, dans cette position de serviteur, ou plus correctement appelé, une position de soumission. Denken en fut presque gênait et se demandait ce qu’elle était en train de fabriquer. Lorsqu’elle ouvrit la bouche pour lui délivrer son message, ses excuses, Celui qui Songe n’arrivait pas à faire naître en lui la moindre pitié, pourtant au vu de la condition de la jeune femme, il aurait pu, lui l’amoureux des belles choses simples. Mais rien ne vint. Qu’était-il bon de faire dans un tel moment ? Fort heureusement, la ruelle était déserte, personne ne viendrait voir pourquoi elle était à genoux devant lui.

La voyant ainsi, Denken se redressait pour poser ses mains, ouvertes, sur le sommet de la tête de Mowiel et d’un ton très solennel lui délivra une bonne parole qu’il était en mesure de lui donner en chamane qu’il était.

- Ne t’excuse pas de ton comportement indécent. Tu es ce que tu es. Assume le et porte ton fardeau la tête haute car seule toi en est le plus capable. Apprends à contrôler ta rage et ta douleur pour puiser la force en elles afin d’avancer. Maintenant lève toi et va ! Accomplie ce que tu dois accomplir et n’oublie jamais ça. Ignore tes faiblesses, ai confiance en toi, respecte et remercie tes aînés et ainsi Ruyn sera fier de toi.

Sans plus de formule, il remettait correctement sa capuche pour cacher son visage et la tête base, les mains dans les manches de sa cape, il fit quelques pas avant de dire à Mowiel, sans même prendre la peine de se retourner.

- La Chance tourne ! Tu es maîtresse de ton destin, chaque souffrance que tu subis, c’est parce que dans le font tu les souhaite ! Qu’importe, elles te rendront plus forte !

Sur ses mots, Denken accélérait son pas, il n’avait pas envie qu’elle le rattrape, pas non plus l’envie que quelques gens qui aurait reconnu sa voix ne vienne tirer ses vêtements et à peine avait il pu rejoindre le marché, qu’un vieillard le bousculant le reconnu et s’écriait en levant les bras et en le pointant du doigt qu’un chamane était parmi eux. Sa couverture grillée, Denken devait alors se presser et décida de se mettre à courir. Tant pis pour la cape, il n’avait plus de temps à perdre et se devait de regagner au plus vite le temple avant de se faire attraper. Avec un peu de chance, la nouvelle n’irait pas aux oreilles de Mensah… c’était probablement trop espérer ou bien trop prétentieux de croire cela. Il inventerait comme toujours une excuse des plus tordues et comme toujours Mensah lui donnerait une bonne leçon. Mais pour le coup, il en avait peut être une bonne, il irait raconter à son précepteur qu’il était allé voir une jolie jeune fille de cultivateurs. Prétextant de vouloir mieux la connaitre avant de faire d’elle sa concubine. Pas une minute il réfléchit au nom de celle-ci, si son précepteur lui demandait, il allait probablement se retrouver dans une véritable catastrophe.

Malgré ça, le jeune chamane n’oublierait jamais les yeux de Mowiel ainsi que sa façon de lui parler. Pour une fois, on l’avait presque traité comme un individu normal et après la mort d’un de ses confrères, cela lui faisait du bien.

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Posté dans Re: La fille qui avait peur des yeux noirs.   -

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