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[RPI] Ce que les Hommes oublient, les pierres s'en souviennent.

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Peuplade

On m'appelle Fjölan Kallhjärta


Infos Personnage
RANG: Peottre, Nivilk, Agazhar, Dhungaärd, Hermine, Alenoä, Edörja, Niklas, Oönvüla.
VILLE & APPARTENANCE : Ystenhaim, Shaas d'Argent, Clan Kallhjärta
MON AGE : 26 ans
Féminin
MESSAGES : 1002
AGE : 23
INSCRIT LE : 05/05/2012
PSEUDO HABITUEL : Sumire
Joyaux : 7200
http://www.ile-joyaux.com/t732-fjolan-kallhjarta#16739 http://www.ile-joyaux.com/t2021-faction-erfeydienne-les-shaas-d-argent
Posté dans [RPI] Ce que les Hommes oublient, les pierres s'en souviennent.   - Jeu 10 Juil 2014 - 12:21


Le crépuscule mourait lentement. Arrivée à l’orée de la forêt, Fjölan se stoppa et débarrassa le wyrmide de son harnachement. La bête resta un instant à la regarder avec un air un peu idiot, attendant une récompense pour tous les efforts qu’il avait fourni ces derniers temps. Elle secoua la tête, blasée par cet énorme reptile un peu trop pot de colle pour son espèce. Sans aucun état d'âme ni pincement au cœur, l’Erfeydienne lui ordonna de partir, assénant une petite claque sur le flanc de l’animal, qui s’éclipsa avec un grognement déçu. Elle savait qu'elle le retrouverait aisément, il sentirait son retour.
Levant la tête pour observer ce qui l’attendait, elle frissonna devant l’immensité qui s’offrait à ses yeux. D'effroi ou de froid ? Telle était la question. Les Trois Glaciers étaient déjà bien impressionnant de loin, mais de près, ces géants de glace colossaux étaient tétanisant. Tous les connaissaient de vue, comme d’étranges voisins, un élément du décor, mais bien peu avaient pu les observer comme elle le faisait aujourd’hui. Des titans que personne n'osait visiter, sous peine de perdre l'esprit ou tout simplement la vie. Et elle, la voilà autorisée à pénétrer ce mystique territoire. Pourtant, elle n’y trouva aucune fierté, seulement une maigre hâte à savoir ce qu’il s’y trouvait. Elle soupira et, pleine d'énergie malgré ses précédentes péripéties, elle se mit en route vers cette étendue blanche montante. Elle fut d’ailleurs étonnée d’y trouver une trace de sentier qui s’enroulait autour des parois, presque invisible, mais bien ici présente, sûrement un passage utilisé par des Jölgalts. Peu confiante, elle se risqua tout de même à l’emprunter, ce qui restait préférable à une interminable séance d’escalade, quand bien même elle aura obligatoirement à passer par ce genre de contrariétés.

Au début, elle aurait presque cru à une promenade de santé, mais le temps se détériora, tout comme le terrain. Pire encore, le soleil s'était déjà couché. Elle avait souvent à grimper pour retrouver un passage, parfois même à se risquer à quelques sauts malgré la faible visibilité accentuée par la brume et la neige. Même son feu d'ithylium ne suffisait pas complètement à aider à voir. Le chemin était long, de plus en plus pentu par certains endroits, cette traversée devenant propice à des réflexions décourageantes qui lui faisaient perdre goût à sa tâche. Si elle parvenait à trouver quelque chose, il y’avait de fortes chances qu’il s’agisse d’un cadavre. Plus elle montait, plus le vent soufflait et se faisait mordant. Comment pouvait-on survivre là des mois durant ? C’était donc ça les Trois Glaciers ? Un enfer blanc où régnait éternellement un temps observé durant les pires jours de l’année ? De toute manière il était trop tard pour reculer. Lentement, la rage au ventre, elle avançait, sans se laisser abattre. Elle commençait à penser sérieusement que Peottre cherchait à se débarrasser d'elle dans les terres du Gardien. Si c'était le cas, il pouvait espérer longtemps. Ça ne l'étonnerait pas s'il jalousait son influence et sa détermination. Ou bien peut-être qu'elle s'était précédemment faite trop insolente à son égard. Mais peu importe, elle trouverait coûte que coûte Agazhar, mort ou vivant. Elle avait mille autres choses à faire, hors de question de s'attarder sur cette mission. Alors la jeune femme tint bon, serrant les dents. Quand bien même cette montée durait depuis le début de la nuit, qu’elle ne sentait plus ses doigts, même dans ces gants fourrés, que ses cils étaient saupoudrés de lourds flocons et que ses lèvres se craquelaient de sillages salés.
Peu avant l'aube, elle finit par s’asseoir sous une corniche, enroulée dans sa cape en se frottant les épaules, courte pause, court instant de faiblesse. L'Erfeydienne fit flotter en face d'elle la boule de feu qui avait servit à l'éclairer, qui lui offrit maintenant une douce chaleur, bien que les rafales rendaient sa subsistance compliquée. Son lien était une bénédiction dont elle ne pourrait pas se passer dans ce genre de conditions. Elle en profita aussi pour grignoter quelques morceaux de viande séchée pour se requinquer, et se permit même un bref sommeil pour reprendre un peu de vitalité. Fjölan se remit cependant vite en route avec une énergie mauvaise, car s’arrêter trop longtemps la couperait dans son élan.


Le brouillard s’était enfin dissipé, grâce aux lueurs matinales du soleil, et elle put enfin prendre la direction des sommets sans aucun doute sur sa route. Le blanc environnant était si pur qu’il lui en brûlait les yeux. Les paupières plissées, elle continua d'avancer par de maigres routes tracées par les rares animaux qui vivaient en ces terres interdites. Pour l’instant, rien ne semblait sortir de l’ordinaire, mis à part le gigantisme des glaciers et le calme imbattable. Il faisait un tel froid qu'elle dû se couvrir le nez et la bouche avec l'écharpe qui était serrée autour de son cou. Ses narines lui semblaient bien sèches, et si elles se mettaient à saigner maintenant, cela serait bien handicapant par la suite
Maintenant que le temps s’était dégagé, elle n’avait aussi jamais vu un ciel si bleu, tant qu’elle s’était arrêtée quelques secondes pour l’observer. Aucun bruit. Le vent, seul le vent, sifflement incessant et ininterrompu, seul chant des Trois Glaciers. Pas un bêlement de chevrin aux alentours, pas un seul prédateur pour lui barrer la route, juste le vol silencieux de quelques oiseaux. C’était même un peu trop calme à son goût, alors que la nature Erfeydienne, malgré son manteau de neige constant, jouissait d’une faune agitée et omniprésente, ce lieu était presque un désert.

Solitude. Elle avait l'impression d'être le dernier être humain sur terre. C'était à la fois électrisant et déroutant. Une solitude aussi profonde que le ravin en face d'elle, gueule de glace béante et menaçante. Une partie d'elle était déçue par ce vide, quand une autre s'en sentait apaisée. La Hön oublia quelques secondes ses préoccupations dans cette contemplation. Elle oublia la guerre, les morts, l'invasion. Elle sourit.

Le passage se faisait de plus en plus étroit, jusqu’à la rapprocher dangereusement du vide. Fjölan du avancer sur plusieurs mètres dos contre le glacier, précipice juste sous son nez, avant de retrouver une misérable plateforme. Elle se rendit alors compte que sa route s’amenuisait finalement jusqu’à devenir une mince corniche qui disparaissait doucement, signalant la fin du chemin. Elle pesta et regarda autour d’elle, n’apercevant aucune autre issue. La jeune femme leva le menton et grogna. Espérons que le terrain soit plus praticable plus haut... Elle réajusta la sangle de son sabre sur sa poitrine, dégagea un peu ses bras de sa cape, avant de dégainer un poignard de sa cuisse. Et alors, elle entama son ascension, à même la falaise, s’accrochant à des prises incertaines, montant sans conviction d’atteindre le haut, en étant tout à fait consciente que la moindre chute lui serait fatale. Sa dague compensait parfois l’absence de creux à agripper, mais son équilibre restait pauvre.

Elle s’arrêta plusieurs fois, le souffle court, parfois coupé en se sentant attirée par le vide. L’Erfeydienne ferma les yeux, inspirant sèchement par le nez, avant de se reprendre en main. Son pied glissa alors, lui tirant un cri qui résonna dans un écho que personne n’entendrait. Elle ne tenait plus que par la force de ses bras. En plus de lutter contre sa chute imminente, elle lutta aussi contre la panique, qui envahissait de plus en plus son esprit. Si elle se cassait les genoux, personne ne pourrait la sauver. Si elle mourrait, personne ne le saurait. Solitude. Ses jambes s’agitèrent un moment dans le vide, avant qu’elle ne puisse enfin retrouver des appuis solides. Son cœur battait à lui en exploser la cage thoracique, mais au lieu de chercher à récupérer des forces, elle préféra profiter de l’afflux d’adrénaline pour enfin en finir avec cette folie. Quand elle eut atteint son objectif, la guerrière n’eut aucune honte à s’allonger un moment sur le dos, bras écartés comme pour embrasser ce ciel à l’azur improbable et les hauts glaciers, qui lui semblaient encore plus gigantesques, quand bien même elle avait gravit une hauteur incalculable. Cette ascension avait duré déjà trop longtemps. Combien de temps ? Une nuit et une journée déjà, elle supposait. Elle pria le Gardien de pardonner sa profanation. Étrangement, malgré son sentiment de culpabilité, le fait de pénétrer cette zone faisait qu’elle ne s’était jamais sentie aussi proche du protecteur des Erfeydes. Personne ne saurait dire s’il s’agissait d’un élan de spiritualité ou tout simplement une autre conséquence de l’air qui commençait à s’appauvrir en oxygène.
Elle eut encore plusieurs séances d’escalade à subir, dont une qui lui causa une courte, mais cuisante chute. A peine plus de trois mètres, mais elle avait atterrit flanc contre un rocher. Elle avait hurlé de douleur et s’était assise un instant en ruminant. Après s’être palpé son hématome, elle fut rassurée de ne s’être rien cassé,  mais récoltant tout de même un bleu hideux et extrêmement douloureux. En revanche, elle fut bien plus courroucée de voir sa fiole d'ithylium éclatée au sol. Plus de feu. Elle n'aurait plus de feu pour continuer. Fjölan ferma les yeux et déglutit, se trouvant presque stupide à sentir son cœur battre si fort par un accès de stress. Les choses se compliquaient encore. Elle regretta que sa cape ne possède pas des fourrures plus épaisses, car soudain, elle se mit à craindre plus fébrilement la fraîcheur.  

Il vint un instant où elle n’eut plus grand-chose à gravir. Les parois de glace étaient plus abruptes et aller vers les sommets ne lui garantissait pas plus de trouver signe de vie. Le froid était devenu presque insupportable et elle s’essoufflait plus facilement. Mais sa route l’amena à une bien étrange découverte.
Une grotte. Non pas de celle qu’elle avait déjà remarqué, de formes diverses et naturelles, mais bien plus grande, aux contours bien délimités. L’Erfeydienne la vit comme un abri idéal pour toute personne égarée dans ces glaciers impitoyables et décida de s’y risquer. Elle n’avait plus rien pour s’éclairer, mais elle saurait bien vite s’il s’y trouvait un vieillard, un corps ou rien du tout. Entrant prudemment, elle se rendit compte que l’endroit s’enfonçait bien plus que prévu, jusqu’à réduire sa visibilité à néant. L’Erfeydienne grommela et s’appuya contre les parois froides et granuleuses de la caverne. La pierre rugueuse glissait sous ses doigts engourdis, seul repère dont elle bénéficiait dans ce noir total. Puis, la matière se fit plus lisse, moins naturelle, comme polie. La jeune femme devina ensuite d’intrigantes gravures. Une décoration ? Des écritures ? Une fresque ? A peine eut-elle haussé un sourcil qu'elle ne put s’interroger bien plus longtemps, et un éclair blanc traversa ses yeux.


Le froid quittait doucement sa peau. L’air qu’elle respirait n’était plus le même, plus lourd, plus parfumé, chargé de vie et d’épices. Fjölan ouvrit lentement les yeux et poussa un cri. Elle n’était plus dans la grotte. Elle n’était apparemment même plus aux Erfeydes. Elle était là dans une allée pavée de marbre noir où circulaient de bien singulières personnes, vêtues de tissus légers et colorés. Tous semblaient joyeux et en bonne santé, discutant dans une langue qu’elle ne connaissait pas. Ils n’avaient pas l’air de la remarquer. Elle se rendit même compte par la suite qu’ils la traversaient. Elle ne prit pas en garde bien longtemps qu’elle était éthérée, car la vision était bien plus prenante que ce détail bizarre. Les bâtiments que longeaient les habitants étaient somptueux, n’ayant rien à voir avec tout ce qu’elle avait vu de toute sa misérable vie. Misérable, c’est le mot qui résonnait dans sa tête, à la vue de ces décors merveilleux. Elle se sentait misérable. Ici tout n’était qu’opulence et sérénité, d'une beauté surpassant les contes les plus fantastiques qu'elle avait écouté. Ces gens vivaient pleinement, quand dans son monde chaque jour n’était que survie. Elle aurait voulu avoir plus de deux yeux pour profiter correctement de ce qu’il s’offrait à sa vue. De hautes tours blanches, des dômes délicats, des arbres aux couleurs improbables, des fleurs aux parfums envoûtants. Les maisons étaient d’or et de verre, aux murs d’écailles de teintes subtiles ou de pierres luisantes. Les ornements étaient partout, faisait de chaque élément une œuvre d’art. Même le ciel lui semblait être une fresque, un ciel de feu qui dépassait la plus belle des aurores Erfeydiennes. Le bleu des Trois Glaciers faisait bien pâle figure à côté. Un sentiment d’allégresse et de plénitude avaient rempli son cœur, sans autre raison que l’ambiance qui régnait autour d’elle. Parmi les passants, il y’avait des gens occupés à installer des choses, décorer ces murs et arches qui étaient déjà somptueux à nu. Quelque chose d’important se préparait et tous avaient l’air d’y avoir grande hâte. Elle continua sa promenade quand elle remarqua une femme assise sur un banc de pierre taillée qui chantait d’une voix claire, accompagnée d’un instrument compliqué aux multiples cordes. La mélodie était de cristal, ondulante et réconfortante. Elle aurait pu rester longtemps à l’écouter, mais son voyage sembla se terminer ici, la voix se faisant de plus en plus lointaine.

Une larme coula sur sa joue sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, et les décors s’estompèrent, se fanèrent, avant de fondre complètement pour la rendre au noir et au froid de la caverne. Elle prit une grande inspiration glacée et il lui sembla que sa bouche était sèche. Elle avait aussi faim, tant qu’elle mangea tout ce qui lui restait de viande, bu un peu dans sa gourde désormais bien légère. Il faisait bien plus sombre et quand elle se retourna, elle se rendit compte qu’elle était de nouveau au beau milieu de la nuit. Tout lui semblait bien fade ici et elle n’avait sûrement jamais quitté la grotte. Elle avait du mal à comprendre ce qui lui était arrivé, c’était comme si elle avait vu les souvenirs de quelqu'un d’autre. Mais tout lui avait paru si réel qu’elle avait bien du mal à se dire qu’elle n’avait probablement jamais mis les pieds dans cette ville étrange. Elle mit un certain temps à se rappeler ce qu’elle faisait ici et s’enfonça de nouveau au fond de l’excavation. L’oracle, elle devait retrouver l’oracle.


Mais après quelques mètres, le même phénomène se reproduit. Avec excitation, elle retrouva la même ville, mais cette fois-ci, il faisait nuit. Une nuit aux milles lumières, aussi douces que subtiles. Les bâtisses étaient plus modestes que celles qu’elle avait vues avant, mais elles restaient charmantes et agréables à l’œil, décorées de fleurs et de lampions. Elle était là sur une place agitée, les gens étaient tous en train de danser, rire, s’amuser. Une fête, c’était une fête. En l’honneur de qui ou de quoi ? Elle n’en savait rien. Le feu était le seul élément qui dominait, dans les braseros, les torches ou celui que crachait des acrobates, mais aussi dans les couleurs des fanions, des étendards et même celles des tenues des villageois. Son élément, qui l'apaisait et l'hypnotisait. Elle ne pouvait pas mieux tomber. Il y avait des danseurs qui agitaient avec grâce de longs et légers tissus rouges et or, au rythme d’une musique entraînante, composée de multiples instruments à vent aux sons délicats et enchanteurs. Des jeunes filles aux joues roses tapaient sur des tambourins ornés de clochettes en chantant dans leur langue qui semblait de moins en moins étrangère à Fjölan. Des odeurs sucrées et fumées lui parvinrent au nez, provenant d’étals qui vendaient des mets qu’elle n’avait jamais vu, fait pour satisfaire les papilles et non pas seulement l’estomac. D’étranges feux s’allumèrent dans le ciel, explosant en crépitant. Une attaque ? Personne ne sembla s’en inquiéter, au contraire, des groupes d’enfants s’en émerveillaient, riant à chaque apparition de ces étoiles filantes visiblement tirées par des hommes. Tout était propice à la célébration, comme si cette fête était la seule chose dont les gens avaient à se préoccuper. Insouciance, plénitude... Cette atmosphère, elle avait presque l'impression de la vivre aussi pleinement que la foule. L'Erfeydienne resta un bon moment à se promener, parmi eux, s'imprégnant de chaque détail comme pour s'inspirer de leurs fascinantes existences. Elle aurait voulu se joindre à eux, mais elle n'eut pas même l'occasion de se lamenter sur l'isolement que causait sa transparence, car déjà la scène flétrissait et s’assombrissait comme une peinture soumise à l’eau. Elle était une nouvelle fois rendue à la glace et à la saleté. A la faim et à la fatigue.
Le souffle putride de la folie effleura son visage.


Serrant les dents, main appuyée contre son ventre qui gargouillait, elle sentait ses jambes trembler comme si les pauvres mètres qu’elle avait parcouru avaient été des kilomètres. Sous ses doigts, les gravures se faisaient de plus en plus morcelées et granuleuses. Qu’est-ce qu’elle faisait là au fait ? Où étaient les tours d’or, les toits de verre ? Les odeurs épicées et l’air chaud ? Elle voulait revoir les fêtes de feu, entendre de nouveaux les chants. Grattant le mur, elle le supplia de lui rendre ces visions qui étaient un tourbillon d’émotions, de sensations et de sentiments différents, dont elle voulait toujours plus. Pire encore, il lui semblait en avoir besoin, les demandes vitales que lui criait son corps lui semblaient bien futiles à côté. Dans un accès de démence, elle s’était mise à rire, à pleurer puis chanter. Une hilarité qui n'était pas la sienne, des larmes ne lui appartenant pas, des chants n'ayant jamais habité sa voix. Et alors, une dernière scène lui réapparût, mais pâle, lointaine.
Des colonnes gravées, de grandes statues, un plafond peint d’une magnifique fresque. Un intérieur grandiose dont elle avait de plus en plus de mal à distinguer les détails. La démarche des gens autour d’elle était saccadée, les couleurs vives se faisaient grises, les sons n’étaient plus qu’échos.

-Non ! Encore un peu ! Montre-moi plus !

Sa demande se perdit dans le vide, elle retourna aux ténèbres humides. La guerrière se laissa glisser dos contre le mur gravé, et elle comprit qu’elle ne verrait plus rien. Elle s'efforça de reprendre conscience de la réalité. Son esprit semblait s'être très légèrement calmé, mais elle se sentait faible et fiévreuse, assise dans le noir et ne sachant plus quel jour elle était. Elle avait eu l’impression que seules quelques misérables minutes s’étaient écoulées, mais elle n’était pas dupe, son état parlait pour elle. La Hön tremblait un peu, tête ballante, comme une personne souffrante. Mais c'était à une maladie de l'esprit à laquelle elle avait échappé de justesse. Elle avait terriblement soif, elle était exténuée et se sentait crasseuse. Mais bon sang qu'était-ce que tout cela ?

Elle eut la volonté de se relever et de sortir seulement quand elle repensa à sa faction, son pays, à la guerre. Tout cela comptait plus que tout. Elle ne pouvait se permettre de finir ici, alors qu'on l'attendait. On avait besoin d'elle, elle le savait. L'Erfeydienne se sentait, peut-être exagérément, responsable de ce peuple morcelé et belliqueux qui était le sien. Le protéger, l'unifier, l'enorgueillir. Oui, voilà ce qui lui importait, ce qui primait sur quoique ce soit. Les ambitions qui coulaient dans sa famille depuis des générations, déjà appliquées à petite échelle au sein des villages des Shaas d'Argent. Ces terres gelées, aussi cruelles étaient elles, elle les aimaient et jamais elle ne laisserait la peste qu'était ces étrangers les souiller. Jamais.
Rien ne comptait plus que cela en son cœur. Féroce et fière, elle ne comptait pas lâcher si facilement ses convictions, même pour de déroutantes illusions. Chaque fois qu'elle songeait aux siens son corps vibrait au rythme de son cœur, exultation de son âme combattante et patriote. Encore un effort, même si l'énergie manquait, même si ses paupières se fermaient toutes seules.

Dehors il faisait de nouveau jour, et elle eut grand peine à quitter la grotte, comme si ses pieds n'étaient plus habitués à son poids. Elle finit par s’écrouler à genoux, juste à l’entrée, épuisée. Allait-elle mourir ici, à cause de son idiotie oisive ? Elle allait finir bêtement et abandonner son pays à cause de stupides visions, voir d'hallucinations ? Alors pourquoi elle se sentait si vide depuis qu’elle était revenue à la réalité ? L’Erfeydienne se sentait devenir dingue et elle entendit alors une voix chevrotante non loin d'elle. Non, elle n’était pas détraquée, cette voix était bien là, en face d'elle, elle voyait une silhouette. Fjölan soupira, rassurée de ne plus délirer pour de bon.

- J’ai vu le Gardien ! Je sais qui il est ! Nous allons tous mourir !

Elle essaya d’articuler quelques mots, mais déjà ses yeux se fermaient, et elle sombra. Elle n’eut seulement le temps que de comprendre qu’elle avait enfin accomplit sa tâche.
Mais les mots résonnaient dans sa tête. « Nous allons tous mourir » . Probablement, oui, se dit la jeune femme.
« J'ai vu le Gardien »
Ses yeux se rouvrirent et se relevèrent vers cet oracle, qui ressemblait plus à un épouvantail gelé qu'à un être humain. Étant presque le nez dans la neige, elle se redressa avec grand peine, toujours à genoux, mais droite, menton levé, mains posées sur jambes. D'une voix rauque, presque éraillée, elle déclara :

-Peottre m'a envoyée te chercher.

Elle s'arrêta. Nous sommes en guerre, des étrangers ont franchit la muraille, nous avons besoin de toi. Ce n'était pas les phrases à dire qui manquaient, mais elle restait bloquée sur les paroles du vieux fou. Étaient-ce juste les caquètements stériles d'un homme ayant vécu en ermite trop longtemps, ou d'importantes révélations ? Elle secoua la tête et renonça à sa curiosité. Elle avait déjà vu bien trop. Le Gardien attendra, c'est ce qu'il savait faire de mieux, le pays lui ne le pouvait pas.

-Nous subissons une invasion, Agazhar. Si tu n'agis pas, nous allons effectivement tous mourir. Si ce n'est pire.

Se relevant, elle scruta le regard perdu et hagard de l'oracle, essayant d'y trouver une once de raison. Mais plus elle l'observait, plus elle estima que bien qu'elle avait ici trouvé son enveloppe charnelle, son âme elle semblait errer ailleurs. C'était mieux que rien. Mieux qu'un cadavre.







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