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[RPI] Retour au bercail

Invité

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Posté dans [RPI] Retour au bercail    - Ven 28 Juin 2013 - 12:33



« L'histoire n'est pas plus figée ni morte que l'avenir. Le passé est tout près ; il commence à la dernière respiration qu'on a prise.»

*

Près du Mont Centil – Jour du crash du Rouge-Gorge, année matroscienne 1113.


Le ciel était aussi sombre que si la nuit était déjà tombée. Une pluie battante me sortit de ma torpeur, glaçant jusqu’à la moindre petite parcelle de mon corps. Aux spasmes causés par le froid et l’humidité s’ajoutaient les tremblements dus à la douleur, ce qui n’avait de cesse de l’augmenter. J’étais allongé, incapable de bouger. Je souffrais tellement que je n’arrivais pas réellement à distinguer l’origine de mes maux. Mon dos peut-être ? A moins que ce ne soit un de mes bras ? Ou les deux ? Je contemplais longuement les nuages gris qui m’arrosaient. Je n’arrivais pas vraiment à distinguer leur forme et mon esprit vogua vers d’autres horizons. J’avais froid.

Je ne sais pas combien de temps s’écoula avant que je reprenne mes esprits mais la pluie ne s’était pas arrêtée. J’avais la bouche sèche. J’écartais mes lèvres et attendis que l’eau s’écoule dans mon gosier. J’avalai difficilement. J’avais mal. Je me rendormis.

A nouveau, je me réveillai. Il faisait nuit. J’éternuai une fois, puis une seconde avant de rassembler mes forces et de me lever. Une fois debout, je sentis une migraine poindre. Le paysage tourna quelque peu autour de moi et je m’avançais d’un pas lent et chancelant. Autour de moi, les débris de métal gisaient tels des obstacles insurmontables. Je les contournai et continuai ma progression, marchant sur les bris de verre qui craquaient sous mon poids. Je balayai la scène des yeux : voilà donc ce qui restait de ma vie : des fragments de vaisseaux irrécupérables, du matériel dégradé et inutilisable ainsi que les ossements calcinés de mes parents et amis. Le fruit de toute une génération d’Eithyl venait de disparaitre en même temps qu’un pan de ma vie.

« YOOOOOOOOOOO-OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOH »

Je mis toute mon énergie dans ce cri.

« IL Y A QUELQU’UN ? RÉPONDEZ ! »

J’attendis quelques instants, rien.

« RÉPONDEZ !! Bande de dégénérés… »

Ma peine se mêlait à la rage mais aucune larme ne coula sur mes joues. Je serrai les poings, enfonçant mes ongles sous la chair de ma paume. Un liquide chaud s’écoula de mes plaies fraichement ouvertes, comme si je n’étais pas déjà en mauvais état. Je laissais tomber un genou à terre et y déplaça tout mon poids. Je respirai fort non seulement à cause de la douleur de ces gestes mais aussi à cause de la colère. Il me fallut du temps pour reprendre mon souffle. D’une voix plus calme et posée, je rompis le plic-ploc incessant de la pluie.

« Moi, Fadren Eithyl, dernier membre de l’équipage du Rouge-Gorge, jure sur ma vie et sur mon sang de vous vengez, camarades. Les matrosciens paieront !»

Je restai là un long moment avant de trouver le courage de me relever et de partir. Avance, ne t’arrêtes pas et surtout, quoiqu’il arrive, ne te retourne pas. Cet ordre raisonnait incessamment dans ma tête, m’empêchant de l’empreindre. Et, sans me retourner, je me dirigeai aux étoiles vers Vanylle.

*
Le trajet fut long et pénible. Plus d’une quarantaine de nuits défilèrent avant que j’atteigne la ville. J’étais l’esclave de la douleur ; me fouettant à chaque pas, elle me contraignait à des haltes régulières et je n’avais d’autres choix que de lui obéir, impuissant. Néanmoins, son joug devint moins puissant au fil du temps, me permettant une plus grande autonomie.  Mon despote, cependant, revenait à la charge dès lors qu’il trouvait une ouverture : je n’étais pas autorisé à marcher trop longtemps.

J’avais décidé de longer le fleuve Iwari jusqu’aux chutes du Frost avant de me diriger vers Vanylle. Cet itinéraire allongeait ma route mais me procurait une source d’eau intarissable à laquelle je m’abreuvais régulièrement. Sur mon chemin, je croisais divers créatures dont la plupart m’étaient inconnues ; j’étais un homme du ciel pas de la terre. Chemin faisant, je me rendais compte de toute mon ignorance : quelles plantes pouvais-je manger sans craindre de mourir ? Je n’en avais aucune idée. Je buvais pour combler ma faim. De temps à autre, je croisais des baies ou des plantes que je connaissais et, dans ces cas-là, je m’empiffrais et faisais le plein de provisions – du moins autant que cela était possible.

*
Les  jours passèrent et se ressemblèrent. J’étais dans un sale état non seulement moralement mais également physiquement. Le sang collait mes blessures, sans doute infectée, à mes vêtements. Mes bottes montantes noires étaient désormais brunâtres, recouvertes d’une épaisse couche de boue séchée. Mes habits, déchirés çà et là lors de l’accident, laissait entrapercevoir ma peau entre deux bouts de tissus, au plus grand bonheur des insectes hématophages. Mes cheveux gras étaient maculés de sang, de terre et de brindilles à l’instar de ma barbe épaisse. Enfin, j’avais perdu du poids ; j’avais dû faire un trou grossier dans ma ceinture pour ne pas perdre mon pantalon. Mon visage était émacié au même titre que mon torse où saillaient mes côtes. Je n’osais même pas imaginer l’odeur qui émanait de moi. Il était impensable que je rentre de la sorte à Vanylle.

Peu avant mon arrivée aux chutes du Frost, je trouvais une portion du fleuve où le courant était moins puissant. Je décidai d’y faire une pause pour me laver. J’entrai tout habillé dans le cours d’eau, surtout pour décoller mes vêtements de mes meurtrissures, avant de les ôter. L’eau assouplit mes croutes ce qui me permis de faire des gestes dont j’étais privés auparavant. Je frottais la saleté qui s’était installée sur mon corps et me regardais attentivement.  Mes lésions sur le bras n’étaient pas purulentes, c’était une bonne chose. Quant à celles sur le dos, j’étais incapable de les voir, néanmoins les démangeaisons me laissaient croire qu’elles s’étaient infectées. Je lavai soigneusement mes vêtements avant de me rhabiller et de reprendre la route.

La suite de mon périple fut un peu plus compliquée. En raison de l’absence de fleuve, je devais rationner l’eau de mon outre. L’hiver m’aidait dans cette tâche : il chassait le soleil et mandait la pluie et le vent.

*
Vint enfin le moment tant attendu où j’aperçu au loin les lumières de Vanylle. Alors que le crépuscule tardait à laisser place à la nuit, cette vision m’emplit de joie. Cependant, malgré toute la bonne volonté du monde, je n’arrivais pas à accélérer le pas : l’épuisement était un fardeau trop lourd pour les muscles de mon corps. Pourtant, je n’abandonnais pas. J’offrais mes dernières forces à cette entreprise. Mon pas était de plus en plus lourd tel l’animal embourbé dans les marais. La fin de mon voyage semblait interminable : la ville me semblait toujours aussi loin. Chaque heure me paraissait siècle et chaque seconde me paraissait heure.

Lorsque je franchis les portes de la cité, les étoiles commençaient à peine à poindre dans le ciel obscur. Je me sentais libéré d’un poids bien trop lourd pour être décrit. C’est l’esprit apaisé que je poussais la porte de l’auberge.

A mon arrivée, tous les regards se posèrent sur moi. Je feignis de ne pas le remarquer et me dirigeai vers l’aubergiste. Comme il est de coutume, je l’accostai d’un ton familier.

« Une chambre et de quoi me décrasser, s’te plait »

Il me dévisagea un instant puis me toisa de son regard.

« T’as d’quoi payer ? »

Pour toute réponse, je tapotai la bourse soigneusement attachée à ma ceinture. Il tourna les talons et revint un court instant plus tard, déposant une clé sur le comptoir.

« Ça fait 13 galons.»

Le prix était élevé mais je m’y attendais et, de toute façon, je n’avais pas le choix. Je détachai ma bourse et la vidai sur le comptoir. J’avais en tout et pour tout une pièce d’argent et une dizaine de piécettes de cuivre. Le tenancier s’empara de tout et me tendit la monnaie. Je vérifiai soigneusement le compte avant de placer ce qui me restait dans ma bourse.

« Huggs ! Amène de l’eau chaude et un bac dans la chambre 7 ! Grouille ! »

Je tournai les talons sur cette scène et gravit les escaliers de bois qui menait à l’étage supérieur. Je traversais le long couloir, m’arrêtai devant la chambre portant le numéro 7 et la franchis. Il ne fallut pas longtemps pour qu’un petit garçon apparaisse avec l’eau et la bassine. Je versai le liquide brûlant dans le récipient et me déshabillais.

Dans un coin de la chambre se trouvait un petit miroir. Je m’en saisis pour regarder la plaie qui longeait ma colonne vertébrale. Elle était plus petite que je l’avais cru mais son état était bien pire. Le rouge vif de la blessure se mêlait au jaune verdâtre de la suppuration. Là où la cicatrisation avait correctement opérée,  la terre s’y était incrustée. Je n’avais pas le choix. D’un geste de la main, je rouvris la lésion – non sans un petit cri aigu. Le sang et le pus s’écoulèrent.  Je sortis un mouchoir de coton, le trempai dans l’eau et, méticuleusement, nettoyai les zones purulentes. Ceci fait, je m’installai confortablement dans la baignoire et me détendis.

Quand je sortis, l’eau, rougie par le sang, était trouble. Je me sentais davantage propre. Désormais, je devais faire attention à ne plus contaminer ma plaie. N’ayant plus le courage de rien, je m’allongeai nu sur le lit et m’endormis. Enfin, j’étais rentré.
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