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Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]

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Posté dans Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Lun 19 Aoû 2013 - 17:14

Il est en vie, et vit agréablement. Comme c'est bien, comme c'est bien. Le "P'tit" du vaisseau a depuis longtemps gagné son nom, son nom, ou plutôt "un" nom, puisque ce n'est pas vraiment le sien. A force de l'appeler "P'tit", les autres ne se rappelaient plus le prénom qu'il avait donné le premier jour. Sur un coup de tête, le garçon ne les avait pas détrompé, quand ils avaient voulu savoir... "Ven's", qu'il s'appelait. Alors on l'appelait Ven's depuis, et c'était très bien. Les camarades du Bourreau des Vents qui pensaient avoir vu quelque chose ne faisaient que croire, et ceux qui avaient d'ennuyeuses certitudes, et devenaient un peu trop inquisiteurs... Oh, accident. Quelques uns avaient disparu comme ça, ou n'étaient tout simplement pas revenus, au moment de reprendre les airs. Dommage, comme on dit. C'est pas Ven's qui aurait pleuré. Ven's était bien heureux. Vivant, le ventre régulièrement rempli, et avec un nom plutôt propre.

~~~~~~~~~

Il allait donc, le jeune homme. Vaisseau à quai, quelques gallons en poche. Chacun partait de son côté, ou en groupe. Lui partit seul, à la recherche de la première chose qui l'attirerait, dans sa chère Vanylle puante et crasse. Oh non, non pas qu'elle le repoussa ! C'était sa vrai mère, d'une certaine manière. Il l'avait fui, elle et tous les enfants pouilleux qui en voulaient après lui. Mais en grandissant il s'était permis de revenir, avec une apparence, un nom, et une histoire différente de celle du môme en haillons qui l'avait quittée. Bien sûr, son œil crevé lui était resté. Cela se change difficilement, ces choses-là, même sous le bandeau noir qui encerclait sa tête, qu'il avait d'ailleurs rasée, avec juste une petite tresse en bas de la nuque. Mais pas trop de monde n'avait fait le lien - peut-être était dû à la petite barbe claire de trois jours qu'il avait souvent ? -, alors Ven's allait sans crainte. Toujours retrouver sa délicieuse Vanylle...

Ses pas le menèrent en premier lieu en direction d'une auberge. Une dont il n'avait pas encore franchi la porte, et qui était ô combien amusante : le Vent en Poupe. Pour un vaisseau échoué, hors d'usage, reconverti en lieu où boire... Comme c'était coquasse. Quittant la ruelle boueuse, il pénétra dans la grande salle, baignant bientôt dans les éclats de voix et les rires gras, accompagnés de l'odeur d'alcool, de renfermé et d'hommes, le tout complété par la familière visions de marins plaisamment installés, en viril ou 'charmante' compagnie... Voire les deux. S'installant tranquillement dans un coin obscur, le jeune pirate se contenta d'un geste du bras en direction du comptoir. Quant à s'il avait été vu, c'était une autre histoire. Mais il n'était pas pressé. S'affalant juste un peu sur sa chaise, de manière à ce que l'épée à sa hanche ne le gêne pas, il sortit un mince couteau de la manche droite de sa chemise - à l'origine blanche mais depuis longtemps grise, et rapiécée en de nombreux endroits, dont là où la lame du pirate avait aidé à abréger l'existence de feu le précédent propriétaire, c'est à dire dans le dos -, il s'amusa à le faire tourner entre ses doigts, sans quitter des yeux la salle. Il faut dire que ce petit objet de mort était son meilleur ami depuis quelques temps déjà...

Parmi ce ramassis d'adultes, il y en eut une qui semblait ne pas avoir sa place, se rendit-il compte. Une toute petite, qui se glissait entre les tables. Hop, des cheveux noirs rasant une table à gauche. Hop, une autre à droite. Ce petit manège le fit sourire, détournant son attention des plus grands, qui étaient à une distance respectable - minimum celle de la table, et de l'espace avec sa voisine -. Ven's fut donc amusé quand la touffe de cheveux finit devant lui, levant de grand yeux vers lui, alors qu'il devait baisser la tête tout en se penchant sur la table, faisant cesser la rotation de la lame. C'est qu'il avait bien grandi... Et ne se méfiait pas autant des marmots. Ils n'offraient pas trop de résistance, quand ils étaient tout seul.
"Tu as de l'or dans les yeux. Attention à ce qu'on ne te le vole pas." dit-il tranquillement, un léger sourire aux lèvres en la regardant. "Que veux-tu ?" ajouta-t-il sur le même ton.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Mar 20 Aoû 2013 - 13:48

Il est des périodes de sa vie que l’on regrette, souvent amèrement. De temps à autres, et surtout dans les moments de grande solitude, Jahde s’amusait à se rappeler ses souvenirs d’enfance. Ce qu’elle regrettait le plus ? Son œil droit, sans lequel sa vision de la vie était tout autre. L’appréhension des distances était chaotique, et n’importe quoi peut venir à sa droite sans qu’elle le voie. Malgré son jeune âge, il était loin, le temps où elle possédait toute sa capacité visuelle. Pourtant, quelques journées, comme celle-là, l’avaient marqué.

Il faisait plutôt humide et chaud, ce jour-là. Les pirates allaient et venaient dans l’ancien vaisseau qui servait maintenant de grande auberge. Beaucoup d’équipages revenaient à terre en même temps, revoir leurs familles, faire le plein de provisions, ou tout simplement boire un verre. Tant de visages et de personnalités différentes. Cachée dans les jupons de sa mère, ou bien derrière le comptoir, la petite brune aux yeux d’or passait presque inaperçu. Et, lorsqu’elle attirait l’attention, un peu trop parfois, les serveuses s’arrangeaient pour payer une fille de joie au pirate intéressé. Les employés du Vent En Poupe étaient un peu comme une grande famille, et ils gardaient tous un œil sur l’enfant. C’est avec une confiance infaillible que le gnome se faufilait entre les tables, entre les gens. Cet inébranlable courage fut brisé, des années plus tard, lorsqu’elle osa s’aventurer en dehors du bâtiment. Si sa mère l’autorisait à vagabonder à l’intérieur au milieu d’hommes sanguinaires, violents ou même pédophiles, elle lui avait toujours formellement interdit d’en dépasser le seuil. Ainsi, les seules visions qu’elle eut de l’extérieur furent les minces espaces entre l’ouverture et l’encadrement de la porte, et la vue que lui offrait la fenêtre de sa chambre. Ici, on ne touchera pas un cheveu de Jahde sans que sa génitrice en soit avertie. Et, si les employées étaient nombreuses, il en était de même des pirates qui, habitués à l’endroit, s’étaient pris d’affection pour la petite morveuse.

C’est donc ainsi qu’elle vivait à sa guise dans les quelques trois-cent mètres carrés qu’abritaient cette épave rénovée. Ce jour-là, la future borgne était boudeuse. Sa mère l’avait disputée car elle était entrée dans une chambre alors qu’une péripatéticienne y était en service. Si jeune, elle avait déjà vu bon nombre de scènes glauques. Des égorgements barbares aux petites gâteries sous la table un soir de grande beuverie, son esprit n’était plus vierge depuis longtemps. Car, si Vanylle était réputée pour ses auberges où l’alcool coulait à flot, elle l’était aussi pour son culte de la fornication. Tous les fluides corporels possibles et inimaginables, elle les avait au moins entraperçus, bien qu’elle n’en comprenne pas encore le sens. Donc, quand un jeune mousse entra dans la salle et fit signe pour qu’on vienne l’abreuver, une des serveuses proposa à la mioche d’aller prendre sa commande. Retrouvant immédiatement le sourire – l’innocence de l’enfance est telle qu’on l’envierait presque – elle se précipita vers le garçon en sautillant gaiement. Arrivée à sa hauteur après quelques zigzags habiles, elle écouta le monsieur sans broncher. Fronçant les sourcils en croisant les bras, elle répliqua, avec déjà un fervent répondant.

« Ma maman, elle dit que mon papa, il m’aime tellement qu’il a volé tout l’or du monde pour le mettre dans mes yeux. C’est vrai, hein ! C’est ma maman qui l’a dit. »

Avec un sourire radieux, les mains dans le dos, gigotant d’orgueil, elle prit une forte inspiration avant de reprendre son discours.

« Ma copine là-bas, – elle montra avec hésitation la serveuse au bar – elle veut savoir ce que tu veux boire. Parce que moi aussi je sais bien faire les boissons, même que je les fais mieux que touuut le monde à Vanylle. – lança-t-elle, avec un geste du bras pour montrer à quel point c’était immense. »

La jeune fille aux yeux ambrés attendait la réponse, sautillant sur place. La patience n’était réellement pas son fort.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Mar 20 Aoû 2013 - 18:28

Elle était attendrissante cette petite, donnant à Ven's l'envie de sourire sans raison autre que le spectacle de cet innocent enthousiasme et de ces yeux remplis d'or. Il ne s'en priva pas d'ailleurs, mimant de perdre vaguement l'équilibre sur sa chaise devant "l'immeeeeeense" de l'enfant. Mignonne comme tout, à jouir de la douceur de Papa et Maman. Cette charmante vision qu'il avait sous les yeux n'aurait pas tenu une nuit et un jour dans l'obscurité dehors. Est-ce que cela la rendait précieuse ? Ven's ne savait pas, si ce n'est que cela le changeait et lui faisait plaisir. Pas de sang, pas de viscères, pas de violence... Détendu, qu'il était, avec le coeur chantant. Demandant une choppe d'alcool à la fillette, il ne se contenta néanmoins pas que de dire cela.
"Quant à toi, je veux bien te croire ! Je n'ai jamais touché à un verre pour autre chose que le boire !" mentit-il gaiement tout en se redressant, avant de faire reprendre à son couteau ses galipettes entre ses doigts. "Y a bien qu'ça que je connais bien..." ajouta-il en indiquant la lame qui semblait se mouvoir de son propre chef, sans jamais lui entailler la peau, malgré que cette dernière porte les traces pâles de quelques anciennes coupures. "Mais je crois pas que cela me serve beaucoup pour préparer une boisson !"conclut-il en riant.
Le jeune homme songea alors que jouer du couteau avec une gamine près de lui n'était peut-être pas pour plaire aux adultes appréciant - et aimant - cette dernière. Aussi fit-il soudain cesser le mouvement pour planter aussi sec la lame dans le bois lourd de la table. Ce geste visait peut-être aussi à faire sursauter la gamine, le tranchant brillant d'un vif éclat grâce à la lumière de l'une des lampes, avant de se figer avec un bruit sourd dans le meuble, son qui claqua pendant un bref instant, avant qu'il ne soit englouti par le bruit de la masse humaine occupant le reste de la salle, par ses odeurs et ses multiples voix aux tonalités diverses. Observant pendant un instant son arme si tristement immobile, Ven's porta à nouveau son regard sur l'enfant.
"Dit-moi, ça te tente que je te montre ?" demanda-t-il avec une étincelle malicieuse dans son unique oeil. "Ramène-moi vite ma choppe si ça t'intéresse... Je te laisserais même choisir la cible." lui chuchota-t-il tout bas en se penchant.
Voilà qui le changeait bien des "jeux" de quand il était petit, où le gamin en face de lui était la "cible", pour dire gentiment... Ou sinon, quand le petit et affamé Dik était visé par les détritus et les quolibets qu'il lui balançait, pour le chasser, le faire fuir... Car quand il était en position de force et assez proche de l'autre, il ne lui en laissait pas trop le loisir.

Mais là il n'était pas question de faire la peau à une fillette agressive. Ven's avait
changé, et son nom était plutôt propre.

Le jeune pirate se remit plus droit sur sa chaise, un léger sourire aux lèvres, en considérant l'enfant. C'était à elle de voir si elle avait envie de jouer avec lui... Et au dépend de qui, ou  quoi.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Mer 21 Aoû 2013 - 14:50

Le jeune homme avait un don pour réagir en adéquation avec le comportement de la petite. Amusée, elle éclata de rire quand il sembla perdre l’équilibre sur sa chaise. Il était rare de voir ce genre d’attitude. La plupart lui adressaient des tapes affectueuses, lui frictionnaient les cheveux, la regardaient en souriant. Le mousse proposa d’apprendre à la serveuse néophyte à manier le couteau avec lequel il jouait depuis qu’il était arrivé. Excitée, la gamine se précipita vers le comptoir pour préparer la boisson, zigzagant entre les tables. Quelques minutes suffirent pour qu’elle revienne avec une choppe moussante et remplie, dont quelques giclées s’envolèrent lorsqu’elle se glissa à nouveau entre les clients. Posant le récipient dans un bruit claquant, elle s’assit juste à côté du pirate et gigota d’impatience.

« Alors, alors ! Montre-moi comment tu fais, montre-moi comment tu fais ! »

Bien vite, son regard se reporta à son visage. Cependant, un détail ne semblait pas à sa place. Et cela l’intriguait. Car, même si elle eut vu nombre de choses à en vomir tripes et boyaux, ce détail-là n’était pas anodin. Scrutant le garçon méticuleusement, elle remontait son torse de son regard doré. Ni les jambes, ni le ventre, ni les pectoraux. Le cou était indemne, la bouche serrée et fine … C’est alors qu’elle vit ce qui la mettait tant mal à l’aise. En effet, l’orbite gauche du matelot caché d'un bandeau. Pas une pupille, pas un globe oculaire, rien. Juste masque de cuir cachant un trou sanglant, et des veines, formant un réseau partant du cratère vers ses tempes, sa joue et sa mâchoire. Elle fronça les sourcils avec dégoût.

« T’as quoi à ton œil ? C’est dégueulasse ! Beurk ! »

Grimaçant de nouveau, elle y porta son doigt pour essayer de le toucher. Très tactile, et même si cela ne l’attirait pas, elle fut curieuse de sentir cet anomalie sous ses doigts. Mais à peine eut-elle frôlé les veinules gonflées que son doigt se retira aussitôt, écœurée par cette sensation étrange. Ses yeux d’or détaillèrent la pièce avec attention. Le soleil s’était abaissé à l’horizon, et on avait allumé les lampes à huile au milieu des tablées. Elles brûlaient d’un feu vif, et, se reflétant dans ses pupilles. Jahde s’imaginait alors, lors d’un abordage, le bâtiment ennemi en feu, s’élançant d’une corde sur bastingage ennemi, criant à gorge déployée. Voir tant de piraterie lui donnait envie d’en faire partie, et ce désir grandissait en elle. De toute manière, à Vanylle, il n’y avait pas grand choix de carrière : serveuse, pirate ou femme de joie. La mioche rêvait d’aventure, de grands voyages. Le vent dans les cheveux, grande, belle, courageuse. Et dans le reflet de ce couteau, qui était planté dans le bois, elle était comme une voyante prédisant son avenir. Reprenant la parole de sa voix de crécelle, elle lança :

« Moi, je veux pas faire de mal aux gens. Maman, elle dit toujours qu’il faut pas vouloir de mal à son prochain. Mais si tu veux, tu peux m’apprendre à faire des tournicotis avec le couteau ! »

Les yeux plissés de joie, le sourire étendu jusqu’aux oreilles, elle n’aurait su être plus pressée. Rester cloitrée toute la journée était ennuyeux, et l’on voyait souvent passer les mêmes têtes. Des loups de mer qui avaient cessé de voguer, et qui se reposaient dans la capitale de la piraterie. Elle entendait les mêmes histoires, les mêmes blagues, les mêmes rires. Plaçant tous ses espoirs dans cet inconnu, lui adressant des yeux ambitieux, elle attendit.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Mer 21 Aoû 2013 - 19:28

Ven's accueillit l'enthousiasme, la rapidité - et la choppe - de la gamine avec une expression ravie, pensant d'abord à s'exécuter, pour s'adonner bien plus tard au plaisir de la boisson. Mais alors qu'il se penchait pour lui présenter la lame, elle fit quelque chose à laquelle il ne s'attendait pas. Vraiment pas. S'intéressant à son oeil avec un dégoût non dissimulé, elle voulut... Le toucher au visage. Juste en dessous du bandeau qui dissimulait et protégeait à la fois, le cratère qu'un môme lui avait creusé dans le visage quand il était enfant, avec un tesson de bouteille.

Autant dire qu'il eut envie de planter son couteau dans cette main si curieuse, comme possible 'démonstration'. Puis la lui couper, pour être sûr qu'elle ne recommence pas. Cependant, la naïveté, et la curiosité qui imprégnaient le geste le retinrent. Ce n'était pas le mouvement de quelqu'un voulant finir ce qu'un autre avait commencé. Juste la fascination morbide d'une fillette devant une plaie qu'il était rare de trouver cicatrisée sur un vivant. Devait bien y avoir quelques cadavres par ci par là qui étaient devenus chair morte parce que quelqu'un avait décidé d'aller titiller leur cervelle en passant par les yeux.

La tête ailleurs après son observation, et bien trop attentive au bandeau et à ce qu'il y avait derrière plutôt qu'à l'oeil rescapé, la petite ne sembla pas prêter attention à la fixité soudaine de ce dernier, engendrée par son geste. Finalement, après un petit sermon maison, elle s'intéressa de nouveau au couteau.

Et Ven's se pliait de rire sur sa chaise, plantant à nouveau sa lame dans la table pour s'y accrocher, comme un ivrogne à sa bouteille - sauf que la choppe d'alcool était à coté -.
"Pas... Pas faire de mal ? Pas faire de mal aux gens ? A son prochain ? C'est ta Maman qui te dit ça ? Ha ha... !" hoquetait-il sans parvenir à la regarder, balloté par ses émotions tumultueuses, dont son rire en était l'expression incrédule.
D'une bêtise... Une telle déclaration lui paraissait une incroyable aberration à Vanylle. Si elle ne "faisait de mal" à personne, comment espérait-elle se défendre ? Parce qu'être inoffensives ne dispensait aucune femme d'être agressée, violée, mutilée... C'était même le contraire. Incapable de riposter, elle n'était alors bonne qu'à être une victime, une fois le pas de sa porte franchi... Quand elle avait une porte... Quand un pirate à sec ne pensait pas se faire quelques galons en pillant sa maison - prendre du bon temps n'était alors pas de refus, puisqu'elle refuserait de le blesser pour l'empêcher d'agir, et qu'un "s'il vous plait ne volez pas mes biens et laissez ma vertu tranquille" ne mettrait sans doute pas son sommeil en péril - ou que...

Tentant de reprendre le contrôle de sa respiration, le jeune Pirate tremblant et affalé sur sa table coula un regard en direction de la fillette... Avant d'être frappé par l'évidence. Bien sûr qu'elle croyait cette idiotie. Elle vivait dans une jolie auberge avec Papa et Maman. Pas comme lui. Etait-elle seulement déjà sortie de son petit havre de non-violence ? Même sans ça, elle avait du voir des choses, dans cette salle... Et elle avait pourtant cette idée-là. Stupide. Suicidaire. Qu'elle donne le couteau à son meurtrier revenait au même. Ou la clé de sa chambre à son violeur.

On devait veiller sur elle, sans qu'elle n'ait jamais à se salir. La pauvre et perdue petite innocente.

Cette réflexion lui permit de reprendre contenance et une certaine régularité respiratoire. Essuyant une larme de sa main libre, il lâcha le couteau, respira un grand coup, puis se pencha sur la fillette, approchant son visage du sien à une distance de deux paumes, tout en retirant son bandeau de l'autre main, laissant dégagée la vieille plaie que sa chevelure absente ne vint pas dissimuler. Qu'elle apprécie le spectacle, la curieuse.
"Ça, comme tu dis petite, c'est un oeil qui a été crevé. Et pas très proprement." commença-t-il doucement. "C'est à dire qu'une personne a pris un objet pointu, et me l'a enfoncé dans l'oeil. A de nombreuses reprises. D'une manière très maladroite. Plutôt que me faire souffrir pendant des jours sans trêve, je crois qu'il voulait me tuer. Mais comme je l'ai dis, il n'a pas été très précis. Donc plutôt que de mourir, j'ai eu très mal, j'ai perdu la vue du côté gauche et j'ai "ça" à la place de mon oeil." décrit-il gentiment et avec beaucoup de patience.
Peut-être était-ce une manière de lui donner un aperçu de "son" monde à lui, où il avait arrêter de ne plus vouloir blesser autrui à partir du moment où il avait eu faim, n'avait trouvé personne qui veuille bien le nourrir et découvert que le seul moyen de ne pas mourir à cause du trou sans fond dans son ventre était de batailler avec les autres, soit très tôt; ou encore une forme de revanche mesquine et injuste sur cette petite protégée qui avait la cervelle pleine d'un vent inutile, attirant uniquement pour ceux qui pouvaient se le permettre.

En tout cas, si l'enfant n'avait pas trop été obnibulée par la vision offerte et le récit macabre de Ven's, peut-être aurait-elle perçu le gouffre d'effaremment  qui avait béé dans l'oeil qui l'avait fixé tout du long... Même une dizaine d'années après, le choc causé n'avait pas totalement disparu. Enfoui, mais toujours là.

Parvenant à se détacher de ses propres paroles, le jeune homme se redressa avec un sourire, remettant en place son bandeau et revenant au coeur de l'enthousiasme de la fillette comme si de rien n'était. Négligemment, il fit disparaître sa lame dans la manche dont il l'avait tirée, avec un soupire navré.
"Mais puisque tu ne veux faire de mal à personne, ce que je pouvais te montrer ne te servirait à rien." dit-il avec regret, comme s'il était embêté d'avoir seulement évoquer cette possibilité devant une personne si raisonnable. "Quant à savoir faire tournoyer une lame... Cela voudrait dire que tu la manierais assez bien pour blesser quelqu'un !" conclut-il avec une expression choquée sur le visage.
Se détournant d'elle, il reporta son attention sur la choppe solitaire, la portant à ses lèvres pour savourer la chaleur que fit naître en lui la gorgée d'alcool. Sans avoir clairement exprimer un refus d'exécuter son 'innocent' souhait, il la laissait à présent libre de se raviser... Même si intérieurement, le garçon des rues souriait, attendant avec un doux plaisir de voir si la fillette insisterait... Et dans quel état son explication la laisserait.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Jeu 22 Aoû 2013 - 12:11

Son rire retentit, et fit presque écho dans la pièce tant il était énergique. Sous le coup de l’étonnement, la fillette écarquilla d’abord les yeux. Puis, voyant qu’il se moquait en fait d’elle, croisa les bras et regarda ailleurs, la mine boudeuse, sa lèvre inférieure passant par-dessus la supérieure, les sourcils froncés. Susceptible, elle l’était, comme toute femme qui se respecte. Mais encore plus quand on parlait de sa mère. C’était sa meilleure amie, sa protectrice, sa déesse. Lahna était tout ce que Jahde avait de plus précieux au monde. Elle était sa seule famille. Son père s’étant enfui après lui avoir déposé un gosse dans le tiroir, sa génitrice était donc – pour elle – la plus belle, la plus forte et la plus courageuse de toutes les mamans du monde. Ce qui expliquait sa réaction démesurée quand cet incongru lui manqua tant de respect. Le couteau grinçait sous les à-coups du garçon, qui se balançait comme un beau diable. Planté dans le bois, il chancelait au rythme du jeune homme.

Toujours, elle avait été chouchoutée, couvée et défendue contre les maux du monde. Pas une seconde elle n’a couru un réel danger depuis sa naissance. Sa mère ayant de nombreuses connaissances – elle s’était exilée d’Errande pour échapper au régime trop sectaire d’une famille stricte, condamnée à une vie de tailleuse de pierre – car elle vivait à Vanylle depuis son plus jeune âge. Ayant maintenant quarante ans, elle était la matrone d’une douzaine de serveuses, les considérant, au même titre que Jahde, comme ses propre filles. Et même les filles de joies faisaient partie de la famille.

Le patron, lui, un homme bâti comme une armoire à glace, le crâne chauve avec un cou trapu, portait une moustache et un bouc aux poils blancs. Personne ne lui cherchait des ennuis, car le vieux vaisseau dans lequel tout le monde buvait et riait était en fait le sien. L’histoire du Vent En Poupe n’était pas anodine, car cet énorme bâtiment dont l’équipage s’était perdu dans le courant de Grand-Vent et périt de faim était connu de tous. Seul, le matelot aurait ramené cette énorme machine – qui était habituellement manœuvrée par pas moins d’une cinquantaine de pirates – à Vanylle. Mais vous savez ce que l’on dit des histoires dans ce genre. Et tout souvenir se doit d’être embelli pour en faire profiter la réputation son possesseur.

Le jeune mousse semblait s’être calmé, regardant la fillette intensément. Les hommes qui étaient visiblement alliés au personnel de l’auberge le fixaient, l’œil en coin, aux aguets. Ils ne semblaient pas apprécier l’attitude du garçon, mais ne dirent mot. En revanche, un seul geste vers la petite et il se prenait une criblée de coutelas, poignards et autres hachettes. Puis il reprit la parole, plus doux. Il semblait compréhensif, comme s’il voulait enseigner quelque chose à l’enfant. Celle-ci n’en fit qu’à sa tête et lui tournait le dos, le même air grincheux au visage. Et cela pourrait durer longtemps. Silencieuse, elle laissa place au bruit qui régnait dans l’auberge. Pour une fois, il y avait une agréable ambiance.

La tension était cependant palpable, un geste de trop et cela tournerait en bagarre générale. Elle ne le regarda pas, ne fit même pas attention quand il enleva son bandeau pour lui montrer les vestiges de son œil perdu. Elle s’en fichait, il avait été trop cruel. Jahde serrait les dents, aussi bien pour maîtriser sa curiosité que pour ne pas lui coller un coup de coude afin qu’il la laisse tranquille. Puis, après de longues minutes de silence, il reprit de plus belle, prétextant que son apprentissage n’avait pas lieu d’être. D’un bond sur sa chaise, la gamine se retourna, prit un air frustré et devint légèrement rougeâtre. Elle n’appréciait pas qu’on lui refuse quelque chose. Encore des vestiges de l’éducation de sa mère, trop laxiste.

« T’es trop nul ! T’avais promis ! J’te déteste ! »

Une larme de colère coula le long de sa joue, alors que l’électricité dans l’air se fit pesamment sentir. Les poings se serrèrent, les doigts taquinèrent les lames et les gardes, ils étaient tous prêts à bondir. Faire pleurer la petite protéger de la maison, ça n’était pas tolérable. Tous regardaient en direction de leur table, insistant bien sur le jeune homme, lui faisant clairement comprendre que s’il refusait, il allait avoir de sérieux problèmes. La petite en usait et en abusait à outrance, si bien qu’elle obtenait souvent bonbons, gâteaux et autres pâtisseries de la part des pirates qui ne cherchaient pas d’ennuis après un long et harassant voyage. Jahde reniflait, avec des larmes de crocodile, attendant la réponse, comme la taverne entière, du garçon au bandeau.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Jeu 22 Aoû 2013 - 18:29

Le pauvre Ven's manqua s'étouffer d'amusement avec une nouvelle gorgée de liquide en percevant la tension croire avec la dégradation de l'humeur de l'enfant. Et tous ces regards qui le fixaient, comme autant de couteaux chatouillant sa peau... Juste parce que la gamine avait versé une larme et haussé la voix. Quant à la blessure qui avait éveillé d'abord son dégoût, elle l'ignora totalement, dans son humeur. Parce qu'il avait ri de ses propos ? Une petite chose à prendre avec des pincettes, et qui réagissait très mal au refus - alors qu'il n'avait même pas dit clairement "non" -. Il devait avoir vu juste : protégée, et même petite maîtresse des lieux.

Cela n'enlevait rien au fait qu'avoir tous les larbins de la fillette sur le dos ne serait pas pour lui plaire. Rester en vie serait même sans doute hautement improbable. Le terrain de la gamine, donc ses règles... Plutôt plier qu'être transpercé de toute part. se dit-il simplement. Et puis, ce n'était pas comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'elle insiste. Que des gros bras réagissent au moindre des excès émotionnels de la môme réduisait juste son champ d'action. Se redressant, délaissant la choppe, il observa un instant l'enfant, le regard vide et le visage flasque... Avant d'afficher subitement une figure souriant grandement, alors que son cher couteau refaisait son apparition dans sa main.
"L'alcool est bon, et tu le veux vraiment... Je ne vais pas faire mon difficile, après tout, j'aime beaucoup le manier celui-là !" s'exclama-t-il gaiement, l'oeil pétillant.
Une des choses qu'il avait bien appris dehors, que ce soit avec les autres gamins ou ses "camarades" pirates, étaient que montrer sa peur ou toute hésitation était le meilleur moyen de devenir le maladroit sur lequel les prédateurs fondent sans faillir. Que ce soit pour lui ravir sa nourriture ou sa vie - les deux étaient de toute façon plutôt liés -. Il s'orienta à nouveau vers elle sur sa chaise, la lame oscillant lentement entre ses doigts.
"Par contre, j'avais seulement parlé d'une démonstration, en échange d'un service rapide." fit-il tranquillement remarquer. "Donc à toi de voir sur quoi tu veux que ma lame aille se ficher. lui exposa-t-il à nouveau. Il laissa passer un instant, la regardant, alors que l'arme continuait son mouvement, mais reprit trop rapidement pour lui laisser le temps de râler. "Mais ! Mais je veux bien te montrer aussi quelques gestes simples à une condition. Juste une promesse. conclut-il avec bonne humeur, faisant tout à fait fi des observateurs attentifs, comme s'il n'y avait qu'une inoffensive petite fille et lui.
Il ne leva même pas le regard, ou un doigt pour indiquer leur auditoire, son attention toute entière tournée vers la gamine. A n'en pas douter, elle saurait ce qu'il allait évoquer. Tout en proposant ainsi son marché, Ven's rendit plus complet, plus ample, le mouvement de la lame. Hypnotique. Tentatrice. Tandis qu'il ne se départissait pas de son sourire bon enfant.
"Que tes amis ne m'en veuillent pas et n'interviennent pas si tu te coupes. Ce serait dommage qu'ils nous interrompent, et les coupures..." Arrêtant soudain le mouvement de la lame, ll déploya les grands doigts de son autre main, qui avaient eux aussi leur lot de petits traits blancs, en la montrant à l'enfant. "Faut pas s'étonner de s'en faire, quand on apprend à manier un couteau !" Et son ton était parfaitement détendu, même un rien moqueur devant ses cicatrices, vestiges de ses erreurs.
Depuis le temps, son adresse avec de telles lames avait largement mérité ces petites douleurs, en maint occasions et de bien des manières.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Mar 27 Aoû 2013 - 2:22

À peine eut-il réagi à la situation que la petite reprit un sourire radieux, presque amusée de voir que c’était encore elle qui avait gagné. Tous les hommes qui avaient les yeux rivés sur le duo se remirent à discuter et à boire, le brouhaha faisant place au silence pesant qui l’eut précédé. Jahde, les yeux de nouveau rieurs, se retourna et lui fit face en l’écoutant, attentive. Sa réaction ne l’étonnait pas – il agissait comme tout ceux à qui elle avait fait le coup – et l’inverse aurait été suicidaire. Même si elle le prenait pour un énième mouton qu’elle avait soumis à sa volonté, la petite avait comme l’impression que celui-ci était différent. Plus sournois, il semblait aussi penser beaucoup mais parler très (trop ?) peu. Balançant ses jambes avec impatience, elle s’agitait, envieuse de démarrer la leçon. Le borgne renchérit, effaçant le sourire de la jeune fille. Ses lèvres recommencèrent à se tordre, ses sourcils s’inclinèrent, lui donnant un air de chien battu. Sa bouche s’entrouvrit, mais le garçon, prévoyant, lui promit de lui montrer quelques pirouettes, arrachant un sourire victorieux aux lèvres de la morveuse. Demandant ensuite une promesse, le mousse piqua de curiosité la fillette. Ignorant les colosses tout autour, il lui demanda à ce qu’ils ne l’importunent pas. Arquant un sourcil, Jahde regarda le jeune garçon en soupirant.

« C’est pas ma faute, c’est des amis à ma maman. Ils veulent me protéger, comme je suis trop petite pour le faire toute seule. Mais d’accord, je leur dirait de te laisser en vie. – termina-t-elle en riant de bon cœur »

Derrière elle, un gros colosse, des bras comme des cuisses tatoués jusqu’aux poignets, une grande barbe rousse, les cheveux lui arrivant dans son dos, lança un regard de braise au jeune pirate, comme pour l’avertir, puis leva sa choppe en sa direction avec un sourire innocent. Ils l’avaient à la bonne, dorénavant. C’était comme si une confiance plutôt faible s’était installée entre les marins du Vent En Poupe et le néophyte. La gamine sauta fit de petits rebonds d’impatience sur sa chaise et tendit la main vers l’arme, tentant de la saisir.

« Allez allez, montre ! »

Toujours plus impatiente, elle en devenait presque insolente. D’un regard inquiet, sa mère la regardait, adossée à un mur, dans un coin de la taverne, murmurant quelques phrases à une serveuse qui était à sa droite. Fronçant les sourcils, elle regardait sa progéniture. Elle l’avait toujours élevée dans le respect d’autrui, mais la façon dont elle tournait ne lui plaisait guère. Se glissant jusqu’à la table des jeunes gens, elle se mit dans le dos du borgne et lui sourit. Malgré sa bonne trentaine, elle avait gardé le charme et la beauté de ses belles années. Ses cheveux châtains lui arrivaient aux fesses, et ils étaient noués dans une longue tresse. Ses yeux, d’un bleu azur, étaient la convoitise de tous les hommes avec qui elle avait passé la nuit lorsqu’elle était femme de joie. Posant une main légère et subtile sur l’épaule du matelot, lui susurrant sensuellement un « Merci » très calculé. Puis, s’approchant de sa fille, elle l’étreignit en lui déposant un doux baiser sur le front. Elle disparut presque aussi vite, demandant à Jahde, avant son départ, de rester sage. Néanmoins, ce n’était pas dans les habitudes de la gamine d’agir en fonction des volontés de sa mère. Mais la môme éprouvait un réel amour pour sa génitrice, et ne le cachait pas. Ses pommettes rougissaient, son regard pétillait. Reportant son attention à Ven’s, elle attendait.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Jeu 29 Aoû 2013 - 9:47

Il tint le couteau hors de portée de la morveuse trépignante. Ah mais ce n'est pas vraiment ce que j'appelle une promesse... Malgré le geste bon enfant du gaillard dans le dos de la gamine. Malgré l'impatience joyeuse retrouvée de la fillette. Malgré le 'merci' chuchoté par l'improviste par une belle créature... L'atmosphère des lieux lui était devenue moins plaisante. Même si le Pirate ne niera pas que l'attitude de la femme ne le laissa pas indifférent, lui faisant même monter un peu de rouge aux joues sous l'effet de la surprise. L'enfant fut étreinte, reçut même une recommandation... Ven's se demanda si dans "sage", l'adulte comprenait manier une arme.
"C'est la Maman dont tu parlais ?" demanda-t-il à mi-voix à la gamine alors que l'intéressée s'éloignait, avant de s'en détourner.
Elle réclamait à corps et à cri un couteau, alors il allait jouer de sa lame... Même s'il n'avait qu'une hâte, être débarrassé de la fillette, quoiqu'en disent sa figure et ses manières joyeuses. Etant donné les remous provoqués par la moindre de ses crises, il continua de faire son bouffon de longues minutes, montrant comme un grand frère - ce qu'il n'avait jamais été, mais il suffisait d'être attentif et d'afficher une éternelle bonne humeur bienveillante - à sa sœur comment tenir l'arme de telle manière que le pouce ne soit pas coupé au moindre mouvement un peu brusque, comment le manier quand le but était d’éviscérer ou d'égorger... Dès les gestes du Pirate semblaient trop rapides, certains regards s’aiguisaient alors, et il reprenait plus lentement des manœuvres donnant moins l'impression que l'arme allait finir par se planter dans quelqu'un.

La soirée avança tranquillement, les 'surveillants' se détendant à la vue de leur princesse ravie, à quelques exceptions près. La choppe de Ven's fut bientôt vide, mais il n'en demanda pas une autre. Que la question lui soit posée, et il répondrait tout simplement qu'être ivre, ne serait-ce qu'un peu, donnait naissance à des erreurs bêtes mais aux conséquences regrettables, lame en main. Néanmoins, il ne se dispensa pas de bailler discrètement à quelques reprises, jusqu'au moment où il jugea en avoir fait assez. Le couteau regagna sa main, puis sa manche sans être arrêté par la moindre protestation. Détendu, tout en affectant d'avoir les paupières un brin lourdes.
"Un p'tit peu de temps et d'entraînement amélioreront tout ça, mais j'arrête là. Et si je continue, je vais finir par faire une bêtise." conclut-il en baillant volontairement. La dernière remarque était bien entendu fausse. C'était l'ennui qui finirait par le pousser à une extrémité qui lui en coûterait assurément par la suite. "Et puis, pour voir du vrai maniement de couteau, rien de mieux qu'un abordage... A condition de pas en faire les frais." ajouta-t-il avec un clin d’œil. Dis-moi, y aurait-il encore une chambre pour la nuit ? J'aimerais changer un peu de ma couche... Je retrouverais son confort bien assez tôt." finit-il avec un petit rire.
Cela était vrai et faux à la fois. Bien sûr, il regagnera bientôt son vaisseau. Mais le confort... Il ne s'y était jamais attaché. Et rester une nuit ici pour sans doute revoir la fillette au matin ne faisait pas partie de ses plans. Ni dormir encore, d'ailleurs. Mais de cela, il ne souffla rien, affectant d'aspirer seulement à un peu de repos et de détente.
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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Dim 1 Sep 2013 - 10:41

Jahde avait remarqué que l’arrivée de sa mère eut un effet notable sur l’attitude du pirate. Il est vrai qu’elle était belle, avec sa robe blanche si légère qu’on aurait presque pu y voir au travers. Regardant sa génitrice s’éloigner avec un sourire admiratif, elle reporta ses yeux vers celui qui n’en avait plus qu’un.

« Oui, c’est ma Maman. C’est la plus belle. »

Un sourire amusé, presque moqueur, vint se poser sur les lèvres de la fillette. Maintenant qu’elle le savait, Jahde pouvait en user et en abuser. Mais le temps passa longuement, même si elle fut concentrée. Essayant de reproduire à la perfection les gestes de son professeur, elle ne manqua pas de se couper maintes fois, mais n’en dit rien, voulant paraître forte auprès de son « grand frère », mais aussi auprès des adultes de la taverne. L’entendant bailler à plusieurs reprises, elle lui donna des petits coups de coudes pour qu’il reste concentré. Néanmoins, au bout d’une bonne heure à s’entraîner, et lorsque la gamine eut fait assez de progrès selon son percepteur, il reprit le couteau qu’il cacha dans son vêtement de nouveau. D’un regard légèrement triste, la morveuse ne put s’empêcher d’en vouloir encore. Il est connu que les enfants ont une patience illimitée lorsqu’il s’agit de l’un de leurs caprices.

Ses paroles l’apaisèrent un tant soit peu, mais elle trépigna tout de même, souhaitant en apprendre davantage. Sa soif de savoir était sans fin, et au loin, sa mère la regardait avec un sourire attendri. Les autres gaillards qui l’avaient surveillée toute la soirée furent tout aussi gagas, mais ils ne dirent mot, jugeant que la patience du matelot avait été suffisante, doutant qu’eux-mêmes auraient pu en faire autant. Lorsqu’elle entendit parler d’abordage, des petites étoiles scintillèrent dans le doré des yeux de la fillette.

« Tu m’apprendras à faire des abordages, un jour ? »

En ignorant toutes les autres questions que lui avaient posées le mousse, préférant qu’il reste à ses côtés plutôt qu’il parte dormir. Mais il commençait à se faire tard, et quelques habitués avaient commencé à quitter le navire – c’était le cas de le dire. Le brouhaha devenait peu à peu silence, maintenant, des chuchotements fatigués débutaient leur règne dans la pénombre de la taverne. Dehors, il faisait nuit noir, et la lune était haut dans le ciel. Lahna vint chercher sa fille à la table, lui déposant un baiser sur la tempe avant de la soulever, un bras passé sous le ventre de la gamine. Souriant de nouveau au jeune pirate, elle ne put s’empêcher de le remercier, et de lui offrir le gite et le couvert pour la nuit et le lendemain matin. Mais son regard de lionne protectrice lui fit comprendre qu’à midi il devrait partir, sans quoi elle serait obligée de le virer. Un noble cadeau pour la tache ingrate qu’était d’occuper Jahde pour une soirée. Et, si elle avait fait ça avec tous les péons qui auraient amusé la chair de sa chair, le Vent En Poupe aurait fait faillite.

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Posté dans Re: Grand frère borgne, raconte-moi une histoire ! [PV Jahde]   - Dim 1 Sep 2013 - 20:05

Il accueillit la demande de la fillette d'un sourire las. Si innocente. Si ignorante. Le fait de l'imaginer lors d'un abordage lui fit juste se poser la question : avec ou sans ses pirates apprivoisés ? Ces derniers, bien que s'étant relâchés, n'étaient pas une menace que Ven's irait oublier juste parce que l'un d'entre eux lui avait souri. Et que la fillette en abuse non plus. Mais... Son terrain, ses règles. Et il comptait en tester les limites, si Vama et Ryun le lui permettaient... Façon de parler.

Du moins la mère de la môme eut la gentillesse de répondre à la question qu'avait ignoré son rejeton, après s'être saisi de ce dernier. Sourire, remerciement et même un geste noble, néanmoins teinté d'un impératif. Il inclina doucement la tête sans se départir de son visage avenant, acceptant sans rechigner. Une nuit offerte pour une heure à supporter la gamine, c'était déjà plus qu'il n'en demandait. Laissant juste derrière lui la choppe vide, il se faufila entre les tables et les gros bras qui les occupaient jusqu'à l'escalier qui lui fut indiqué comme menant à l'étage. Bâillant une dernière fois pour la forme, il s'y engagea. L'endroit, bien qu'étant aménagé comme une auberge, demeurait un vaisseau. L'absence du murmure caractéristique du vent sur lequel aurait dû glisser la coque était étrange. Il n'y songea pas longtemps, le temps d'atteindre les chambres.

Dans quel état d'esprit était-il donc ? Exerçant un saint contrôle sur ses émotions. Être gentil avec l'enfant. Sourire, pas agressif. Même si elle l'avait utilisé comme un jouet curieux ramassé dans boue. Mais à présent qu'il régnait plus de calme, et qu'il était seul - sauf la petite foule en dessous -, plus vraiment besoin. Le sourire retomba comme le bras d'un cadavre. Cette pensée l'obsédait un peu : protégée de tout dans sa petite auberge, à faire des caprices avec les clients attirant son attention d'enfant. Si différente. Si fragile. Peut-être aurait-il pu juste en rire puis passer à autre chose... Mais il avait envie de piquer doucement cette sûreté. Juste de la pointe de son couteau.

Stupide, mais il ne comptait pas vraiment revenir. Il avait gardé son nom tout propre à lui. Peut-être ne serait-il pas trop sali.

Passant devant les portes, il tendait l'oreille. Pas de ronflements, encore trop tôt... Il ne pensait pas la trouver parmi celles louées aux clients. Montant encore un peu, il tâta des poignets, jetant un coup d’œil. La tresse battait légèrement dans sa nuque. Le couteau que les lampes d'en dessous avait tant éclairé dans la soirée vint se glisser dans sa main. Là... Atmosphère différente ? Il hasarda un peu plus la tête. Oui, sûrement ici. Semi obscurité d'une chambre inoccupée. Pas la sienne. Celle de la petite, il pensait bien.

Il laissa son regard se balader sur ce qu'il distinguait, notant le hublot dans l'un des murs. Comment était-ce, une chambre pour soit quand on est petit ? De la nourriture quand on a faim, dont on a pas à mordre les mains qui la détiennent ? Là n'était pas son intérêt du moment, et il ne devait pas traîner, car ça, ça aurait vraiment été stupide : l'attendre dans sa petite chambre pour lui dire... Quoi ? Bonne nuit ? Non, il préférait s'éclipser au plus vite. S'approchant du lit, il en souleva l'oreiller pour pratiquer une fente dans le matelas. Faisant de même avec le cousin, il glissa ensuite le manche du couteau dans le premier trou, puis fit s'empaler l'oreiller sur la lame. Une idée dont il ne saurait peut-être jamais les conséquences. Mais présentement, il voyait, espérait la chose ainsi : qu'elle pose simplement sa tête, et elle s'y piquerait plus ou moins fort avant que la douleur ne la fasse se redresser; qu'elle y pose sa main, et même scénario, avec peut-être de meilleurs résultats. Tout dépendait du geste, de sa distraction... Ensuite, elle pouvait aussi déplacer son oreiller, sentir de la résistance et... Tant pis.

Un couteau en moins. Mais il en avait encore d'autre, enlaçant sagement son torse et ses avant-bras. Remettant la couche comme s'il n'y avait pas toucher, il s'approcha du hublot, l'ouvrit, et sortit. Après moult mouvements pas vraiment agréables, dû à l'étroitesse de l'ouverture. Il eut au moins pour récompense, quand il lâcha prise une fois dehors entièrement, d’atterrir sur quelque chose de mou... Et de vivant.

Un cri étouffé de stupéfaction, alors que la chute le faisait s'écraser sur quelqu'un. Pas très confortable, mais mieux que le sol. Se redressant rapidement, il adressa un flot d'excuses maladroites et idiotes à l'attention du tas nauséabond qui débita à son encontre quelques injures en réponse, en se relevant douloureusement. Cela eut pu s'arrêter là, lui disparaissant vite fait dans Vanylle trouver d'autres plaisirs. Sauf que le regard de l'inconnu accrocha le sien, et que ce dernier n'y fut pas insensible. Mais vraiment, pas du tout. Il en fut même bouche-bée, le gars. S'attardant trop sur le visage difficilement visible dans ce semblant d'obscurité. Le sourire de Ven's s'élargit sans qu'il y réfléchisse.
"Tu, t'es..." hoqueta soudain le type.
"...Tu t'es cogné la tête ?" demanda innocemment le jeune pirate, très attentif.
Le bonhomme ouvrit des yeux ronds, vu que Ven's s'était avancé d'un pas. Et ce que ce dernier croyait comprendre ne lui plaisait. N'aimant pas douter et gardant une main dans l'ombre, il releva de l'autre son bandeau, dévoilant son œil balafré.
"T'es l'gamin !" glapit son interlocuteur en reculant. "C'lui qui bouf... !"
"Chut." murmura Ven's en lui plantant un couteau dans le torse.
Accompagnant le mouvement, le pirate se jeta sur l'individu. Peu lui importait que l'autre puait. Peu importait que l'autre était sale. Cela indifférait Ven's, car l'ayant caractérisé à une époque. Non, pas lui. Le gamin évoqué. Et de ce gamin il ne voulait plus entendre parler, et connaissait une bonne méthode pour faire taire les gens : un baiser. A pleine bouche et à pleine dent. Ce qu'il fit en tombant avec l'inconnu, se tordant le cou pour mordre, tout en appliquant tout son poids sur le torse de l'homme. Le sang jaillit, avec un cri étouffé qu'il avala goulûment, tout en saisissant le couteau, l'arrachant de la plaie en fendant davantage de peau, avant de planter comme il le devait la lame dans le cou dénudé, alors que deux mains s'élançaient pour l'étrangler.

Frapper, frapper, frapper. Les mains étaient devenues faibles bien avant qu'il étouffe.

Silence, silence. Il ne faut pas déranger la petite fille.

[RP Terminé]

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