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[RPI] Autant en emporte Grand Vent.

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Posté dans [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Mar 10 Juin 2014 - 12:59

«Pas ici. Mettez les boulets ailleurs. Pas vous, les projectiles, sombres crétins. Très bien. Vous préviendrez Cynydd. Dites-lui que le vaisseau est paré au combat, et dites lui de venir me voir. Allez voir le pilote, et dites lui de se mettre sur la trajectoire des transporteur d’ithylium raffiné. Et évitez les Avranai. Sinon Toma va encore larguer toutes nos bombes dessus. Disposez.»

Jaasau retourna à la proue du vaisseau, scrutant les cieux brumeux droit devant. Le Pourfendeur évoluait sans cesse dans les nuages les plus épais, pour dissimuler toute présence. Cela faisait… de nombreux jours qu’ils étaient en vol. Fidèles à leur réputation. Quand le Pourfendeur disparaissait, c’était pour de bon. Quand ils frappaient, c’était aussi rapide que l’éclair. Ils ne laissaient ni traces, ni survivants. Un dangereux fléau, qui sévissait depuis des années dans les cieux. Son nom inspirait la terreur. Ou l’admiration. Parfois les deux en même temps. L’élite des pirates se trouvait sur ce vaisseau. Pourquoi était-il le meilleur pour se former ? A cause de la vie atroce qu’un mousse y menait. Traité comme un étron, obligé de s’occuper des pires tâches, et évoluant près des pires tueurs que ce monde ait engendré. Qu’ils soient Matrosciens exilés ou sang-mêlés, leur propension à donner la mort était reconnue de partout, et de fait, un critère décisif. Ils étaient libres de partir quand il le voulait. Mais quel autre leur vaisseau leur offrait autant de liberté ? Malgré la tyrannie de beaucoup d’officiers, ils avaient tant de choix possible, et le droit d’assouvir toutes leurs pulsions meurtrières. Sadisme, cruauté, violence, insanité, abus innombrables… Le Pourfendeur abritait des monstres, qui se déversaient sur vous comme le crachat d’un démon dès qu’ils en avaient l’occasion.

Malheureusement… Jaasau se sentait terriblement frustré, depuis un moment déjà. Il vouait une gratitude sans limite à Sorcor depuis son admission sur le navire. Grâce à cet homme, étrange, hautement sadique mais d’une intelligence rare, il se sentait entier. Il se vouait à ses danses comme il le voulait, et avait appris à diriger des hommes. Il avait appris à être stratège autant qu’assassin. Il avait appris à vivre, tout simplement. A être libre, et à laisser dans les cieux la marque sanglante du passage du vaisseau. Tous les autres avaient bridé ses pulsions, l’avaient empêché d’assouvir ses besoins principaux : danser, danser et virevolter au milieu des corps, faire couler des fleuves de sang en hommage à celle qui depuis qu’il était enfant, le berçait de ses murmures doucereux, le tirait de son sommeil quand il dormait trop profondément, où le faisait halluciner quand il était blessé et avait perdu trop de sang. Elle était là, par tout, et s’il pouvait presque l’étreindre aujourd’hui, c’était grâce au Pourfendeur, et à son capitaine. S’il était Second, c’était en outre par sa loyauté indéfectible. Si Jaasau était quelqu’un de dangereusement instable, psychotique et vicieux, il n’en demeurait pas moins d’une fidélité absolue envers le capitaine et son équipage. Un peu comme sa famille malgré les fréquentes bagarres au sein de l’équipage. Il vivait grâce à eux, après tout.

Mais quelque chose s’était passé. Quelque chose qui dérangeait beaucoup le second. Le Capitaine s’enfermait dans une atmosphère sombre, impénétrable. Il brillait par son absence et depuis plusieurs mois, c’est lui qui gérait le vaisseau. Quand il recevait des directives il s’empressait de les suivre, mais fidèle à l’idéal du Pourfendeur, il pouvait fort bien se passer d’ordres : il les anticipait depuis pas mal de temps. Quelques membres de l’équipage, qui vénéraient presque le capitaine, voyaient ça d’un très mauvais oeil. Ils pensaient que le Baron Noir voulait l’évincer. Qu’il voulait prendre sa place, par convoitise. Etaient-ils donc aveugles à ce point ? Tout ce que voulait Jaasau, c’était accomplir la volonté du vaisseau en lui-même. Il voguait dans un but précis : semer la mort, le chaos, la destruction, et retrouver les trésors perdus de Rhodia. S’imposer dans le monde de la piraterie (ça à la limite c’était presque fait), et devenir les plus craints. Impériaux sur terre comme dans les nuages. Que la simple mention du nom du vaisseau fasse faire pipi dans leurs culottes à ces ivrognes et couards qui peuplaient Vanylle. Et si pour ça, il fallait se débarrasser d’une gêne qui chaque jour, se ternissait, dépérissait, devenait plus encombrante… Alors soit…

Jaasau fut interrompu dans ses réflexions par l’arrivée de son lieutenant et ami, Cynydd.

«Cynydd. Le vaisseau va avoir besoin de changement. Tu le sais comme moi, le capitaine n’est plus qu’une ombre. Certains de nos matelots ne connaissent même pas son visage. Nous ne pourrons pas aller de l’avant tant que ça dure. Tu vois ce que je veux dire ?

-  Il y a bien longtemps que je n'ai pas vue Sorcor, il est vrai... il passe le plus clair de son temps enfermé dans sa cabine…

- Exactement. Si nous n’étions pas là pour gérer ce vaisseau, il sombrerait dans Grand Vent, l’oubli, et au lieu d’inspirer la crainte, nous serions simplement hués et traités en déchets. Et tu sais aussi bien que moi que c’est hors de question.»


Jaasau se tourna vers lui et braqua un regard brûlant sur son subalterne et ami. Il avait une mine grave, pensive, et surtout, déterminée. Une chose rare. S’il était un meneur d’hommes brillants, il n’avait jamais la tête de celui qui s’apprête à donner la date de la fin du monde. Jamais. Il lâcha un bref soupir, et lâcha ensuite la bombe qu’il contenait :

«Je vais prendre sa place. Il ne nous sert plus à rien. Le Pourfendeur, l’équipage… ils méritent mieux que ça. Toi tu passeras premier lieutenant. Tu es un atout précieux. Il est temps qu’il prenne une retraite définitive, et nous laisse mettre Grand Vent à feu et à sang. Me suivras-tu, Cynydd ?

- Je vois que c'est une décision mûrement réfléchie... bien sur que je serai avec toi mon ami ! Il est temps que le Pourfendeur prenne de l'ampleur. Compte sur moi, mais sache que si tu échoue je serai le premier à te jeter par dessus bord Jaasau.

- Tu sais très bien que l’échec ne fait pas partie de mon vocabulaire. Merci Cynydd. Tu peux retourner bosser.»


Il laissa Cynydd retourner à ses occupations, et esquissa un fin sourire. Le mauvais temps qu’engendrait la présence du Pourfendeur… allait se transformer en orage de rage et de sang. Les hommes du vaisseau, violents ? Des tueurs sans foi ni loi ? Mes pauvres, vous n’avez rien vu… Le vent tourne. Et celui qui le fait souffler, c’est un faucheur ôtant les vies plus souvent qu’il ne respire.

Enfin, le Pourfendeur allait pouvoir être le vaisseau qu’il avait toujours voulu être. La Terreur et la Mort incarnées.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Ven 13 Juin 2014 - 13:43

Le vent hurle. Même le pourfendeur, solide navire, a du mal à résister aux bourrasques impétueuses frappant coque et voiles. Les seuls pirates sur le pont sont ceux qui ont des tâches capitales à accomplir, et le pilote. Les autres travaillent à l’intérieur, refusant de prendre le risque de se faire emporter. En plein orage. Les fourches électriques zèbrent l’espace, transformant le paysage sombre et brumeux en cataclysme de noir et de blanc, éblouissant un temps, opaque et obscur le reste du temps. La meilleure cachette de ce navire : les tempêtes. Quoi de mieux que la sauvagerie élémentaire, la puissance du vent et l’obscurité à l’intérieur des nuages de plomb pour dissimuler sa présence ? Ne sentez-vous pas, misérables êtres humains, la toute puissance céleste, le risque réel de mort et les voiles nébuleux de la Faucheuse, rôdant autour de vous, prête à vous saisir à la moindre imprudence ? L’adrénaline circule à pleine puissance dans le corps de chacun des pirates présents à bord. Jaasau n’est pas épargné lui-même pas cette agitation électrique, ce bouillonnement sanguin. Un régal terrifiant. Une seule erreur, et vous êtes transpercés par la colère divine.

Dans les cales, quelques silhouettent discutent, à voix basse. Impossible de saisir ce qu’ils racontent, tant qu’on est pas au milieu du groupe. Les grondements furieux du tonnerre coupent toute possibilité d’écoute indiscrète, et leurs voix ne le couvre pas. Volontairement. Ils se forcent à attendre les brèves accalmies du ciel pour pouvoir parler. Que manigancent-ils… Révolution. Mutinerie. Retournement. Le Pourfendeur des Vents va subir ce qui n’a jamais été tenté auparavant. La prise du pouvoir par la force. Indigne de diriger, Sorcor, abîmé dans un silence mutique, dans le confinement de sa cabine, s’est lui-même mis en position de proie, et non plus de chef de bord. Son comportement n’est plus celui d’un capitaine. Mais plutôt celui d’un spectre, d’un être abandonné à lui-même, incapable d’avoir des relations avec ses hommes, incapable de les mener vers le sang, la gloire et la force. Il n’est plus qu’une gêne, un fardeau emblématique, dont le nom n’effraie plus que ceux qui ne le connaissent pas. Si à bord la crainte de cet homme mystérieux subsiste, surtout pour les nouvelles recrues, les plus anciens, les plus lucides, savent pertinemment qu’il est temps de passer à autre chose. Oui, il a fait son temps. Et la loi pirate est claire : la mort. A cause de sa faiblesse, celui qui jadis portait le nom de Terrible, ne sera plus que souvenir. Et l’instant de sa disparition se rapproche, d’heure en heure, de jour en jour. Soyez prêts, membres de l’équipage. Choisissez votre camp, vos idéaux. Supporterez-vous encore cette infamie, la mort douce d’un équipage connu pour être le fléau de Grand Vent, la Peur incarnée ? Ou suivrez vous le Baron Noir, instigateur de cette révolution ?

«On va pas tarder. Si vous êtes là, c’est que vous aussi, vous en avez marre. Sorcor va danser pendant un petit moment… Il faut s’organiser. Cynydd déploiera ceux qui nous ont suivi sur le pont principal et inférieur. Une fois que ça sera fait… On lancera l’assaut. On est pas si nombreux que ça, mine de rien, donc il risque d’y avoir des pertes. Soyez discret. On utilisera l’orage comme couverture. Le bruit couvrira les cris et les sons de lutte. L’obscurité sera notre manteau. Je m’occupe personnellement de Sorcor. Cynydd quant à toi, une fois que tu auras donné tous les ordres adéquats, tu t’occuperas de Marcellus. Il est loin d’avoir perdu la vigueur de sa jeunesse.»

Les hommes approuvèrent en silence. Malheureusement, ils étaient effectivement peu nombreux. Une quarantaine, à peu près, et seuls les mieux gradés et les plus anciens membres étaient là. Soit une dizaine de personnes. Rassembler quarante personnes dans les soutes aurait paru un peu suspect. D’autres, gradés, étaient également restés sur le pont pour continuer à transmettre les ordres, comme si de rien était. Et l’orage avait pas mal accaparé l’attention générale, leur offrant la possibilité de se cacher ici.

Pendant de longues minutes, chaque pirate exposa son point de vue, la meilleure façon de procéder selon eux. Beaucoup avaient des liens plus ou moins étroits avec des partisans de Sorcor. Les mousses étaient les moins susceptibles de les déranger. Ils venaient d’arriver, et avaient aussi peur du Capitaine que du Second ou des Lieutenants. Ils ne se mêleraient même pas à l’assaut, quel que soit le camp. Au mieux ils se terreraient derrière un tonneau ou un mât en espérant que personne ne leur tombe sur le poil.

A la fin de cette petite entrevue, plusieurs choses avaient été décidées : Sorcor serait maintenu dans sa cabine par Jaasau, le temps que les autres pirates se débarrassent des partisans les plus dangereux. Environ une cinquantaine de personnes. Ensuite, Jaasau remonterait avec lui, après l’avoir neutralisé, pour lui montrer l’état du navire, de l’équipage, et les conséquences de ses actes totalement inexistants. Et pour finir, il le balancerait par dessus bord. Tous les détails étaient minutieusement préparés, à la seconde près. Ils s’attendaient bien à quelques imprévus, mais rien qui ne puisse réduire trop fortement leurs chances de succès. Ils décidèrent de mettre fin à la réunion, chacun fourbissant ses armes en vue de la prochaine, qui serait celle où le pouvoir changerait enfin de main, et avec lui, l’avenir du Pourfendeur.

«Retournez vaquer à vos occupation. Vous allez finir par vous faire remarquer, et dans cet orage, nous avons besoin du plus de bras possibles. Nous allons rester dans l’orage plus longtemps que prévu. Résistez, mais économisez un maximum vos forces. Vous allez en avoir besoin.»

A intervalles d’une quinzaine de secondes environ, chaque pirate quitta la soute pour se rendre sur les ponts supérieurs, afin de continuer l’entretien du vaisseau, et celui des gréements. Jaasau et Cynydd furent les derniers à partir, bien après tout le monde.

«Nous passerons à l’action dans une petite semaine. Prépare tout le monde Cynydd. Et prépare-toi également. Ta force va nous être plus qu’utile.»

Quand ils quittèrent la salle, aucun d’eux ne remarqua le double éclat jaune, brillant entre deux piles de tonneaux. Aucun. Un regard sournois, brillant d’une intelligence malsaine et intense. Après quelques minutes, Sorcor le Terrible quitta sa planque, remontant dans sa cabine. Il avait eu raison de s’inquiéter de la loyauté de certains de ses éléments… Il était temps de préparer une contre offensive.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Mar 17 Juin 2014 - 6:45

Dans l’ombre d’une cabine mal éclairée, où ne sont présents que quelques hommes. Des hommes de confiance. Des hommes présents sur le Pourfendeur depuis trop d’années pour seulement songer à trahir Sorcor, fusse-t-il le plus absent des capitaines. L’avantage est qu’être espionné ici est totalement impossible. Misérable Jaasau, tu pensais pouvoir renverser le pouvoir en place depuis tant de temps juste en consultant quelques amis ? Tu es a des lieues d’avoir le profil d’être un capitaine. Le Pourfendeur des Vents est à Sorcor, et à personne d’autre.

Personne ne se doutait, qu’il s’agisse du Baron Noir, de Cynydd, ou de tous les autres hommes présents au rassemblement dans les soutes du vaisseau, qu’ils avaient été démasqués, et que la contre offensive allait être sévère. Pour eux, le fait de garder son comportement naturel était primordial. Le plus important, était de continuer à effectuer son boulot, sans laisser échapper la moindre allusion, même infime, au dialogue qui avait eu lieu quelques jours auparavant. Le Pourfendeur volait toujours en plein orage, ce qui rendait de toute façon la communication difficile. L’humeur était maussade, les nerfs à vif. Si Jaasau comptait sur ce détail mental pour alimenter la haine et l’esprit révolutionnaire des matelots, Sorcor, dans son coin, s’en servait tout aussi bien, voire même mieux, pour insuffler de manière insidieuse la colère, la rage même, dans le coeur de ses hommes, afin que sa contre attaque soit la plus violente et efficace possible. Si tout se passait bien, il n’aurait même pas besoin de sortir de sa cabine, les problèmes se règleraient eux-mêmes. Et l’arme principale de Jaasau, l’orage, finirait même par se retourner contre lui.

«Vous savez ce que vous avez à faire. Faites-le rapidement. Progressivement. Sapez leur force, tuez leur moral. L’orage est avec nous pour ça, nous allons lui donner un petit coup de pouce. Et surtout, ne laissez pas ces petites merdes croire qu’ils peuvent, avec seulement quelques hommes et instructions, détrôner Sorcor Le Terrible et ses amis. Disposez.»

Dispersion. Rapide, calme et dans le silence le plus total. Relatif ceci étant. L’orage couvrait de toute façon tous les bruits environnants. Et la réunion ayant eu lieu pendant un quartier libre nocturne, il y avait très peu d’hommes encore présent dans les entrailles du navire. L’entretenir pendant ce temps de chien est particulièrement épuisant. Ils dormaient autant qu’ils le pouvaient, les seules exceptions étant les vigies et les tours de garde.

L’atmosphère vue de l’extérieur était particulièrement étrange. Chaque “camp” avait ses tâches à accomplir, ses idées et sa mission. Chaque mission impliquait l’échec de l’autre. Si un camp réussissait à accomplir ses objectifs alors l’autre passerait par dessus bord sans sommation. Et pourtant tout se faisait dans la plus totale des coopération. Si deux matelots étaient soit dans le camp de Sorcor, soit dans celui de Jaasau, ils bossaient quand même de concert afin que le navire continue d’être piloté, géré, et entretenu, sans jamais révéler les projets mis en forme par le capitaine d’un côté, et le second de l’autre.

---

La contre offensive de Sorcor ne fut pas brutale, comme on aurait pu s’y attendre. Ce fut, à l’image du capitaine, une stratégie retorse, calculée soigneusement, faite pour détruire les forces de Jaasau et le moral de ses hommes bien avant qu’il ne songe même à passer à l’assaut.

Il faisait sombre. Vraiment très sombre. Il y avait du bruit. L’orage et son tonnerre rugissant, la pluie battant les plaques métalliques formant le renforcement du vaisseau et les réservoirs à kerolium. De fait, les pauvres matelots entassés sur les couchettes ne virent rien arriver. Ni les autres marins, ni même les lames qui virent leur sectionner, simultanément, proprement, la gorge. Quelques minutes plus tard, leurs corps avaient disparus, remontés sur le pont principal et balancés dans Grand Vent.

Inutile de s’attaquer aux têtes pensantes. Sans main d’oeuvre, une entreprise ne pouvait fonctionner. C’était exactement le même principe ici, à savoir que Jaasau et Cynydd n’arriveraient à rien si jamais ils n’avaient pas d’hommes pour mener l’assaut contre les hommes de Sorcor, et le capitaine lui-même.

La première nuit entraîna ainsi sept victimes dans les courants furieux de Grand Vent. Et le climat le lendemain, pendant une brève accalmie, était… tendu. Tout le monde travaillait à son poste. Sauf ces sept personnes. Et des questions commençaient à être posées.

«Baron. Malvin, Ross et Lars sont totalement introuvables. On a fouillé tout le vaisseau, que dalle. Et m’étonn’rait qu’y s’soient paumés dans l’vaisseau. Ca fait trois ans qu’ils sont là, y l’connaissent. J’crois qu’y sont au courant.»

Ces pensées, chargées d’une inquiétude visible, étaient très inquiétante. Le regard du Baron, présent à la proue, effectua un large mouvement, sondant chaque marin présent, du pauvre mousse aux vigies, en passant par les gabiers, les canonniers, les techniciens. Tous ne montraient rien. Pas une ombre d’émotion présente sur leur visage pouvant trahir leur culpabilité. Si Jaasau connaissait le nombre d’hommes présents sous son étendard, il ne connaissait pas forcément leur identité. Et il ne connaissait qu’encore moins la totalité des hommes de Sorcor. Seuls ceux qui étaient avec lui depuis longtemps comme Marcellus par exemple, étaient clairement identifiés. Un climat de menace et d’inquiétude s’était installé sur le navire.

«Soyez vigilants. Dormez d’un seul oeil. On ne sait pas qui est avec qui, ne vous déplacez pas seuls dans les corridors du vaisseau. Et surveillez attentivement les mouvements de ceux en qui vous n’avez pas forcément confiance. Retournez travailler.»

Jaasau soupira. La riposte du capitaine était.. très sale. Et il fallait s’attendre à d’autres pertes.

Pour cause, la nuit suivante entraîna trois autres disparitions.

Celle d’après, cinq.

La troisième, deux.

Agir devenait urgent, malgré le manque de préparation. Car si les effectifs de Jaasau s’amenuisaient, ceux de Sorcor, eux, se rassemblaient. Quelques uns des hommes volontaires pour la mutinerie dirent même qu’ils lâchaient l’affaire, ne voulant pas disparaître. Si l’aura du capitaine s’était affaiblie, elle revenait en force. Voilà qu’il imposait à nouveau la terreur, sur tout le navire. Seuls les plus hardis n’étaient pas affectés par cette atmosphère.

Et dans sa cabine, rayant les noms sur un parchemin au fur et à mesure des nuits qui passaient, Sorcor jubilait. Il allait tuer cet esprit révolutionnaire dans l’oeuf. Et son Second… L’équipage se chargerait de lui. La haine d’avoir entraîné des matelots là dedans, la responsabilité qu’ils lui mettraient sur le dos… Ha. C’était une victoire assurée.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Mer 18 Juin 2014 - 5:03

«Entre, Jaasau.»

Le Baron pénétra dans la cabine spacieuse, jetant des regards sur toute la surface de la pièce. Sorcor le Terrible était derrière ce qui ressemblait à un bureau. Vu la masse de papiers qui s’entassaient dessus, c’en était même certainement un. Il ne savait pas pourquoi il était ici, convoqué par le Capitaine, alors que ça n’arrivait presque plus depuis des mois. Enfin… On ne peut pas dire qu’il n’avait quelques doutes. Le climat sur le vaisseau était tendu à l’extrême. En outre, il était persuadé que c’était lui qui mettait des bâtons dans les roues des révolutionnaires. C’était obligé. Personne n’avait été mis au courant, et le seul sur ce fichu rafiot qui arrivait à tout savoir sans jamais sortir de sa cabine était sous ses yeux, le fixant d’yeux jaunes brillants de malveillance. A cette idée, l’estomac du Baron, chose rare, se noua brutalement. Il était seul ici. Il ne s’était jamais battu avec son capitaine, mais s’il était le chef du Pourfendeur et que tout ce temps, personne n’avait remis en cause son autorité, c’est qu’il devait être aussi bon stratège que combattant. Et dans cette pièce, Jaasau se sentait comme un fauve qui s’est jeté lui-même dans la cage.

«Un problème, capitaine ?

- On m’a glissé à l’oreille qu’il y avait quelques problèmes sur le vaisseau ces derniers jours… tu es au courant ?»

Evidemment qu’il l’était ! Chien vicieux, ces problèmes, comme il le disait si bien, il en était à l’origine ! Les mâchoires du Baron Noir se serrèrent de façon notable. Il ne pouvait pas mentir. D’un autre côté, s’il disait la vérité, il avouerait du même coup ne rien faire pour ce “problème”. Il avait clairement signifié à ses partisans de ne rien faire, de se conduire comme si tout allait bien. Seulement d’observer. En temps normal, ils auraient juste traqué les coupables potentiels jusqu’à les débusquer, puis les auraient mis à mort. Cette simple question le mettait dans l’embarras quelle que soit la réponse. Il tenta cependant une feinte, qu’il savait particulièrement stupide. Sorcor ne lui laissait pas le choix.

«… Oui. Des disparitions. Toutes les nuits des pirates disparaissent sur le vaisseau, et on arrive pas à remettre la main dessus. Généralement des mousses ou des matelots non gradés. Les coupables opèrent avec trop de discrétion, j’ai demandé à tout le monde de rester attentif. Inutile de secouer tout le vaisseau, ils arrêteraient aussitôt. Et on pourrait pas les retrouver.

- Hm… C’est une bonne idée mais...»

Sorcor se leva, fit le tour de son bureau, et alla fouiller dans les amas de paperasses qui s’entassaient sur des étagères de bois. Jaasau ne se sentait pas très bien. Le regard du capitaine était insondable. Totalement. A force d’observer les gens, il avait appris à voir leur émotions dans leurs yeux, car c’est là que passaient les messages les plus importants. Chez cet homme, rien ne filtrait. Ou tout du moins, il ne laissait passer que ce qu’il voulait que les autres  voient. C’était particulièrement perturbant, et nombre de personnes étaient tombés dans ce piège.

«Tu es plutôt malin, Jaasau. Mais t’es-tu seulement posé la question de savoir si quelqu’un, derrière ces malandrins, ne tirait pas les ficelles ? Car alors, même en débusquant un ou tous les coupables… Rien ne l’empêcherait de recommencer. Encore, encore, jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne, ou que ses… objectifs, soient atteints. Toi qui as conscience de la cupidité de nos hommes, t’es-tu posé la question de savoir s’il ne s’agissait pas, par hasard, d’une mutinerie ?»

Là, il ne sut que répondre. Il jouait un jeu vicieux auquel Jaasau n’était pas prêt. Sur ce point, il n’était pas de taille face à Sorcor. Si le capitaine était bien moins proche de l’équipage que Jaasau, il avait néanmoins une extraordinaire capacité de réflexion, que son absence quasi absolue lui permettait de mettre à profit autant qu’il le souhaitait. Et il avait toujours été un homme très intelligent, très rusé, et surtout très fourbe. Le Baron Noir sentit toute la malveillance de son capitaine quand il le regarda, un sourire fin et mutin aux lèvres. Toute cette aura malfaisante, dirigée contre lui et lui seul, au point que la sensation en devenait presque physique. Il voulait juste se tirer de là. Mais son mal-être n’était rien, comparé à ce qu’il ressentit quand l’homme fourbe rouvrit sa bouche pleine de venin.

«En fait, si je t’ai fait venir, ce n’est pas exactement pour ça. J’ai eu ouïe dire, à mon grand étonnement, que les rares fois où nous retournons à Vanylle, tu disparais régulièrement. Comme beaucoup de pirates n’est-ce pas ? Après tout nous ne disposons pas de tavernes ni de bordels ici, et de toute façon les femmes sont interdites à bord. Il est normal de partir se remplir le gosier et se vider le reste pour se détendre.

- Je ne…

- Tais-toi. Crois-tu que j’ignore ce que tu prépares ? Pourquoi tu disparais ? Tu penses sincèrement qu’un guerrier primitif comme toi, aussi intelligent qu’il puisse être, peut me cacher quoi que ce soit ? Ce navire est mon royaume Jaasau, et tout ce qui concerne ses hommes, je le sais. Si je ne sors jamais de ma cabine, c’est parce que je n’en ai pas besoin.

- Capitai-

- LA FERME ! Tu es mon Second. Enfin… Oui. Et dans mon dos, tu oses, avec tout ce que j’ai pu faire pour toi, fomenter une révolution ?! Sans moi, tu ne serais même pas capable d’aligner trois mots cohérents ! Tu ne saurais ni commander, ni même réfléchir convenablement ! Qui t’a appris à concilier tes délires hallucinatoires avec ta raison ? Qui t’a aidé à gravir les échelons, qui t’a permis d’exprimer toute ta violence et ta folie sanguinaire ?! Donne-moi son nom, Jaasau le Baron Noir, Traître et Second du Pourfendeur des Vents ! DONNE-LE MOI !»

Il ne voulait pas répondre. Toutes ces questions… tous sur ce vaisseau en connaissaient la réponse. Sans Sorcor il ne serait qu’un animal traumatisé, un prédateur fou à la recherche de n’importe quelle proie, pour peu que celle-ci puisse lui permettre de danser avec la Faucheuse une fois de plus. Sans Sorcor, il ne serait rien. S’il était Second, c’était grace à lui également, un des rares qui avait pris en compte son talent au combat, mais aussi sa capacité de réflexion,  elle-même enseignée par… Sorcor. Cynydd ? Son ami. Il avait fort bien complété cet apprentissage et lui avait également apporté beaucoup de choses.

«Ton mutisme est compréhensible. Et n’est pas prêt de cesser. Tu es séant démis de chacune de tes fonctions. Tout privilège t’es retiré, tes armes également, ainsi que ton grade. Tu ne seras pas exécuté tout de suite. J’ai bien dit : pas tout de suite. Avant cela, je vais te laisser constater par toi-même l’échec de ton projet. Jusqu’à ce que chacun de ceux que tu as entraîné avec toi soit mis à mort… Tu vivras. Tu vivras leur mort, avant qu’on ne se décide à t’accorder la tienne. Tu auras droit à de l’eau. La faim sera ton épreuve. Si tu y survis, tu pourras alors bénéficier de l’exécution. Si tu en meurs… C’est que tu étais encore plus faible que ce que je pensais.»

Tentant le tout pour le tout, Jaasau dégaina son couteau, et bondit en avant. Un brume rouge fusa devant son regard, la pièce se mit à tourner. Un liquide chaud coulait sur son crâne, ses sens s’estompaient, son corps s’engourdissait. Visiblement… quelqu’un était au courant de sa venue, et lui avait asséné un coup violent derrière le crâne au moment où il avait tenté de tuer son capitaine. Il ne l’avait même pas senti arriver… Une brève pensée alla à Cynydd. Qu’il fasse tout pour ne pas se faire attraper. N’importe qui d’autre mais pas lui.

Sa dernière vision fut un petit gloussement malsain. Et un regard haineux et méprisant. Une vision d’horreur d’un personnage horrible qui venait d’anéantir tous les espoirs de Jaasau. Tous, méticuleusement, sans pitié. Totalement implacable.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Dim 22 Juin 2014 - 13:42

Douleur.

Un mouvement lent, hasardeux. Encore de la douleur. Dans l’obscurité des geôles, deux prunelles s’éveillèrent. Les paupières lourdes les masquant s’élevèrent sans grâce aucune, comme si l’effort les répugnait. Ce qui était plus ou moins le cas. Un bref soupir, une main qui se referme.

Sang.

Son visage en est recouvert. On ne le voit pas ici, il fait trop noir. Beaucoup trop. On ne voit même pas le corps étalé au sol, sur un plancher à moitié pourri, sur lequel de nombreux hommes ont péri pour diverses raison. Il ne serait pas étonnant de retrouver des restes.

Nauséabond.

Une odeur à tuer un howok. Le nez se fronce pendant quelques secondes. Puis s’habitue. Il vaudrait mieux. Le temps qu’il va passer ici… Risque d’être très, très long.

Douleur.

Une nouvelle pointe, violente, vive, lance son crâne. Il bouge, doucement, sa main, et vient tâter la source de la douleur. Mal lui en a pris. Un grognement d’animal blessé, des mâchoires serrées à s’en briser. Il a l’impression que les os de son crâne frottent les uns contre les autres. Le sang vient de là.

Solitude.

Le vaisseau tremble, encaisse les vents et les ondes sonores du tonnerre toujours furieux à l’extérieur. Ses huées sont plus fortes que tout, mais ici, elles sont étouffées, lointaines. Personne. Absolument personne dans les geôles, à part un Baron blessé essayant de recouvrer toute sa raison.

Trahison.

Des souvenirs remontent. Lentement, battu par un vent de lucidité, le brouillard entourant sa mémoire se dissipe. Il se souvient. Sorcor. Tentative ratée, interrompue par… lui. Il paiera. Alors qu’il était si près du but. Si près ! Même s’il n’avait pas respecté ses propres plans… Sorcor aurait pu tomber à ce moment là ! Ils auraient pu limiter le nombre de victimes, et ainsi faire une mutinerie plus douce, plus raisonnable… Et plus rapide.

Désespoir.

Maintenant c’est foutu. Jaasau emprisonné. Les autres… Sorcor distille la peur en les tuant un par un, faisant disparaître leur corps comme par magie. Personne n’osera plus s’opposer à lui. Ceux qui étaient contre lui vont rejoindre son camp, par dépit, par peur d’y laisser leur peau. En admettant qu’il sorte un jour d’ici, il sera vu comme un traître. Si la faim ne le tue pas, l’équipage le fera, sous l’oeil jubilant de son damné capitaine.

Colère.

Vil crevard… Tous. Non vous n’aurez ni ma détermination, ni mon corps. Je ne crèverai pas ici comme un rat. Je lutterai. Encore, encore. Je bousillerai la faim avant qu’elle ne me tue. Je me donnnerai entièrement à Elle, corps, âme, esprit, tout. Elle me nourrira. De sombre soif de vengance. Contre lui, contre lui aussi. Le Baron Noir n’oublie rien. Le Baron Noir tue sans compter. Et l’équipage verra enfin celui qui fauche, celui qui danse, tel qu’il est vraiment.

Mouvement.

Il se lève. Lentement, mais sûrement. La douleur est un stimulus, plus un frein. Non, tout espoir n’est pas perdu, et il le sait. Il trouvera le moyen de sortir d’ici quoi qu’il en coûte. Ceux qui l’ont trahi paieront. Ceux dont l’espoir bafoué qui ont changé de camp finiront eux aussi par se rallier à son étendard sanglant. Le Pourfendeur des Vents mérite autre chose que Sorcor en capitaine. Et il leur montrera. Essuyant d’un geste rageur les traces de sang encore frais sur son visage, il se dirige vers les barreaux qui enferment le fauve furieux. Jusqu’à le voir. Lui.

Rage.

Il reconnaît ses yeux, les reconnaîtrait entre mille. Car il est le seul que le Baron Noir considère comme son ami. Le seul en qui il a confiance. Le seul avec qui il discute. Celui qui lui a appris à parler, manipuler, réfléchir, planifier. Celui sans qui l’idée de cette mutinerie ne serait même pas née. Celui qui lui a assuré sa loyauté. Et également… Celui qui l’a trahi. La barre métallique encore dans les mains, encore tâchée de sang, il attend. Il attendait quoi ? Le réveil de Jaasau ? Le voilà, dispos et furieux. Nul autre que lui n’aurait pu être mis au courant des agissements de Sorcor et du Second. Et nul autre que lui n’était plus apte à trahir Jaasau. Son ami. Que Sorcor ait fait appel au seul homme en qui le Baron Noir avait confiance n’était même pas étonnant. C’était même du Sorcor tout craché. Mais qu’il ait accepté… Qu’il ait fait de Jaasau un animal blessé en cage, promis à une mort certaine… Comment a-t-il osé ?! Après tout ce putain de temps ?!

«…Ça t’amuse de voir les blessés inconscients… ? Je te promets que je vais te faire la peau, Cynydd… dès que je sors d’ici… Tu vas crever mille fois. Je te pensais mon allié, pire encore mon ami, et en fait… T’es exactement comme lui. FOUS-MOI LA PAIX ! CASSE-TOI D’ICI PUTAIN DE TRAÎTRE !»

La fin de sa phrase évolua surtout en un rugissement inaudible, incompréhensible, qui perdura quelques secondes avant de s’éteindre dans un souffle saccadé. La silhouette qui l’observait, cible de la fureur du Baron, resta immobile encore quelques minutes, puis sans rien dire, quitta les geôles. Jaasau n’était pas apte à entendre quoi que ce soit.

Quant à ce dernier, il vint frapper de ses poings, de ses pieds, de ses genoux, les barreaux métalliques, de toutes ses forces,  ignorant le mal qu’il s’infligeait lui-même, uniquement en proie à une folie furieuse démesurée, hors de tout contrôle, auto-destructrice.

Le temps passant, il se calma. L’obscurité ne changeait pas avec le temps. Enterrée dans les profondeurs du vaisseau, nulle lumière ne pénétrait ici. Il s’assit, s’adossa aux barreaux, et s’enferma dans une léthargie morbide, ignorant tout bruit, toute réflexion, toute raison. Cadavre encore en vie, mais, pour combien de temps ?

Obscurité. Sommeil.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Jeu 3 Juil 2014 - 6:57

Un bruit résonna dans les geôles. Discret, que Jaasau assimilerait plus tard à un rêve dont il ne se souviendrait pas. Plusieurs jours, déjà, qu’il était enfermé là comme un animal, sans aucune autre visite que celle du traître. Il restait là, ne cherchait pas à lui parler. Jaasau serait resté sourd à chacun de ses mots empli du fiel de la félonie, de toute façon. Il l’ignorait. Royalement. Mais cela ne l’empêchait pas de rester là, à l’observer quelques minutes, avant de repartir. Il jaugeait l’état de l’ancien second ? Il avait même du prendre sa place depuis.

Aucun des autres hommes qui lui avaient assuré son soutien ne venait. Pas même pour nettoyer les cages vides. Ils l’avaient tous oublié, ou s’étaient tous fait tuer. L’un dans l’autre cela revenait au même : l’échec. Cuisant, brutal et implacable. C’était ce mélange de honte et de colère face à une tentative ratée en beauté qui le maintenait réellement en vie. Il n’avait pas eu droit à de la nourriture, et quand il avait soif, devait généralement lécher les quelques perles d’humidité qui roulaient de temps en temps sur les barreaux métalliques. Parfois, pire encore, devait s’accomoder de l’espèce de liquide étrange par terre, mélange entre l’humidité ambiante qui faisait dégorger le bois, et autre chose dont il ne préférait pas connaître la provenance. Sang ? Urine ? Autres déjections  ? De toute façon, il allait mourir ici comme une future charogne, autant se comporter en charognard, personne n’était là pour le voir. A part lui.

Mais ce jour là, il eut une surprise. Restes de repas posés devant les barreaux, à portée de main. Qui ? Comment ? Quand ? Et surtout… pourquoi ? Lorsque ses yeux, recouverts de la pellicule terne de l’homme qui dépérit, se posèrent sur la nourriture, son estomac se mit à hurler. Il avait faim. Très faim. Il ne savait pas combien de temps il avait passé ici, mais une chose était certaine : trop pour son appétit qui n’avait pas été satisfait depuis la veille de son entrevue avec Sorcor. Tel un fauve, errant dans le désert sans rien à se mettre sous la dent et trouvant, au bout de journées entières le ventre vide, une proie providentielle, il se jeta contre les barreaux pour se saisir de la nourriture, et l’avaler à grandes bouchées voraces. On ne pouvait plus trop parler d’humanité ou d’avidité en ce qui concernait le Baron Noir. Ces journées passées seul, dans l’obscurité totale, sans aucune personne venant le voir, avec pour seul souvenir la traîtrise de son ami et l’échec de son projet, l’avaient rendu plus fou qu’il ne l’était déjà. Ce qui n’était pas une mince affaire.

Désormais il fonctionnait simplement à l’instinct le plus primaire. Pas de mouvements inutiles. Aucune parole. Saisir chaque occasion d’avoir un peu de nourriture ou d’eau, peu importe qu’elle soit saine ou non. Ecouter chaque bruit, chaque grincement, chaque son ne provenant pas de sa cage pour en déterminer la provenance. Replier son esprit sur lui-même. Furieux d’être mis en cage comme un animal, il avait lui-même fini par en devenir un.

C’aurait pu durer ainsi jusqu’à sa mort, qui se rapprochait à pas rapides. Il avait perdu du poids. Son teint était crayeux, ses joues creuses, ses yeux torves et ne reflétant plus la moindre émotion. Sa blessure s’était plus ou moins refermée, mais dans quelques rares accès de folie furieuse, quand il frappait où il pouvait, elle se rouvrait, et laisser échapper de nouveaux flots de sang, généreux, qui à chaque fois emportaient avec eux un peu plus de sa vitalité. A l’heure actuelle, le Baron Noir était mort.

Mais il fit l’énorme erreur de venir le voir. Lui. Le chef absent, l’ombre qui n’était même plus connue à bord de son propre vaisseau. Et il venait avec l’autre. Lui, le traître.

«Toujours pas mort… Ta rage de vivre est décidément surprenante, Baron Noir… Aurais-tu trouvé la moisissure du bois et les croûtes de sang des pirates passés dans ces geôles à ta convenance ? Sans assaisonnement ça doit être un peu fade non.. ?»

Un grand sourire illuminait le visage du Terrible, qui à un mètre environ des barreaux, mains dans le dos, observait d’un oeil jubilatoire l’animal transi dans sa cage. Il était accroupi contre les barreaux opposés, tête baissée, sans esquisser le moindre mouvement. Mais quand il entendit sa voix… Ses yeux se posèrent sur lui. Un déclic, loin, très loin dans les tréfonds de son âme. Lui…

Son regard était mort. Désormais il était habité par Elle. Et Sorcor ne put que le remarquer. Ses yeux étaient le seul reflet visible dans cette obscurité, et quel reflet ! Il comprit son erreur : lui donner un regain de fureur et de vigueur. Lui qui voulait l’abattre, il lui donnait un souffle de vie supplémentaire.

«Oh je vois… Eh bien, sache que je n’en ai pas fini avec toi. Si la faim ne te tue pas, si le désespoir ne te muselle pas, alors je le ferai de mes mains propres. Profite de ce séjour en cage, tu vas le regretter.»

Il lui tourna le dos et partit d’un pas vif et agacé. Cynydd quant à lui, qui n’avait pas prononcé le moindre mot depuis le début, s’approcha de la cage et attendit que Sorcor soit sorti pour déposer une outre de cuir devant les barreaux. D’ici on pouvait sentir l’odeur des plantes composant la bière.

«Jaasau. Avant de tenter de m’étrangler, essaie de songer aux raisons qui auraient pu me pousser à un tel acte. Quand tu l’auras pigé, tu seras sûrement à même de me foutre cette vermine de Sorcor là où il mérite d’être.»

Un demi-sourire, un regard qui se voulait avenant, et il se releva, sur le départ.

«Juste une chose. Tiens le coup demain. Tu risques de pas apprécier...»

Il s’en fut, laissant Jaasau et sa bière, avec de bien sombres promesses. Mais peu importe. Le Baron Noir avait eu ce qu’il voulait : la visite d’un homme pas sûr de le tuer par des méthodes aussi idiotes, la visite d’un capitaine qui en dépit de sa clairvoyance, commettait de graves erreurs. Pour la première fois depuis… trop longtemps, les dents blanches du Baron furent visibles, libérées de leur cage de chair par un sourire carnassier.

Rien n’était perdu.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Sam 19 Juil 2014 - 17:35


Rien de perdu ? Haha, certes… Mais quand on souhaite quelque chose, on doit le mériter. Et en règle générale (on a connu quelques exceptions un peu partout), le mérite demandé est à la hauteur de l’objet de la convoitise. On aura pas besoin de fournir le même nombre d’efforts pour manger une pomme (grimper au pommier, ou juste s’en saisir pourvu que les branche soient assez basses), que pour devenir capitaine de vaisseau. Il faut d’abord éprouver l’équipage. Sentir ce que cela fait de n’être qu’un subordonné, qui malgré quelques petites responsabilités, se fond dans une masse de matelots dont on se fout généralement comme de son premier taquet.

Ensuite, il faut accéder à des responsabilités plus intenses, en démontrant aux officiers que l’on est tout à fait apte à de la gestion. Faits d’armes, fidélité, ce genre de choses sont nécessaires, même au sein des vaisseaux Vanylliens, connus pour un certain… mépris envers l’autorité. Une fois à ce poste convoité, les choses se compliquent ! Car on se retrouve avec beaucoup (ou du moins un certain nombre) d’officiers, qui souvent briguent la place de chef. Le capitaine sait généralement faire face à cette cupidité, cette soif de pouvoir, mais certains sont prêts à passer outre. C’est présentement le cas de Jaasau, qui s’en retrouve d’ailleurs bien sanctionné. Car s’il veut s’emparer de la place de capitaine pour disons, le bien de l’équipage (et c’est totalement vrai !), Sorcor, l’actuel chef en place, n’est pas tout à fait d’accord avec la volonté de son Second.

«Sortez-le d’ici. Et emmenez le sur le pont principal.»

Ces mots fusèrent, et Jaasau en avait à peine conscience, occupé qu’il était à rassembler ses forces. Si les gens qu’il connaissait (ils sont rares mais existants) le voyaient actuellement, ils pourraient jurer ne pas le connaître. L’aura de mystère, d’énigme et de férocité qui l’entourait habituellement avait totalement disparu, laissant la place à un néant frôlant presque la soumission. Pour preuve, quand deux matelots, plutôt costauds (soulever un Jaasau n’est pas donné à tous vu la carrure du gars), il n’esquissa pas le moindre geste. Eut-il été mort, on n’aurait pas constaté de flagrante différence, si ce n’est le soulèvement régulier de son poitrail, indiquant une respiration lente, calme. Presque équivalente à la respiration d’un endormi.

«Installez-le ici. Parfait. Nous allons pouvoir commencer.»

Il ne voulait pas regarder. Il connaissait la voix. C’était celle, sifflante et méprisante, de Sorcor le Terrible, qui visiblement, en dehors de son travail de capitaine, aimait à jouer les bourreaux. Et si le Baron Noir avait voulu regarder -non décidément son regard restait obstinément fixé sur le sol sale et humide-, il aurait eu du mal à se concentrer. Et je suis gentil en disant ça :

“Ici” représentait en fait une planche de bois, large comme deux hommes, dressée en oblique, et équipée de sangles de cuir suffisamment épaisses pour maintenir une Avranai en place. Ou tout du moins largement suffisantes pour empêcher Jaasau de bouger, comme il s’en rendit compte. Face contre la planche, le dos à l’air libre, il avait tout l’air d’un mort. Il essaya, vaguement, de bouger ses poignets entravés, mais n’obtint pas le moindre résultat. Ses yeux d’or, virant au jaune terne, couleur sable pâle, fixaient, encore et toujours, le vide.

Lui évitant donc ainsi de voir l’attirail préparé par Sorcor, pour faire, comme il aimait à le dire, un exemple.

Tout d’abord, l’apéritif : quelques couteaux, dont la lame ne dépassait qu’à peine la quinzaine de centimètres. Ceci étant, histoire de ne pas passer pour un arriéré en matière d’instrument de torture, Sorcor avait pris soin de ne choisir que des lames affreusement dentelées, faites pour déchirer, et non pas pour couper. La souffrance aurait été réduite, et ça ne lui convenait pas du tout. Il y avait également des aiguilles, épaisse d’un demi-centimètre environ sur le corps principal,et reposant, en attendant d’être utilisées, sur un brasero ardent. Directement sur les braises.

Pour le plat principal, Sorcor avait préparé une espèce de cuve, ou plutôt une bassine de bois, aux parois renforcées avec de l’acier. Ce qu’il y avait dedans, très certainement une mixture faite maison par le capitaine tortionnaire, s’obtenait en broyant du minerai, en laissant bouillir les résidus obtenus dans une cuve (la taille n’importe pas), contenant de l’eau et des plantes spécifiquement choisies pour l’occasion. Une fois que la mixture avait macéré pendant au moins dix ou douze heures, on versait le tout dans un alambic en évitant de ramasser les morceaux, et on la distillait. Le résultat était un liquide transparent, à l’odeur très âcre, qui prenait à la gorge et au nez. Et qui puait méchamment. Sorcor avait, à sa façon, préparé un cocktail dont le pH devait avoisiner les 1. Un acide.

Ensuite, et grand classique dans le milieu, il y avait un fouet, ou tout du moins une large natte de cuir longue de deux bons mètres, qui se divisait en une multitude de petites lanières effilées pour maximiser la douleur à l’impact. Chaque filin de cuir se voyait alourdi par une sphère de métal accrochée à l’extrémité, ce qui permettait d’ouvrir les chairs à chaque coup donné.

Autant dire que Jaasau n’allait pas passer une excellente après-midi. Car effectivement, l’orage calmé depuis quelques temps laissait entrevoir désormais un soleil brillant de tous ses feux, heureux de pouvoir montrer son visage. Quant à ce qu’il pensait de la scène qui allait se dérouler sur le Pourfendeur en plein vol, cela restait un mystère, et le resterait sûrement très longtemps.

---

Au début, Jaasau ne pouvait rien voir, et surtout ne voulait rien voir. Il n’entendait qu’à peine les remarques de Sorcor, et refusait d’entendre le brouhaha incessant des membres de l’équipage autour de la future scène de spectacle. Ce genre de sanction était d’ailleurs assez rare dans le fond. Quand un pirate faisait une grosse bêtise ou trahissait quelqu’un, en règle générale la victime prenait soin de régler ses problèmes elle-même, ce qui allégeait la charge juridique des officiers. Ainsi, certains passaient par dessus bord, ou se faisaient tabasser, ou se faisaient estropier dans une sombre ruelle de Vanylle. Les méthodes variaient toujours, mais en règle générale, étaient expéditives. Là, Sorcor prenait très clairement les choses en main, et s’apprêtait donc à faire un étalage de la cruauté dont il était capable, cruauté qui dépassait celle de pratiquement tous les hommes présents sur le navire.

Mais sa conscience allait prendre une sacrée claque, de même que sa raison. Et cela ne tarda pas. Cynydd était-il là ? Oui, sûrement. Mais même dans l’idée où ce dernier aurait envie d’aider Jaasau, il avait les pieds et mains liés. Si cette mutinerie avait un tant soi peu de chances d’aboutir, quoi que puisse en penser Jaasau, il ne devait recevoir aucune aide.

Mais toutes les ébauches de réflexion de Jaasau furent noyées, d’un seul coup. Une lame dentée venait de déchirer la peau d’une de ses omoplates. Sans douceur, mais avec une lenteur calculée. La lame était brûlante, et il sentit aussitôt le liquide vital s’échappant de la plaie immonde se répandre dans son dos marqué. Un premier hurlement lui déchira la gorge. Cela n’avait rien à voir avec la transe de bataille, ou l’adrénaline et les opiacées sécrétées par le corps engourdissent la douleur et nous permettent de nous continuer à nous battre malgré les blessures. Non, là il était au repos le plus total, et si son corps se sentait menacé, il ne pensait pas une seule seconde y laisser la vie. La douleur fut ainsi largement décuplée.

Un deuxième cri, plus guttural cette fois, quand accompagnant la lame ardente, des aiguilles chauffées à blanc vinrent se planter de chaque côté de sa colonne, pile sur les muscles dorsaux. Quant à la lame dentée, elle vint tracer un nouveau sillon sanglant symétrique au premier, sur l’autre omoplate. Les aiguilles restèrent où elles étaient. Ce qui suffisait amplement à faire céder, petit à petit, la raison de Jaasau. Pas sa conscience, car il savait ce qu’était la souffrance, et la douleur restait encore… «supportable». Cette limite de tolérance n’allait d’ailleurs pas tarder à être franchie. Mais comme souvent quand il était blessé, en colère, ou en pleine bataille - en l’occurrence il luttait contre la vague de souffrance qui souhaitait fondre sur lui - ses deliriae reprirent. Le peu qu’il voyait du paysage s’assombrissait, devenait de plus en plus obscurs, tandis que des voiles nébuleux plus sombres que les ténèbres elles-mêmes s’enroulaient devant, autour et sur lui. Il savait ce que c’était pour avoir eu des dizaines de fois cette même vision, qui le poussait à danser de plus en plus frénétiquement lors des abordages du Pourfendeur.

Il entendait des rires. Etait-ce les membres de l’équipage ? Sorcor ? Ou plutôt… n’était-ce pas Elle, invisible à tous, se moquant de sa position de faiblesse ? Le danseur poings liés, incapable de faire quoi que ce soit, y compris la seule chose qu’il fasse parfaitement ? Si, il y avait de grandes chances pour que ces voix ne soient qu’un délire de plus. Et cruellement réelles pour le Baron Noir, car à la douleur s’ajoutait maintenant la déception, le chagrin même de se voir raillé par celle en qui il vouait un véritable culte. Fusse-t-elle une entité immatérielle, un songe plus qu’une réalité, il y croyait dur comme fer et se faisait une joie de démontrer son existence en croisant le fer avec qui voulait.

Les rires augmentèrent en intensité, proportionnellement à la douleur qui assaillait Jaasau. Car Sorcor, parfaitement inconscient de la comédie mentale se déroulant dans l’esprit de Jaasau, n’avait pas fini d’épater la galerie. Il prit une autre aiguille, froide celle-ci, et la trempa dans la mixture ignoble qu’il avait préparé. Et afin de faire un maximum de mal au Baron, laissa goûter le liquide.

Droit dans les plaies ouvertes. La douleur fut multipliée par dix, par cent au fur et à mesure que l’acidité rongeait ses chairs et ses terminaisons nerveuses. Son cerveau n’était plus qu’un énorme agglomérat de douleur, une fois sourde et lancinante, une autre fois vive et hurlante. Ses yeux grand ouverts observaient les voiles nébuleux qui tournaient avec toujours plus de frénésie autour de lui. Est-ce qu’il devenait fou ? Il l’était déjà, mais disons que là, on atteignait des sommets.

Surprenant un mouvement dans son dos, il tourna légèrement la tête, pour ce qu’il pouvait bouger, et ce que préparait Sorcor lui glaça littéralement le sang. Il était Jaasau. Le Baron Noir. Un homme réputé pour une absence totale, absolue, de toute forme de peur ou d’inquiétude. Un meurtrier renommé, et un tueur-né. Un modèle de force et de sauvagerie. Et en cet instant, depuis la première fois en un quart de siècle, il sentit la terreur affluer en lui sans la moindre barrière. Le fouet, que Sorcor agitait joyeusement. L’équipage était, pour le coup, totalement silencieux.

Le fouet. Alourdi par le métal. Le fouet.

Les aiguilles étaient toujours plantées dans son dos.

Il n’allait pas les retirer.

Son coeur battait à tout rompre, et aussi sombre que fut sa peau, il blêmit.

Mais ne se rendrait pas.

Un sifflement mortel.

Il sentit l’impact. Des dizaines de lanières de cuir frappant sauvagement sa peau, délogeant nombre d’aiguilles et arrachant sans douceur la peau autour. Une douleur écrasante, qui fondit sur lui comme un rapace.

Et emportant, au milieu de rires cristallins d’une hallucination morbide, sa conscience, très loin d’ici.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Ven 1 Aoû 2014 - 8:23

Pendant plusieurs jours, le quotidien de Jaasau fut pour le moins aberrant. Il n’était qu’assez rarement conscient, en fait. Il s’éveillait parfois dans sa cellule, et le regrettait d’ailleurs amèrement. Dès qu’il entendait un bruit au dessus de lui ou à l’entrée des geôles, il sentait la peur affluer. Oui, la peur. Brisé tel un animal sauvage qu’on domestiquait à la dure, chaque mouvement dans l’ombre était un prémisse de torture. Chaque bruit, l’annonce d’une nouvelle séance de spectacle sur le pont du Pourfendeur. Ceux qui pensent que les sauvages comme Jaasau, ou les pirates en général, ne ressentent pas la peur, n’ont pas connu la terreur primale face à une douleur que des mots et des cris n’arrivent même pas à exprimer correctement. Et des séances, il y en eut quelques unes. Combien exactement ? Jaasau une savait pas et s’en moquait. Il avait totalement perdu la notion du temps. De temps en temps, en cellule, il voyait les petits tas de nourriture rapportés par Cynydd. Ou peut-être un autre pirate sympathisant. Mais il y touchait rarement. Le peur le rendait paranoïaque. Et si la nourriture était empoisonnée ? il n’y connaissait rien en médecine, mais peut-être que quelqu’un avait glissé le Fléau de Grand-Vent dans sa nourriture pour le rendre plus fou encore.

Ce qui était en train de se passer, c’est que l’esprit de Jaasau éclatait totalement, se dissociait de son corps. Quand Sorcor s’amusait sur le pont, il s’entendait crier, et ne vivait plus la douleur de la même façon. Il se sentait souffrir, mais c’est comme si on le forçait à être spectateur de la terreur et de la souffrance d’une autre personne. Pour se préserver, il avait verrouillé nombre de choses en lui, et s’était constitué un noyau inviolable, impénétrable, contenant quelques misérables morceaux de conscience, seuls vestiges d’un esprit que la cruauté du Terrible détruisait bout par bout, avec un sadisme inhumain.

Chaque nouvelle séance apportait son lot d’hallucinations, chaque séance l’éloignait un peu plus de lui-même. En se perdant, il retrouvait cependant quelques petites choses qu’il avait perdues. Son sens de l’observation, notamment. Il voyait les pirates. Il les voyait tous, quand il ne fermait pas les yeux à cause de la douleur. Quelques uns semblaient friands de ce spectacle, et en demandaient toujours plus. Mais beaucoup d’entre eux avait cessé d’apprécier. Un exemple ? Sorcor s’adonnait juste à un spectacle sanglant et particulièrement dégoûtant. Le dos de Jaasau était désormais recouvert de plaies purulentes et de cloques grosses comme une phalanges, menaçant d’exploser à la moindre pression. Les brûlures et l’absence de soin transformaient des blessures en parade immonde et répugnante, dont la pâleur maladive et le rougeoiement sanguin contrastaient avec la noirceur de sa peau.

Les pirates ne s’amusaient plus. Certains, pour peu que lire dans leurs yeux révélât vraiment quelque chose, étaient dégoûtés, et d’autres étaient carrément gênés d’être forcés à assister à ça.

Alors il laissa faire Sorcor. Il lui donna ce qu’il voulait : la douleur, l’apparente soumission d’une proie torturée par son maître, qui ne demandait qu’à se repentir. Oui Sorcor, amuse toi. Et s’il souffrait au delà de l’imaginable, si sa raison en pâtissait à chaque nouvelle remontée sur le pont, une partie de son cerveau calculait, prévoyait, mesurait ses forces. Le capitaine avait commis une énorme erreur en s’adonnant à tant de violence. Il avait plongé trop profondément dans les abysses du vices, et allait en payer le prix.

Petit à petit, il recommençait à toucher à la nourriture. Parti comme c’était, le Fléau de Grand Vent ne ferait qu’avancer l’échéance. Mais il lui fallait survivre. A n’importe quel prix. Si la peur le tenaillait toujours autant, il ne sursautait plus, et observait comme un animal méfiant chaque mouvement de l’ombre. Il sentait Sa présence, toute proche, prête à le rafler. Et en même temps, sentait - ça n’était qu’une hallucination, mais l’impact restait important - un reflux de joie chez Elle. Voilà, c’est ça. Tout lui montrait que les choses n’allaient pas tarder à tourner en sa faveur.

Comme le lui démontra, quelques jours plus tard, les quelques morceaux de métal présents au pied de la cage dans laquelle il gisait. Le signe du départ.

Au fin fond d’un vaisseau aussi monstrueux qu’effrayant, dans une cage où la lumière n’existait pas, un sourire.

Le sourire d’un animal prêt à dévorer des proies par centaine. Le Baron s’éveillait, et pour de bon.
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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   - Sam 2 Aoû 2014 - 9:07


Rien ne me barrera la route. Terminé. J’ai du mal à bouger. Mais Elle est là pour me porter. J’ai du mal à penser. Mais Elle guide ma raison, mes pensées. Toutes tournées vers l’ignoble salopard qui a tenté de me briser. Elle veut sa peau. Et moi aussi. Et celle de tous ceux qui d’une manière ou d’une autre, l’ont aidé. Ou ne serait-ce qu’aimé son spectacle de merde. Je n’irai pas lui rendre la pareille. Hors de question que je m’abaisse à son niveau. Sorcor empoisonne le Pourfendeur des Vents, et je vais y remédier.

Une diatribe qu’il se répétait en permanence dans sa cellule, attendant le moment opportun pour passer à l’action. Qui finit, bien entendu, par arriver. Un orage, encore. Témoin d’une cuisante défaite, le voilà revenu pour voir si cette fois, Jaasau saurait prendre les devants et réussir à accomplir la mission qu’il s’était donné. L’orage fut salvateur pour une bonne raison : le vaisseau, bien que très solide, avait tellement de mal à naviguer que chaque homme devait être à son poste, sans quoi la coque finirait par s’écraser sur un récif. Sorcor, pour la première fois depuis les séances de tortures, était obligé de se maintenir sur le vaisseau pour distribuer les ordres. Et encore, heureusement que les lieutenants étaient là. A rester enfermé en permanence, il avait perdu l’habitude du commandement. C’en était risible.

Cela expliquait, également, la déception de Jaasau qui s’était pointé, sans même réfléchir, à sa cabine, dans le simple but de l’égorger, puis le balancer par dessus bord. Tant pis.

Il marchait comme dans un rêve. Ses pieds avançaient quasiment d’eux mêmes. Il ne voyait que le nécessaire. Son cerveau occultait toute vision, toute pensée, tout geste superflu. Une bonne partie de celui-ci était occupé à contenir et gérer la douleur qui menaçait de l’emporter à chaque geste. Le répit dont il avait bénéficié grâce aux intempéries avait été précieux, mais les blessures étaient loin d’être guéries. Et il garderait sûrement quelques éternelles séquelles.

Mais sa détermination ne souffrait ni limite, ni faiblesse. Dusse-t’il en mourrir, il renverserait Sorcor, et tous ses amis. Proches ou non. Tous ceux qui, quelque part, avaient approuvé ses choix, tout au long des voyages du Pourfendeur. Tous ceux qui jamais n’avaient eu la volonté de changer cette saleté de stagnation sur le vaisseau, par peur du capitaine et des représailles. Tous ceux qui s’étaient satisfaits simplement de la réputation que leur offrait le vaisseau. Tous ceux qui, enfin, avaient oublié ce qu’être un pirate signifiait. Ni le Baron Noir, ni Grand Vent ne pardonnaient.

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Ce fut un cauchemar. Ou tout du moins, l’apparition de Jaasau sur le pont principal où tout le monde s’activait, ses coutelas déjà rouges de victimes prises par surprise sur les ponts inférieurs, le corps encore saignant de blessures ouvertes, avait tout de l’apparition cauchemardesque. Il avait maigri. Sa peau était plus pâle, plus grisâtre. Ses traits, émaciés et durcis par la fatigue, la faim, la douleur. Son regard était… des plus étranges. Si la soif de sang et la détermination le rendaient plus intense que jamais, il conservait une part éteinte, morte. Sorcor n’avait pas réussi à le briser, mais c’était pas passé loin, et certaines marques, tant mentales que physiques, ne disparaîtraient pas.

Le premier à le voir fut Cynydd. Ce fut le signal d’une chose que Jaasau n’attendait plus, n’espérait plus : un assaut massif d’un nombre de pirates insoupçonné. L’orage semait déjà la pagaille sur le vaisseau, mais à ce moment, Yoëust lui-même n’aurait pu rêver d’un pareil chaos sur le vaisseau. A part ceux dont la tâche était si importante qu’elle ne pouvait être interrompue, une vingtaine de matelots au moins se bougea. Ils cessèrent toute activité, certains foncèrent dans les entrailles du vaisseau, d’autres vers la cabine de pilotage, et les autres se ruèrent sur d’autres pirates, connus pour leur attachement et leur fidélité envers Sorcor. Ce fut comme si une guerre éclatait sur le vaisseau. Des déflagrations indiquèrent que des blasters venaient d’être sortis des ceintures, des bruits de lames s’entrechoquant, des cris de douleur et de motivation. Le tout, gouverné par les hurlements d’un orage dont la colère ne faisait que gonfler.

Le Baron n’eut pas le temps de s’étonner. Il s’était préparé à devoir faire face à tout un équipage, mais Cynydd n’avait jamais cessé d’alimenter l’esprit de rébellion sur le vaisseau. Un sourire, aussi fin que carnassier, illumina son visage de mort, et il reprit sa route vers celui qui avait conduit à l’aboutissement de cette situation : Sorcor.

Il jubilait. Une jubilation cruelle devant l’incrédulité de son futur ex-capitaine, qui n’en revenait pas. Certain d’avoir démoli le Baron, voilà que ce dernier lui faisait face, coutelas en main, prêt à le découper en morceaux. La voilà, sa principale erreur. Avoir crié victoire avant la fin du combat. Avoir pensé que sans Jaasau, personne n’oserait se retourner contre lui. Il avait désormais, autour de lui, la preuve parfaite du contraire. Si Jaasau avait initié ce mouvement et en avait endossé la totale responsabilité, il n’était pas le seul à vouloir voir Sorcor mourir, et le capitaine payait le prix de son arrogance aujourd’hui.

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Chaos était un terme bien trop faible pour décrire ce qui se passait sur le vaisseau. Chaque pirate lancé dans l’affrontement peinait à se battre. Les conditions climatiques étaient clairement contre eux, et garder son équilibre avec les embardées du vaisseau provoquées par l’orage était plus que difficile. Mais chacun donnait le meilleur de lui-même. Surtout les matelots qui s’étaient joints à la mutinerie. S’ils perdaient, ils se feraient tous exécuter ou jeter par dessus bord, alors il était hors de question de céder un bout de terrain, même infime, aux partisans de l’obscurantisme de la piraterie.

Jaasau était dans le même état d’esprit. Il s’était jeté sur Sorcor sans prononcer la moindre parole - qu’il n’aurait pas entendu vu le carnage sonore alentour - et l’affrontait depuis plusieurs minutes déjà. Il s’entraînait peu, mais Sorcor restait un excellent combattant. Et Jaasau, qui lui se battait tout le temps (ou dès qu’il le pouvait), était gravement affaibli par ces longues semaines de détention et de tortures. L’un voulait écraser un mouvement visant à renverser son pouvoir qu’il maintenait d’une main de fer depuis des années, l’autre voulait que le Pourfendeur soit enfin digne de sa réputation, et que Vanylliens et Matrosciens aient une véritable raison de craindre son équipage.

Le Baron ne faisait attention à rien autour de lui. Si un pirate se mettait sur sa route, il l’éventrait ou lui ouvrait la gorge. Qu’il soit ennemi ou ami n’avait pas la moindre espèce d’importance. Sa raison était profondément enfouie au fond de son esprit. Il se battait de toutes ses forces, comme un animal, en fonctionnant exactement comme eux. Aucune conscience propre, juste la volonté farouche de terrasser cette proie immonde qu’était le Terrible. La seule chose qui pourrait arrêter cet affrontement titanesque, ce serait Elle, qui dansait autour d’eux, riant, hurlant, chantant, faisant tourbillonner ses voiles funèbres autour de la scène du combat. Jaasau sentait chaque caresse de son manteau d’éther, ses oreilles frémissaient à chaque harmonique du requiem hurlant qu’elle ne cessait de chanter, telle une litanie mortelle. C’était, aujourd’hui, sa plus belle danse, et pour l’occasion, sa Partenaire de toujours avait sorti le grand jeu, de l’orchestre morbide au temps funeste. Galvanisé par tant d’honneur de Sa part, il tailladait et bondissait aussi vite que son corps le lui permettait. L’adrénaline anéantissait la douleur et le poussait à s’enfoncer toujours plus loin dans l’abîme de la violence. Il ne pensait même pas à sa survie. Tout ce qu’il voulait, c’était le voir, lui, mort.

Au fil du temps qui passait, les affrontements s’amenuisaient, pour finalement complètement s’arrêter. Seul celui entre Sorcor et Jaasau perdurait, défiant les statistiques. C’était, pour l’instant, une victoire pour les rebelles. Quelques hommes étaient enchaînés sur le pont comme Marcellus et autres proches amis de Sorcor. Les enfants n’avaient pas été touchés, et les autres avaient été soit exécutés, soit s’étaient rendus d’eux mêmes. Le Baron Noir n’en savait rien. Il était tellement concentré sur son adversaire que tout autour, il ne voyait rien. Le manteau sombre de sa Chère obstruait de toute façon la vue sur le reste du vaisseau.

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Une brève accalmie dans l’orage. Deux pirates, face à face. Tous deux amochés à n’en plus pouvoir, dégoulinant de sang. Le leur comme celui de leur adversaire. Fatigués, épuisés même. Combien de temps avait duré ce combat ? Pas d’importance. Ils se faisaient face et tournaient lentement, sans quitter l’autre des yeux. Ils attendaient le bon moment pour ce qui serait certainement leur dernier assaut. Aucun d’eux n’aurait la force de se battre plus longtemps.

Un éclair, le tonnerre suivit, déchirant l’espace de ses vibration. Elle avait donné le la, et ils se jetèrent l’un sur l’autre. Jaasau vit la mort du plus près qui soit. Jaasau para un premier coup d’estoc, ainsi qu’un coup de taille horizontal en direction de sa gorge. Sorcor fit de même. Une embardée violente secoua les deux pirates. Mais Sorcor, à l’esprit tout de même plus clair que celui du Baron Noir, en profita pour se jeter sur lui, lame levée, prêt à lui asséner le coup de grâce.

Puisant dans ses dernières forces, brûlant pratiquement toute l’énergie qu’il lui restait, Jaasau bondit en avant en réponse, laissant tomber ses lames. Elles le gênaient. Son bras récolta une vilaine entaille, quand il essaya de dévier le coup de Sorcor, qui l’atteignit tout de même sur l’épaule. Le Baron Noir lâcha totalement prise sur toute la raison, tout l’esprit, toute la conscience qui pouvait lui rester et mordit sauvagement Sorcor à la gorge. Il mordit comme un prédateur, avec toute l’énergie du désespoir, de la rancune, de la colère. De la soif de sang. Il sentait la peau hurler de concert avec le Terrible sous cette agression. Il sentait la peau se déchirer sous ses dents, mais ne s’arrêta pas. Il mordit, et rendit à Sorcor toute la douleur qu’il lui avait infligé. Il sentit les vaisseaux et veines éclater. Il secouait la tête pour faire le plus de dégâts possible. Son visage se noyait dans le sang de sa proie, il ne distinguait plus rien. Et dans un mouvement aussi brusque que sauvage, tira la tête en arrière, emportant avec lui de la peau, du muscle, et un morceau d’artère.

Il avait gagné. Il était à moitié mort, à bout de forces, mais il avait senti la vie s’échapper de Sorcor en même temps qu’il avait retiré ses dents de sa gorge. Recrachant les immondes morceaux qui lui restaient dans la bouche, il saisit le corps du capitaine tombé à terre, et le traîna, lentement, vers le bastingage du pont. Il peinait à tirer le poids mort, mais n’en démordait pas pour autant. Sa vision était trouble, ses pas presque hésitant. Il avait vraiment tout donné malgré ses blessures, et risquait d’en payer le prix fort une fois les retombées de l’affrontement arrivées. Mais peu importe.

Les pirates, qui avaient formé un cercle autour des deux belligérants pour assister à l’affrontement, s’écartèrent gauchement sur son passage. La démonstration sanguinaire de sauvagerie qui venait d’avoir lieu aurait intimidé n’importe qui.

Il observa le ciel, ou plutôt, le nuage sombre dans lequel ils évoluaient depuis quelques jours. On ne voyait pas à dix mètres, tout était d’une couleur de plomb. Faisait-il jour ou nuit ? Aucun moyen de savoir. Il détacha le manteau épais du capitaine mort et le passa sur ses épaules. Soulevant, petit à petit, le corps sans vie, il l’éjecta par dessus la rambarde, signifiant la fin définitive du règne de Sorcor. Il se tourna ensuite vers tous les autres pirates, qui avaient assisté à la scène. Toma, Cynydd, Mike, mais aussi Marcellus, et tous les autres encore vivants sur le vaisseau.

«Jaasau le Baron Noir, fils de Vanylle et Grand-Vent, passe désormais Capitaine du Pourfendeur. Si un seul d’entre vous tente de s’y opposer, il rejoindra la créature sans nom qui dirigeait ce vaisseau jusqu’à lors.»

Il lui avait fallu vivre l’enfer, la solitude, l’obscurité, la honte, l’échec, mais finalement, il avait réussi. Le Pourfendeur était à lui.

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Posté dans Re: [RPI] Autant en emporte Grand Vent.   -

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