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[RPI] Deux jours, Trois nuits. Secrets murmurés, Rêves chuchotés.

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Posté dans [RPI] Deux jours, Trois nuits. Secrets murmurés, Rêves chuchotés.   - Mar 25 Nov 2014 - 2:40

Un sourire froid étira ses lèvres, quand il vit les toits de son village natal apparaître au loin. Il n’y passait plus trop souvent. En règle générale, il était soit à Vagarhaim en train de former des dresseurs, des espions, ou de dresser lui même des bêtes, soit à Ystenhaim. Pratiquement jamais chez lui. Et même s’il ne l’aimait pas beaucoup, il avait tout de même une mère, chez lui, qui malgré son âge avancé, vivait toujours. Peut-être pas dans les meilleures conditions. Elle était aveugle, et sa jambe malade refusait de porter son corps. Krav savait pertinemment qu’elle n’en avait plus pour longtemps. C’était probablement une de ses dernières visites. Quelque part, ça l’arrangeait, qu’elle finisse enfin par mourir. Sa vie n’était que souffrance depuis déjà plusieurs mois, et il n’avait pas le temps de s’occuper d’un tel poids. Même si elle restait, qu’il le veuille ou non… sa mère.

Il était à dos de wyrmide, comme toujours, et sur le dos de la bête reposait un cadavre de Nageombre. Il avait chassé le bestiau quand un des wyrmides à Vagarhaim avait fini sa période de dressage et avait été assigné à un cavalier, mais il avait eu de la chance. C’était une femelle enceinte de trois petits, qui furent morts-nés, mais bien développés. La chose étant rare, il avait laissé les petits au reptile et avait récupéré le cadavre éventré de la mère. Cela leur servirait de repas. La chair de nageombre était très musculeuse, mais bien cuite, elle avait un goût étrangement fruité et iodé, et était surtout très nourrissante.

Sa maison, enfin celle de sa famille, était en bordure du village, et c’était la plus piteuse de toutes. Elles l’étaient toutes, mais celle là tombait carrément en ruine. Attachant le wyrmide autour d’un piquet de bois solidement enfoncé dans le sol gelé, il aperçut d’ailleurs plusieurs trous dans le toit. Cela lui ferait quelques occupations pour les deux ou trois jours qu’il passerait ici. Car à vrai dire il se serait fort bien passé de cette visite, mais il était impératif qu’il la revoie. Il ne l’aimait pas, c’était un fait. Cependant, elle était la seule personne à qui il pouvait parler de tout ce qu’il voulait sans retenue. Cela faisait déjà des années que tout le monde la considérait comme une vieille folle dénuée de tout sens commun, mais Krav savait que sous le voile de la folie se cachait un esprit encore en parfait état de fonctionnement. Et quoi qu’il dise, elle emporterait bientôt ses secrets dans la tombe.

Il fut surpris, en entrant dans la bicoque de bois, de constater qu’il faisait quasiment aussi froid dehors que dedans. Sa mère était là. Allongée, comme toujours, paralysée par la maladie. Ses yeux laiteux se tournèrent vers l’entrée quand Krav pénétra dans la maisonnée, et un sourire édenté vint rendre encore plus hideux une face déformée par les tics nerveux, les plis du temps et le teint grisâtre de celle qui danse avec la mort.

«Le fiston vient rendre visite à sa petite maman ?, demanda-t-elle, sarcastique. Elle huma l’air et haussa un sourcil, blanchâtre aux poils épars. Du Nageombre ? Tu nous ramènes une de ces sales bêtes à la maison ?

- Ferme-la, vieille bique, s’emporta Krav, déjà exaspéré par le ton de sa mère et ses manières. Le Nageombre est mort, ça nous servira de repas. Et laisse-moi poser mes affaires avant de m’emmerder, s’il te plaît.»

Il était assez difficile de croire qu’un enfant puisse parler ainsi à sa mère, et c’est ce qui venait pourtant de se passer. Il se sentait inextricablement attaché à elle, peut-être parce qu’elle lui avait enseigné toutes les subtilités de son art, de la maîtrise du chant du vent, et que c’était, quelque part, grâce à elle qu’il en était là aujourd’hui. Elle l’avait délaissé pour son frère et sa soeur, mais en attendant, il était le seul qui était désormais respecté par toute une faction pour les efforts qu’il avait fait et les preuves de sa force et de sa loyauté.

Il laissa tomber son manteau dans un coin, et s’efforça pendant une dizaine de minutes d’allumer un feu dans l’âtre, mort depuis des lustres. Sa mère, comme lui, avait un lien affilié au vent. Il lui était totalement impossible d’allumer un feu dans son état. Le fait qu’elle soit en vie était proprement miraculeux.

«J’ai besoin de parler.»

La vieille femme eut un rire éraillé, et se redressa autant qu’elle le put sur le matelas sur lequelle elle reposait, et qui occuperait bientôt la place de lit de mort.

«Ta voix ne peut pas me mentir, Krav. Elle est pleine de doutes, d’incertitudes. Fais-nous à manger d’abord. On parle après.»

Le second des Shaas était réellement à deux doigts de précipiter son voyage dans l’au-delà, mais se contint, à grand peine, et débarrassa la table miteuse avant d’aller chercher le nageombre reposant toujours à l’entrée. Il sentit sa mère guetter chaque bruit et chaque odeur, pendant qu’il dépeçait et triait consciencieusement l’animal.

«Tu chantes toujours avant de dormir, petit ? demanda-t-elle.

- Toujours, répondit Krav sur un ton sec. Il chantait même dès qu’il en avait l’occasion.

En fait “chanter” signifiait essentiellement “s’harmoniser” avec son lien, selon les techniques enseignées par sa mère. Entendre et comprendre, essayer de reproduire les sons, de leur transmettre des messages, des émotions. C’est comme ça qu’il dressait les wyrmides, notamment, et qu’il ciblait les sons qu’il voulait entendre, et ceux auxquels il préférait rester hermétique. Mais depuis son enfance, il avait bien progressé. Depuis son ascension il développait même un aspect très peu musical, mais hautement offensif de son lien. Il le trouvait barbare (ironique pour un Erfeydien), dénué de tout charme, de toute discrétion, mais n’avait pas le choix. Les armes seules avaient de moins en moins d’effet sur les étrangers.

- C’est bien, Krav. Ton père serait fier de toi, soupira la vieillarde.

- Ne fais pas référence à ce chien devant moi, sale folle ! s’emporta Krav, qui venait passer de l’agacement coutumier en présence de sa dégénérée de mère à la colère brûlante. Ce type était un chien, pas foutu de voir que son fils essayait juste de le rendre fier et de montrer de quoi il était capable ! Si les Etranger ne l’avaient pas tué, je l’aurais fait moi-même !

Un petit soupir triste s’échappa des lèvres gercées de l’ancêtre. Certes elle n’avait jamais rien pu faire contre l’éducation abominable qu’avait réservé le chef de famille à ses enfants. Plus encore à Krav qui avait toujours été vu comme une erreur, une malédiction du Gardien.

- J’entends de la tristesse dans ta voix, mon fils.

- Ta gueule.

Krav se mura dans un épais silence, se concentrant entièrement sur l’animal. Il se servit dans les fonds de pots qui restaient entassés sur les étagères - les voisins faisaient de temps en temps la cuisine pour elle, histoire qu’elle ne crève pas de faim. Puis il nourrit le feu, et commença à faire cuire l’animal sur une broche. Le tout serait prêt d’ici une ou deux heures. En attendant, il resta à fixer l’âtre. Il ne voulait pas lui adresser la parole. Son père était mort alors qu’il traquait deux déserteurs, son frère et sa soeur (deux dans la même famille, tu parles d’un déshonneur), et avait appris la chose à son retour. Il réservait de sales coups à son géniteur, qui lui avait volé et pourri son enfance, tout ça parce qu’il était “différent”. Finalement, il était second des Shaas, poste auquel son abruti de père n’osait même pas rêver tant il semblait inaccessible pour un Vedskygge.

*J’espère que tu vois tout de là-haut, ça doit te couper la chique…*
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Posté dans Re: [RPI] Deux jours, Trois nuits. Secrets murmurés, Rêves chuchotés.   - Mer 25 Fév 2015 - 14:17

La maison s’était un peu réchauffée, et dégageait désormais une agréable odeur de poisson cuit. Malgré le côté félin des Nageombre, leur chair était plus proche en terme de goût et de texture du poisson que du mammifère. D’où l’odeur. Krav cuisinait très bien le gibier, il en était même assez fier. Il faut dire, celui-ci était disponible à peu près à toute heure et proche de chez lui. Et il s’agissait également du mets préféré des wyrmides, qui bien que le préférant cru, ne rechignaient jamais à un morceau cuit.

A part le bois dans le feu qui craquait de temps à autres, il n’y avait pas le moindre bruit dans l’espèce de cabanon qui leur servait de maison. Depuis que le Shaas avait envoyé balader sa mère, il n’avait plus prononcé un mot, et elle, un minimum lucide, s’était bien gardée de le provoquer inutilement. Ca n’allait pas durer, évidemment. Si Krav était là c’était pour discuter avec sa mère, le silence n’était vraiment pas.
Il se servit un généreux morceau de carcasse rôtie, et en coupa un plus modeste pour sa mère, qu’il réduisit quasiment à l’état de bouillie. Sa mère avait beaucoup de difficultés à ingérer la nourriture en morceaux. Sa bouche était un grand vide dans lequel émergeait aléatoirement un affleurement d’émail noirâtre décomposé. Cette simple vue révulsait Krav. Sa mère le savait, elle souriait aussi souvent que possible. Les habitants de l’île Blanche ne disposaient peut-être pas de l’hygiène de vie continentale, mais ils savaient prendre soin d’eux. La folie de sa mère en avait fait une femme négligée, bien avant que la maladie n’en fasse un débris croulant. Elle faisait honte à son fils.

Il l’aida à se redresser en évitant de croiser son regard mort, et mit l’assiette entre ses mains sans douceur.

Le repas fut comme la cuisine : totalement silencieux, excepté les quelques bruits de mastication et de déglutition qui virent le rompre à intervalles réguliers. On entendait aussi distinctement le vent, à l’extérieur. Il faisait grincer chacune des planches de la bicoque, et on y voyait déjà plus rien. Le soleil n’était pas du genre à se montrer souvent au bord du Loch, et la nuit avait étendu ses voiles sur toute la région voilà bien une heure.

Même s’il était venu pour ça, il n’était pas spécialement pressé d’entamer les dialogues avec sa génitrice. Déjà parce que sa voix l’insupportait. Eraillée, nasillarde, ponctuée par les accents caractéristiques de la folie. Et elle avait une manière particulièrement difficile à intégrer de mettre le doigt sur ses véritables sentiments, et de les lui envoyer à la figure sans le moindre tact. Lui qui était passé maître dans l’art de cacher ses émotions et pensées profondes, sa fierté en prenait un coup à chaque fois. Et un autre détail. Quoi qu’il fasse, et malgré l’état atrocement décrépit de sa mère, elle chantait toujours éminemment mieux que lui. Ça l’énervait. Beaucoup.

Ainsi, il prit tout son temps pour débarrasser la table et les couverts, récupéra les abats et entrailles du Nageombre, qu’il alla donner à Stiegg, qui dormait dans la neige à l’extérieur.

«Je vais bientôt partir pour les Mont Rûmar, avec les Shaas, dit Krav d’une voix sifflante.

- Je suis au courant, mon fils. On ne parle que des étrangers arrivés au nord de l’île, ces temps-ci. Mais tu n’es pas venu me parler de guerre et d’étrangers, si ?

- Peut-être. Mais j’ai des questions. Tout d’abord : le Gardien est-il réellement le protecteur de l’île blanche et de ses habitants ?»

Cette question, posée par un Erfeydien, adulte qui plus est, frôlait l’hérésie. Et ça n’était que le début. Beaucoup de questions le tourmentaient depuis le début de la guerre et qu’il avait rejoint les Shaas d’Argent. Des doutes qu’il ne pouvait pas laisser transparaître : ce n’est pas ce qu’on attendait de lui. Le Hön attendait qu’il la seconde selon ses volontés et lui apporte la lumière viciée de sa lanterne Vedskygge. Les autres attendaient qu’il leur donne les ordres, et qu’il les mène vers un but précis. Mais en dehors de toutes ces obligations, Krav restait un homme, qui entendait, voyait et pressentait beaucoup de choses. Et faire le tri était parfois difficile. Il n’avait ni la ferveur d’un Norheim, ni la vigueur d’un Kallhjärta, et visiblement, une foi bien en deçà de celle des Hagen. Même sa famille, les Shen’Mäga, n’avait que peu de choses en commun avec lui. Qu’on s’étonne après qu’il préfère passer sa vie avec ses lézards. Voilà un domaine dans lequel il n’avait pas le moindre doute. Pourtant, il se savait intelligent. Il réfléchissait vite, bien, et souvent, là où les autres voyaient une impasse, il voyait une brèche où s’engouffrer. Il agissait et penser à la manière des reptiles, alors que la grande majorité de son entourage fonçait martel en tête sans penser à autre chose qu’à pulvériser des crânes et faire pleuvoir des dents.

De fait, il ne se sentait à sa place nulle part. Il accomplissait son devoir avec l’honneur et l’efficacité qui étaient requis, mais pas une fois depuis qu’il était sorti du Labyrinthe il n’avait eu le sentiment de faire partie d’un tout. Que le Hön le tienne en laisse était une excellente chose. Seul, il serait totalement imprévisible. Donc dangereux.

«Bien étrange question que voilà mon fils… soupira sa mère, encore maculée de jus de nageombre à la commissure des lèvres.

- J’m’explique. Depuis gamin, je m’entends répéter que si je suis venu au monde, c’est pour vénérer, honorer et défendre le Gardien et sa putain d’île. Et qu’en échange, il me protégerait. Mais il y a quelques détails qui m’emmerdent. Déjà, le fait que jusqu’à y’a pas si longtemps, on s’entretuait encore joyeusement pour la domination de l’île. Domination personnelle. Rien à voir avec le Gardien. Ensuite, vous m’avez fait vivre une enfance proprement infernale sous prétexte qu’une merde de Shaas aurait été meilleur présent que ma naissance. Pour des gens censés célébrer la vie comme un cadeau du Gardien, on repassera. Et dernière chose. Nous, Erfeydiens, nous faisons massacrer, capturer, torturer par des étrangers qui ont des siècles d’avance sur nous. Ils se sont même installés proprement chez nous. On cumule défaites et échecs, mais les Oracles n’en branlent pas une, les Emissaires pas mieux, et l’île continue à être rongée par un mal qui ne cesse de se répandre. Alors, je veux bien lui donner ma vie, au Grdien. Mais là j’ai l’impression qu’il se fout un peu de ma gueule.»

Sa mère marqua un temps d’arrêt après sa tirade. Déjà parce qu’une diatribe pareille était mémorable de la part d’un homme aussi taciturne que Krav, et ensuite parce qu’elle avait du mal à réaliser le ton venimeux que venait d’employer son fils à l’égard de leur dieu. Si quelqu’un l’entendait, il avait toutes les chances de devenir déserteur, et pire encore.

« Je… les dieux ne sont pas des hommes, Krav. C’est grave, et très irrespectueux de leur attribuer autant de traits humains.

- Te fous pas de moi toi non plus. Admettons que nos sacrifices l’honorent, explique moi pourquoi il laisse cette vermine outremurienne fouler impunément le sol de son île. Après avoir fendu en deux leur premier émissaire, je tiens à préciser.

- Des profondeurs de ton hérésie, t’es-tu seulement dit qu’il nous mettait peut-être à l’épreuve ? Regarde, vous êtes maintenant capables d’utiliser votre lien sur deux éléments. N’est-ce pas un gage de soutien et d’engagement ?»

Pour le coup, Krav faillit s’étrangler, et étrangler sa mère avec. Ils étaient tous les deux bien placés pour savoir ce que la maîtrise d’un lien demandait comme temps et comme efforts. Ce nouveau don balbutiant ne renverserait jamais le cours de la guerre. Au mieux il surprenait. Mais prendre le temps d’en maîtriser autant d’aspects que leur lien natif n’entrait pas en ligne de compte. Niveau engagement divin, Krav avait vu mieux (et encore, même pas). Il n’arrivait pas à comprendre ce déni général.

«T’es aussi folle que tous les autres. Regarde, on se bat pour le Gardien et ses terres, et on crève dix fois plus que les déserteurs, qui eux passent encore et toujours entre les mailles du filet. De toute façon y’a même plus de filer, la plupart des hommes et femmes valides sont envoyés à la défense des terres au sud et au nord. Donc ils ont la belle vie.»

Sa mère eut un rire grésillant suivi de près par une quinte de toux particulièrement dégoûtante, comme si ses entrailles remontaient à chaque fois dans sa gorge avant de faire demi tour. Le second des Shaas préférait garder, comme depuis le début de la soirée, le regard rivé sur le feu. La vue de sa mère suffisait à le mettre en colère, et il était assez énervé comme ça. Lui faire sauter la tête de ses épaules n’était pas une bonne idée. Pas maintenant en tout cas.

«Tu es vraiment hypocrite, fils. Il y a peu, je me souviens, si si je me souviens. Toi et tes sales bêtes, parties pour le sud. Pourquoi parties ? Pour trouver frères et soeurs et les mettre à mal. Faire couler le sang, assouvir la vengeance. Et tu me dis qu’ils vivent mieux ? Alors tu es jaloux, c’est ça ?»

Un regard incendiaire se tourna vers elle. Elle ne réagit pas. Elle était aveugle de toute façon. Elle sentit l’immobilité et l’intensité des émotions de son fils, mais ne répliqua qu’avec un sourire sardonique.

«Ils ont trahi la famille. Et... »

Il lâcha un profond soupir.

«J’ai déjà libéré des déserteurs. Alors que j’avais le couteau, la gorge à trancher, et cent fois l’occasion de le faire.»
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Posté dans Re: [RPI] Deux jours, Trois nuits. Secrets murmurés, Rêves chuchotés.   - Lun 1 Juin 2015 - 14:27

La nuit était terriblement avancée. A l’extérieur, le vent soufflait avec force, ce qui ne semblait pas perturber le moins du  monde les deux êtres reclus dans la misérable bicoque de bois. Cette dernière menaçait de s’effondrer à chaque rafale, et tout comme sa propriétaire, tenait bon malgré tout. La mère de Krav ronflait en s’étouffant à moitié, pendant que son fils était assis devant la cheminée. Le wyrmide, qu’il avait fini par faire rentrer, prenait quasiment tout l’espace disponible de la petite maison. Et encore, il s’était enroulé autant que faire se pouvait. D’un calme contrastant avec la colère sourde qu’il ressentait depuis son arrivée, le dresseur aiguisait son arme consciencieusement. Arme assez originale d’ailleurs. Du moins pour le commun de la peuplade. Contrairement à beaucoup, qui utilisaient des armes puissantes comme des haches ou des épées lourdes, beaucoup d’hommes et de femmes chez les Vedskygge employaient leur talent de forgeron - ils étaient rares mais présents - pour fabriquer des armes fines, faites pour tuer discrètement, proprement, dans le silence et la furtivité. Beaucoup trouveraient ça lâche de se battre ainsi, et pourtant c’était cette même manière de combattre qui leur avait valu cette réputation inquiétante, en plus de leurs dons pour le renseignement. De fait, rares étaient ceux qui avaient un jour tenter de s’attaquer au clan. Les quelques imbéciles ayant tenté la choses n’avaient pas fait long feu; leurs rations de nourritures avaient été empoisonnées, et durant les nuits, les silencieux Vedskygge avaient lancé des commandos égorger les chefs de famille ou de clan ennemis. Krav avait déjà fait partie de ces unités chargées d’assassiner sans le moindre respect des ennemis du clan, et cela ne l’avait jamais dérangé. Il avait toujours pensé que dans un combat, ce qui comptait c’était le résultat et non les moyens de parvenir à la victoire.

Il tourna un regard chargé de haine et de dégoût vers le débris souffreteux, sa propre mère, dormant sur le petit lit qui occupait un coin de l’unique pièce de la maison. Tout en elle le rebutait. Son apparence immonde, qui tenait plus du cadavre en décomposition avancée que de l’être vivant, ses manières laconiques, méprisantes à son égard, ses incessants sarcasmes, sa voix éraillée et grinçante. Tout. S’il n’avait pas eu quelques timides scrupules, il aurait abrégé ses souffrances sans même sourciller. Le jeune homme tenait de toute façon plus du reptile que de l’humain dans le psyché, et il en était venu à ne plus faire si attention à la vie qu’il aurait du. Lui qui ne doutait de rien autrefois se retrouvait assailli par les incertitudes, et cela l’énervait, au plus haut point. A tel point qu’il en était venu à la conclusion suivante : il suivrait les ordres tels quels, et ne s’occuperait de rien d’autre. Il saisirait les opportunités comme elles viendraient, et se préoccuperaient avant tout de ce qui servirait ses premiers intérêts. Avec tous les événements de l’île, il n’arrivait même plus à croire sérieusement les idéaux de sa Hön. Tout du moins, pas avec autant de zèle qu’avant. Cela ne l’empêchait pas d’exécuter ses missions avec l’efficacité requise, néanmoins.

Une quinte de toux plus violente que les autres et un grincement de lit lui fit tourner la tête. Son reptile dormait profondément, enroulé autour de lui, Krav calé contre les écailles froides de l’énorme bête.

«Si tu meurs, essaie de le faire en silence, s’il te plaît.» dit Krav d’un ton acide.

Perdu dans de sombres pensées, il n’avait cependant pas apprécié du tout le fait que sa mère l’arrache à ses rêveries. Il lâcha un soupir en voyant la bouche édentée de sa mère esquisser un large sourire, proprement dégoûtant et prompt à lui faire vomir les morceaux de nageombre qui traînaient encore dans l’estomac. La vieille femme se redressa péniblement sur un coude, faisant craquer bruyamment ses articulations, et envoya une remarque à son fils sur un ton tout aussi sec que le sien.

«Tu sais très bien que je n’en ai pas pour longtemps, mon fils, ne presse donc pas les choses. Savoure l’agonie de ta mère.»


Sa mère eut un désagréable frisson en constatant le regard mort et glacial que lui adressa son fils. Elle savait qu’il ne l’aimait pas des masses, mais à ce point là… Elle fronça les sourcils par dessus ses yeux aveugles, puis se renfonça sous sa couverture. Krav, quant à lui, reprit sa première activité, à savoir affûter son âme pour qu’elle pénètre les chairs aussi facilement que de l’eau.

«Ton agonie, comme tu le dis, j’ai assez souvent pensé à l’abréger, quand j’étais plus jeune et coincé ici.»

Un maigre sourire, carnassier et dénué de toute joie, ornait ses lèvres. Sa mère ne pouvait bien sûr pas le voir, mais elle pouvait parfaitement sentir l’espèce d’amusement malsain qui perçait de sa voix sifflante. Elle frissonna encore, peu habituée à une telle démonstration de froideur de sa part. D’ordinaire il était taciturne, froid certes, mais essentiellement distant et brutal. Là il était juste cruel.

«Eh bien qu’attends-tu, Krav ? Vas-y, tu crois que je suis en état de me défendre, là ? Finissons en, si tel est ton souhait.»

Le fils ne se gêna pas, pour lui renvoyer ses sarcasmes à la figure, de la pire des manières. Il se leva calmement, en apparence, et s’accroupit près de sa mère, jusqu’à presque frôler son visage réduit à néant par le temps et la décrépitude.

«Sûrement pas. Je voulais votre mort à père et toi, mais les étrangers ont pris celle de Père bien avant que je ne puisse le faire. Quant à toi, une lente et douloureuse agonie t’attend. Je vais simplement laisser le temps et la maladie faire leur oeuvre. Je n’aurais aucun intérêt ni plaisir à mettre fin à la vie d’une chose aussi diminuée que toi.»


Ses yeux pétillaient de sauvagerie, de cruauté, et d’une méchanceté totalement inhumaine. Son expression le rapprochait nettement plus des bêtes qu’il côtoyait tous les jours que d’un simple Erfeydien, comme il aurait du être depuis son enfance. Il retourna s’asseoir, et laissa échapper un petit soupir. Sa démonstration avait fait son effet, sa maternelle ne parlait plus, et ne respirait que par petits souffles. Elle ne savait pas quel genre de vie vivait son fils, mais ça l’avait beaucoup changé. Beaucoup trop, et certainement pas en bien. Au moins avant ne prenait-il aucun plaisir à voir la souffrance des autres, que ça soit celle des autres ou même la sienne.

«Ce sadisme ne te ressemble pas, Krav.»

Il mit un moment à répondre. Mais quand il le fit, sa voix était acerbe, ne tolérant aucune réplique, venimeuse.

«Tu ne sais pas ce qui me ressemble. Parce que tu n’en as jamais rien eu à faire. Mon frère et ma soeur ont toujours eu l’attention, l’amour, parce que j’étais juste une erreur. Je les surclassais largement au combat comme au dressage, et en plus de ça j’avais le Lien idéal. Malgré ça, vous avez persévéré dans votre mépris. Je me suis raccroché à mes bêtes, car je n’avais que ça. Ca et la ferme volonté de vous la faire fermer une bonne fois pour toutes en faisant mes preuves. Et pour cause, qui est le second membre le plus important des Shaas d’Argent ? Sûrement pas ces deux traîtres,  ni même cet abruti qui a fini la tête éclatée par une arme des outremuriens. Je suis le seul encore là.»

Il reprit son souffle, et reprit, n’en ayant clairement pas fini.

«Ceci étant, alors même que j’avais atteint mon objectif, je me suis rendu compte, comme je te l’ai dit, qu’il y avait d’énormes problèmes dans notre façon de faire et de penser. Notre Dieu ne fait rien pour nous, et les étrangers progressent sans problème. Et on est pas fichus de s’unir pour leur botter le train une fois pour toutes car aucun des Hön participant à cette guerre n’a envie de se faire saper son autorité par qui que ce soit. Je m’échine à oeuvrer pour le bien de la Faction et a fortiori de l’île entière, mais je crois que ça n’est pas très utile. On ne s’est pas demandés une seconde pourquoi ils étaient là, ces étrangers. Ils méritent la mort, ça au moins c’est clair, mais j’aimerais tout de même en apprendre plus.»


Il ferma les yeux un moment, caressa lentement la crête de plumes de Stiegg, et lâcha un long soupir.

«Maintenant si j’oeuvre, c’est avant tout pour moi. A avoir voulu démontrer ce que je savais faire aux autres, je n’ai rien récolté de bon. J’ai satisfait mes ambitions en supplantant l’autorité du Hänek, et maintenant, je dirige nettement plus d’hommes que ce que j’aurais pu imaginer étant gosse. Et ta survie opiniâtre est un obstacle de taille à mon détachement. Je n’aurai pas les idées claires tant que tu vivras, parce que j’aurai encore un vrai lien avec ce village, ce clan. Et je ne suis plus sûr de vouloir de tout ça. J’ai été formé à dresser, tuer, et plus récemment, à diriger. Je ne sais RIEN faire d’autre. Mais rien ne m’oblige à le faire ici. Rien ne m’oblige non plus à être gentil, compatissant ou je ne sais quelle autre fadaise. Ces âneries rendent faible. Et elles m’ont coûté très, très cher. Trop en fait.»

Interdite, sa mère resta figée un moment sur le lit, peinant à croire ce que sa propre progéniture, qu’elle avait élevé, porté, mis au monde, venait de dire. Elle ne voulait pas croire ce qu’elle entendait, et pas seulement les mots. Ce que ça signifiait, le ton de sa voix… Elle était en présence d’un total étranger, à ce moment. Quoi qu’il ait pu vivre depuis qu’il avait quitté le village et coupé les ponts avec sa famille, ça n’augurait rien de bon pour personne.

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Posté dans Re: [RPI] Deux jours, Trois nuits. Secrets murmurés, Rêves chuchotés.   -

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