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Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles

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Posté dans Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Ven 26 Juin 2015 - 7:57

Depuis son arrivée sur l'Île Blanche, il avait passé ses journées à prier et ses nuits à monter la garde. En tant qu'équipier de recherche, sa principale mission au sein du camp consistait à récupérer les messages retranscrits par les spécialistes en communication et à les délivrer à leurs destinataires. Il n'aimait pas le reconnaître, mais cette relative inactivité l'irritait au plus haut point. Quand il avait accepté de partir loin de ses terres, ce n'était en aucun cas pour servir de facteur recouvert de blanc.

C'était la première fois qu'il avait un message à délivrer à son Commandant et en voyant son nom sur l'enveloppe, il avait senti un petit sentiment de satisfaction aller à l'encontre de sa grogne du moment. Il n'avait pas revu le Commandant depuis l'arrivée sur l'Île Blanche et sa présence lui manquait autant – si ce n'est plus – que la chaleur du désert des murmures. Le froid s'engouffrait allègrement dans la tente qui semblait bien mal préparée pour faire face aux bourrasques de vent qui la faisaient vaciller. Les quelques mètres parcourus de ses propres quartiers à ceux de son supérieur direct avaient suffi à le faire grelotter comme jamais. Si aucun Korrulien n'aimait le froid, Chakib le détestait. Il n'aimait pas devoir porter autant de couches de vêtements, pensant, à raison, qu'elles réduisaient fortement sa mobilité. Il n'aimait pas couvrir son visage et par dessus tout, il n'aimait pas l'idée de devoir dormir sous d'épaisses couvertures.  

La tente du Commandant Vara'Da était à peine plus grande que les autres, mais elle avait l'avantage d'y dormir seule. Sur un grand bureau au bois travaillé – sans doute ramené de Korrul – quelques cartes étaient entassées anarchiquement. Chakib retint un rire en voyant le commandant relever la tête. Sous ses multiples couches de vêtements, elle semblait aussi bien supporter le froid que lui, et le bout de son nez rougi contrastait avec la relative pâleur du reste de son visage. Même ses yeux d'ordinaire si brillants semblaient frigorifiés. En la détaillant un peu plus, Chakib comprit que ce n'était pas tant le froid qui agissait sur le visage du Commandant, mais plutôt une lourde fatigue. Le jeune soldat sentit alors un sentiment de culpabilité le gagner. En se plaignant de son ennui, il n'avait certainement pas réfléchi à la montagne de travail que ses supérieurs – et le commandant Vara'Da en particulier – avait eu à gravir. Il se serait bien volontiers mis une gifle, mais il choisit finalement de ravaler son sourire idiot et de se redresser.

Après avoir incliné la tête en guise de salut, il glissa sa main droite sous son épais manteau. A tâtons, il chercha dans une poche puis une autre l'enveloppe scellée. Il extirpa le document un peu froissé et le déposa sur le grand bureau lui faisant face avant de se mettre au garde à vous – ce qui n'était pas chose aisée avec autant de vêtements.

"Chakib Solverre au rapport, mon Commandant. Un message a été retranscrit pour vous, mon Commandant", dit-il en essayant de masquer son amusement devant la fumée qui accompagnait chacun des mots qui sortaient de sa bouche.

Il s'évertuait à les remuer discrètement ses doigts de pieds au fond de ses chaussures et sentait des petits picotements le chatouiller, signe que la chaleur de l'endroit l'atteignait enfin.
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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Dim 28 Juin 2015 - 12:18

La notion du temps n’existait plus réellement dans ce monde figé par la neige et la glace, loin d’un Korrul chaud et asséché. Frigorifiée, malgré une épaisse couche de vêtements de fourrures, Enaïa regrettait amèrement les températures trop élevées de son pays natal. Là-bas, le soleil toujours présent ne laissait qu’un rapide répit, le temps d’une nuit. Ici, le froid ne s’éloignait jamais et acérait même ses griffes quand la lune se montrait. Et malgré une détermination sans faille, la korrulienne sentait sa volonté faiblir au fil des jours.

Elle revenait d’un tour de camp détaillé et attentif, quand elle retrouva enfin la chaleur, si l’on pouvait vraiment appeler ça comme ça, de sa tente. Le brasero quotidiennement allumé de ses “appartements” flambait encore, mais elle n’hésita pas à y refourrer une bûche sèche et qui fit crépiter les braises. Les claquements des flammes léchant le bois l’apaisèrent, alors qu’elle prenait place à son bureau et que la toile d’entrée de sa tente s’écartait pour laisser passer un soldat.

“Bonjour Chakib. La vie glaciale ne te dérange pas trop ?”

Un large sourire accueillit le jeune homme qu’elle se faisait une joie de revoir. Elle le savait dans le même convoi qu’elle à destination de l’île boréale, mais n’avait pas eu l’occasion de s’assurer de sa santé depuis leur arrivée. Elle savait seulement, pas quelques rumeurs, qu’il s’occupait de livrer les messages. Bien piètre mission pour un homme qui avait sacrifié sa vie de famille pour venir ici. Elle n’en fit pourtant aucune mention, préférant croire qu’il serait bientôt attaché à quelques surveillances plus importantes, et se contenta d’attraper le rouleau qu’il lui tendait.

Sans s’attendre à quoi que ce soit, elle le déplia et posa sur les mots manuscrits un regard détaché. Puis, plus concentré. Et finalement, ses sourcils se froncèrent visiblement, alors que ses pupilles dorées s’assombrirent à mesure qu’elles relisaient sans vraiment les comprendre, les phrases machinalement alignées.

“À destination du Commandant Vara’Da,
Officier Daeran Vara’Da est mort, tué en mission de sauvetage par forbans. Sera enterré dans crypte du QG, près de fils et épouse. Terminé.”


Un léger tremblement secoua la feuille de papier à mesure que les doigts d’Enaïa la serrait un peu plus. Les mots cheminaient jusqu’à son esprit, se frayant un douloureux passage à travers la carapace qu’elle s’était construite des années durant, et la fissurant, sans quelle ne puisse rien y faire. La mort de son père l’affectait bien plus qu’elle ne l’aurait songé. Plus que l’affecter, elle sentit son coeur se serrer brutalement, et la respiration lui manqua subitement. Dans un sursaut d’agonie, elle lâcha le papier et se redressa en vitesse, tournant le dos au jeune soldat qui lui avait apporté le message.

Ses premières pensées se confondirent dans un amalgame de réalité et d’espoirs futiles. Non. Elle devait rêver. Ce n’était pas vrai. Son père, aussi détestable soit il, ne pouvait pas être mort. Non. Impossible. Une vieille peau comme Daeran, tué froidement par des Forbans. Ruyn n’aurait jamais laissé faire ça. Et pourtant. Les mots, machinalement retranscrits, ne laissaient aucun doute. Le bourreau de son enfance, détesté tout autant qu’aimé, avait rejoint femme et fils dans un autre monde. Les souvenirs d’enfance, majoritairement mauvais d’Enaïa, remontèrent à la surface, et elle déboucha une bouteille de liqueur de Pitris, qu’elle avait pris la peine d’emmener avec elle. Heureusement. Un verre plein sec plus tard , un frisson la secoua alors que les larmes lui montaient aux yeux.



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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Lun 29 Juin 2015 - 3:30

S'il aurait pu quitter la tente du Commandant immédiatement après lui avoir remis la lettre, Chakib avait décidé de rester. Premièrement parce qu'il y faisait plus chaud que nul part ailleurs dans le camp, et deuxièmement parce qu'il s'imaginait que si un message avait été délivré à sa supérieure, il y avait de fortes chances pour qu'elle lui demande d'en livrer un en retour. Alors il resta planté là, demeurant immobile alors que le Commandant ouvrait le courrier qui lui était adressé. Il se permit même de lui rendre le sourire qu'elle lui avait adressé quelques minutes auparavant. Sous sa capuche, il sentait son bandeau tomber de plus en plus sur son front. Il s'efforça de le rehausser sans trop passer pour un idiot. Ce n'était peut être pas ce à quoi il s'attendait sur l'Île Blanche, mais ce bref instant lui était plus agréable que tous les autres auparavant.

Son enthousiasme le quitta pourtant bien vite. Alors qu'il avait les yeux rivés sur sa supérieure – il pouvait se permettre de la fixer sans prendre le risque de croiser son regard, plongé dans son courrier – il commença à déceler en elle une sorte d'anxiété. Ses doigts tremblaient et son visage semblait s'être figé d'un coup brusque. Chakib ignorait ce que contenait ce courrier – aucun soldat digne de ce nom n'aurait ne serait-ce que penser à ouvrir un message qui ne lui était pas attribué – mais il ne s'agissait certainement pas de consignes militaires. Il connaissait le Commandant, et jamais elle n'aurait réagi de la sorte face à des rapports de mission, aussi mauvais soit-il. Elle avait cette capacité à toujours réagir vite, et à toujours masquer ses sentiments devant les atrocités du combat perdu contre la mort. Non, ce devait être autre chose. Alors qu'elle lâcha la feuille et lui tourna le dos, le jeune équipier de recherche comprit qu'il s'agissait de quelque chose de beaucoup plus grave, de beaucoup plus personnelle.

Il fit d'abord pris d'une panique totale. Il n'avait jamais été confronté à la détresse d'une personne. Il avait fait face à la mort, aux blessures, aux hurlements de douleur physique, mais il n'avait jamais eu à entendre ceux qui viennent de douleurs morales. Pendant ses années de formation au quartier général, ses camarades et lui ne parlaient que d'entraînement, de capacités de combat et du menu de la cantine, mais jamais personne ne lui avait fait part d'un problème autre. Pour devenir un bon soldat, lui avait-on appris, il fallait d'abord savoir se couper de toutes émotions et les laisser chez soi, pour les retrouver à chaque permission donnée. Cette méthode ne dérangeait pas Chakib pour un sou, lui qui avait toujours été très discret, et qui préférait généralement la conversation de Ruyn que celle de ses semblables.

A ce moment précis, il faisait donc face à un combat qu'il n'avait jamais mené : celui contre la tristesse. Même à travers ses épaisses couches de vêtements, il percevait aisément les tremblements de sa supérieure alors qu'elle avalait un verre d'un coup sec. Il était complètement désemparé et pensa d'abord à quitter les lieux pour la laisser seule. Il tourna les talons et fit quelques pas. Lui revint alors en mémoire le visage si doux de sa mère qui lui expliquait, quelques années auparavant, qu'une âme en peine a toujours besoin qu'une autre l'emmène loin de son chagrin. Il se retourna alors et ce qu'il vit lui fit un mal fou. Le Commandant s'était retourné. Elle restait digne, comme dans n'importe quelle situation, mais ses lèvres tremblotantes et l'opercule luisant dans lequel se perdait son regard brillant parlaient pour elle.

Chakib rehaussa une nouvelle fois son bandeau et s'approcha doucement, n'étant toujours pas décidé sur la marche à suivre. Il était si troublé de voir celle qu'il admirait tant en proie au désarroi qu'il ne savait que dire ni que faire. Une part de lui aussi était attendrie par cette preuve d'humanité profonde qui habitait sa supérieure. Une dernière part de lui, enfin, se battait avec les autres. C'était la colère. Une colère qu'il ne s'expliquait pas vraiment, la colère de la voir pleurer.

Sans vraiment prendre de décision nette, il se mit à parler, lentement.

"J'ignore tout du mal qui vous ronge, mon Commandant. Mais si d'une manière ou d'une autre je peux vous aider à le vaincre, ou ne serait-ce qu'à l'affaiblir, sachez que vous pouvez compter sur moi", dit-il en la regardant. Il ne montrait aucune pitié, et son regard n'avait pas changé depuis le début de la conversation. Son Commandant n'avait pas besoin de la pitié d'un bleu, seulement de sa présence. Il ramassa le papier et le déposa, face cachée, sur le bureau, sans en lire le moindre mot.

"Peut-être avez vous froid ? Ou faim ? Je peux aller vous chercher de quoi vous nourrir ! Ou peut-être avez vous besoin d'un médecin ? Dans ce cas, laissez moi aller en chercher un !"

Il déblatéra avec une vitesse d'élocution incroyable tout ce qui lui passait par la tête sans vraiment y réfléchir. Il voulait simplement qu'elle aille mieux.
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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Lun 29 Juin 2015 - 16:09

La brûlure de l’alcool dans sa gorge, au contraire de dissiper le mal qui lui entravait l’esprit, ne fit qu’accentuer l’humidité de ses yeux qui brillaient de larmes. L’annonce d’une telle nouvelle avait terminé d’achever un esprit éreinté par le travail et les responsabilités, et qui ne cherchait qu’à trouver un peu de repos. Celui de son père y avait eu accès, par la main froide et agile d’un Forban. Il s’était battu contre eux toute sa vie, vengeant un peuple tout autant qu’un fils perdu par leur faute. Il avait finit par être vécu. Lui aussi.

Le froissement des vêtements de Chakib rappelèrent Enaïa à la dure réalité, et elle se retourna, faisant fi de la triste mine qu’elle arborait. Si elle savait qu’elle n’avait pas à redouter un certain jugement, c’était bien celui du jeune soldat mais elle sentit son coeur se serrer en le voyant s’éloigner vers la sortie. Avant de revenir sur ses pas et de s’approcher d’elle. Inexplicablement, elle sentit sa douleur, toujours aussi présente, s’apaiser l’espace d’une demi seconde, lorsqu’il lui assura son soutien.

“Je ne sais même pas si c’est un mal ou un bien qui m’habite à cet instant Chakib. On m’annonce que mon père est mort, et je ne sais plus si je dois être triste ou soulagée.”

Sa réponse était vibrante de sincérité et d’un naturel qu’elle ne perdait pas, même dans les situations les plus graves. Elle lui parlait avec la plus grande des confiances, mettant de côté les standards de la hiérarchie, comme elle aimait le faire en sa présence. Il lui avait prouvé sa valeur à plusieurs reprises, c’était un simple retour des choses, que de pouvoir compter sur lui de cette manière aussi. Et elle s’en sentit rassurée.

La tristesse de lui laissa pas le temps de profiter de ce soutien. Elle revenait encore, plus dure et plus vicieuse, si bien que la jeune femme se sentit vaciller et se laissa choir sur son lit d’appoint, assise au bord de ce qui composait son confort quotidien. Les images de son enfance lui hantaient l’esprit et elle revoyait l’ignorance de son père à son égard. Ignorance qui s’était muée en haine, lorsqu’il ne lui était resté plus qu’elle, sa fille, après la mort de son fils prodigue et de son épouse vénérée. En même temps, la douleur lancinante de la perte de son père, aussi détesté qu’aimé, lui laminait le coeur et elle souffla :

“Je sais juste que je suis terriblement seule, dans une famille entièrement décimée.”

Elle serra les dents, si forts, qu’elle jura les sentir grincer, alors que sa mâchoire blanchissait sous l’effort, semblables à ses phalanges crispées. Ses iris dorées avaient perdu l’étincelle qui les faisait si souvent briller, malgré toute la volonté qu’elle mettait à garder une crédibilité décente devant Chakib. Elle ne voulait pas se montrer si faible, si atteinte, devant l’un de ses soldats. Bien plus qu’un soldat, devant ce jeune homme qui avait su se démarquer et qui avait gagné une place de choix dans son estime. Et même son coeur de supérieure exigeante et intouchable. La profonde humanité dont elle faisait preuve ne bannissait aucunement les émotions et la tristesse, mais elle ne s’était plus sentie aussi démunie depuis la perte de sa mère. Et elle craignait simplement de fondre littéralement devant lui. Ce qu’elle ne tarda pas à faire.

Une vague de sanglots lui submergea la gorge et son seul réflexe, fut de fermer les yeux, comme une enfant devant une punition qui approche. Les tremblements significatifs de ses lèvres la firent se pencher en avant, cachant un visage qui se tordait sous la tristesse et qui trouva refuge dans le creux de ses mains. Touchée tout autant que honteuse, elle trouva la force de balbutier en hoquetant à travers ses larmes, se reprochant son comportement qu’elle trouvait déshonorant au possible. Et pourtant, bien naturel.

“Par Ruyn que j’ai honte… Ne me regarde pas dans cet état Chakib. Je t’en prie...”



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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Mar 30 Juin 2015 - 7:54

Chaque sanglot de sa supérieure lui lacérait le cœur avec une violence qui lui était jusqu'à aujourd'hui parfaitement inconnue. Il avait pourtant vu un homme mourir sous ses yeux et avait lui même ôter la vie à plusieurs autres êtres humains mais jamais il n'avait eu à faire à la violence des sentiments que quelqu'un pouvait éprouver pour un proche. Comble de l'ironie, c'était emmitouflé sous des couches de vêtements épais qu'ils étaient tous deux les plus ouverts et vulnérables. Chakib comprit enfin que cet instant n'avait plus rien de militaire et qu'il ne faisait plus face à sa supérieure mais à une femme en proie à une détresse profonde. Et sa formation ne lui avait jamais appris à faire face à l'essence même de la tristesse. Il la contempla s'effondrer sans mot dire pendant un moment qui lui semblait interminable. Il se sentait désemparé et diablement inutile, et cette sensation le mettait en colère contre lui même. Il n'avait jamais eu à faire le deuil d'un membre de sa famille – si ce n'est deux membres de sa fratrie que la faim avait emporté alors qu'ils n'étaient encore que deux nourrissons dont Chakib ne pouvait pas se souvenir à cause de son jeune âge au moment des faits.

Les souvenirs de son propre père lui montèrent très rapidement à la tête alors qu'il regardait sa supérieure pleurer le sien. Il revoyait un homme grand, éreinté par le poids d'années de travail acharné, aux bras immenses qui pouvaient se muer en berceau douillet une fois à la maison. Il repensait aux tannées reçues quand il rentrait trop tard de ses escapades dans Arish. Il revoyait aussi soudain ses tentatives désespérées de déséquilibrer son père lors de l'une de leurs nombreuses bagarres pour savoir qui d'eux deux nettoierait la pièce de vie où porterai Mowiel jusqu'à son lit. Une vague de nostalgie le submergea et il ne put s'empêcher de secouer doucement la tête en regardant sa supérieure se noyer dans la sienne.

Contrairement à ce qu'elle semblait penser, c'était bien lui qui se semblait terriblement honteux. Elle avait été si bonne avec lui qu'il ne supportait pas son inaptitude à l'aider en cet instant. Sans elle, il serait sans doute encore en train de se reprocher la mort de son camarade. Et sans elle, il n'aurait sans doute jamais créé de liens avec quiconque au sein du corps des Veilleurs. Et puis, il ne se l'expliquait pas très bien, mais il n'aimait pas voir son visage souillé par la peine et les larmes. La cicatrice sur sa joue était encore visible pour lui qui l'avait fait naître, et sa vision lui rappela instantanément un moment privilégié avec le Commandant. Il se souvint de leur discussion, de leur francs sourires et de leur sincérité. Il se souvint aussi et surtout de pourquoi il était ici, sur l'Île Blanche, en ce moment même. Pour elle.

Alors que les sanglots agitaient encore les épaules d'Enaîa, Chakib passa une main sous son blousons. A tâtons, il chercha longuement autour de sa nuque et finit par attraper le fin collier d'herbefeu qu'il portait. Il abaissa de quelques centimètres la fermeture de son manteau pour pouvoir retirer plus aisément ce dit collier et s'approcha de sa supérieure. Sans oser prononcer le moindre mot ni émettre le moindre son, il s'agenouilla devant elle et saisit ses mains dans les siennes. Il y déposa son collier et le pendentif qui l'ornait. C'était une statuette de Ruyn qu'il avait lui même sculpté il y a plusieurs années de ça, alors qu'il quittait sa famille et son père pour se rendre au quartier général des Veilleurs et entamer sa formation. Elle était grossièrement sculptée et le temps avait abîmé le vernis qui l'enveloppait jadis, mais elle représentait aux yeux de Chakib le plus beau des présents. C'était une petite partie de lui même. Il referma les mains d'Enaîa, baissa la tête et se mit à prier. Sa voix n'était qu'un murmure à peine audible qui flottait dans l'air comme une ballade mélancolique. Quelques minutes plus tard, il releva la tête et plongea son regard dans celui de son interlocutrice.

"Jamais Ruyn ne considèrera comme honteux de pleurer son père. Et jamais je ne me pardonnerai de vous laisser seule dans un tel instant", dit-il avec une sincérité qui lui coupa un instant la parole. "Acceptez s'il vous plaît ce modeste présent. Il m'a toujours porté chance. La preuve, je le portais lorsque je suis devenu Veilleur et lorsque je vous ai rencontrée. Si le chagrin vous guette à nouveau, sachez que je ferrai de mon mieux pour vous en divertir."
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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Mer 1 Juil 2015 - 11:42

Aussi démunie était-elle dans son état de tristesse profond, qu’Enaïa ressentit tout de même à travers ses larmes, l’incomparable fidélité d’un soldat bienveillant à ses côtés. Silencieux pourtant, Chakib, ou du moins sa présence, sans apaiser une peine immense, aidait à soigner un abcès trop longtemps laissé de côté et subitement éclaté. La mort d’un père, aussi détesté était-il, entraînait avec elle, une avalanche de conséquences qu’elle n’aurait jamais imaginé. A commencer par des regrets dont elle ignorait jusqu’alors la présence. Et surtout, une incompréhension refoulée depuis son enfance.

Toutes ces émotions là se mélangeaient au torrent de larmes qui dévalait les joues devenues humides d’Enaïa. Les mains toujours jointes en coupe pour y plonger un visage qu’elle avait honte de redresser, elle finit par y être contrainte, alors qu’un contact inconnu mais tendre, lui abaissa les doigts pour les replier presque aussitôt. Un objet avait été glissé entre eux. Surprise, elle se laissa guider par les murmures inaudibles du jeune homme, mais qu’elle comprit comme étant une prière et ferma les yeux pour y joindre ses pensées. Elle en ressentit un soulagement immense, et lorsqu’elle rouvrit les paupières, elle croisa son regard brillant.

“M-merci...”

Hoqueta t-elle alors que ses joues rosirent sous la gêne de se retrouver dans un tel état devant lui. Desserrant l’étreinte de ses mains sur l’objet inconnu, elle s’essuya hâtivement le visage d’un revers de manche et plongea son regard sur la petite statuette sculptée. Les explications du jeune homme trouvèrent l’attention particulière d’Enaïa qui contemplait en silence le cadeau qu’elle venait de recevoir. Encore sous la surprise d’une telle démonstration de soutien, elle en oublia presque sa peine qu’elle relégua l’espace de quelques secondes, au second plan. Elle s’en sentit libérée, bien qu’encore touchée, mais en profita pour aborder un sujet différent, qui lui changerait les idées.

“Es-tu sûr qu’il ne te fera pas défaut ? Je m’en voudrais terriblement s’il t’arrivait quelque chose en l’absence de ce porte-bonheur.”

Elle l’observa attentivement, à travers son regard encore humide et menaçant de larmes, mais sa voix déjà, retrouvait la fermeté qu’elle avait tous les autres jours. Un léger tremblement y subsistait, mais dans toute sa fierté, et surtout, dans toute sa générosité, elle ne voulait pas que le jeune homme n’ait encore à subir ses états d’âme. C’en était assez. Elle venait de passer de longues minutes à pleurer sur son sort, sur celui d’un père qui l’avait toujours haï et qui maintenant disparu, récoltait quand même la tristesse déméritée d’une fille. Elle le pleurerait encore, cette nuit, demain aussi sûrement et d’autres jours encore. Mais le profond désarroi et l’abasourdissement dans lesquels elle se trouvait la laissait hors d’atteinte d’une nouvelle crise de larmes. Au moins avant qu’elle ne se soit retrouvée seule.

“Merci pour tout ce que tu fais Chakib. Ta foi et ton soutien me sont précieux. Tu es un jeune homme formidable, ta famille a de la chance de t’avoir. Je suis chanceuse de t’avoir à mes côtés.”

Souffla t-elle alors, quand son regard doré brillant encore de tristesse, croisa de nouveau celui du jeune homme. Elle ne le remercierait jamais assez de sa compassion, de sa patience et de son soutien. Des années plus tôt, des mois plus tôt même, elle se serait retrouvée seule pour affronter pareille épreuve. Mais il était arrivé, brisant une solitude habituelle et s’octroyant une place importante dans l’entourage d’Enaïa. Pour ça, elle ne le remercierait jamais assez. Pour cet instant, qu’il venait de partager avec elle pour la consoler, elle ne donnerait jamais assez non plus pour le valoir. Alors, tendrement, elle se pencha en avant et déposa un délicat baiser sur son front.



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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Jeu 2 Juil 2015 - 5:07

Il rehaussa presqu'instantanément son bandeau et coinça une mèche de cheveux aventureuse derrière son oreille. Il avait soudainement beaucoup plus chaud qu'à son entrée dans la tente et aurait volontiers enlever son épais manteau s'il n'avait pas compris que cette soudaine hausse de la température n'avait rien à voir avec le climat de l'Île Blanche. Le plus clair de son sang monta immédiatement irriguer les vaisseaux sanguins de son visage et en quelques secondes seulement, il avait abandonné son teint hâlé pour un coloris beaucoup plus rouge : celui d'une gêne immense à laquelle il n'avait plus goûté depuis des années.

Pourtant relativement grande, la tente lui paraissait désormais minuscule, centrée sur les deux acteurs d'une pièce en un acte de quelques secondes tout au plus. Il était excellent dans le rôle de celui qui était assailli de questions qu'il se posait lui même sans jamais pouvoir y répondre. Il n'arrivait plus à se souvenir précisément du dernier baiser qu'il avait reçu, mais il devait s'agir de celui que lui avait déposé sa mère sur la joue avant son départ pour le quartier général des Veilleurs. Depuis, ses seuls contacts physiques avaient été ceux qu'il avait eu avec ses camarades et supérieurs : une poigne de main, une tape dans le dos ou un coup de pied lors d'un entraînement. Mais jamais rien qui ne dépassait le cadre militaire imposé. Aussi se sentait-il dans le moment présent complètement désemparé. Il ne savait pas que dire, ni comment réagir, et restait planté là, à genoux, un long moment.

Les questions se bousculaient entre les parois de son crâne, et il lui semblait que chacun d'entre elles disposait d'un porte parole qui se faisait une joie de hurler en même temps que tous les autres. La cacophonie était telle qu'il lui était impossible de traiter les questions, des les ordonner pour essayer d'y répondre. Il demeura paralysé par la gêne et des dizaines d'autres sensations. Il se sentait d'abord si bien, si léger, qu'il regretta tout à coup de ne pas être rentré à Arish avant son départ pour l'Île Blanche. Là bas, il aurait pu quémander des centaines de baisers à sa mère. Il se sentait également incroyablement fort alors qu'il se faisait à lui même la promesse de toujours protéger le Commandant de quelque danger que ce soit. Il avait en lui cette naïveté touchante qui font rougir les enfants lorsqu'ils reçoivent un compliment d'une personne qu'ils estiment.

Mais il ressentait en même temps la gêne d'un garçon qui avait contraint sa supérieure à s'abaisser à son niveau. Pourquoi avait-elle fait cela ? Elle se déshonorait, elle et son rang, en montrant de l'affection à un bleu, un gamin inutile qui finirait au mieux par attraper un grade d'officier s'il survivait assez longtemps pour ça. Non, non et non ! Cela dépassait le cadre militaire, Chakib devait s'en convaincre. Cela relevait du personnel, de l'intime, et il n'avait pas poussé sa supérieure à se déshonorer, elle l'avait fait de son plein gré. Mais alors pourquoi était-il aussi gêné ? Pourquoi n'était-il même pas capable de la regarder dans les yeux sans ressentir l'envie soudaine d'aller se cacher dans la caverne la plus profonde de cette île ? Il eut envie de la prendre dans ses bras, de la serrer contre lui, de lui promettre que tout irait mieux rapidement et que ses larmes ne seraient bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Quitte à fuir, autant fallait-il profiter de ce moment au maximum.

Néanmoins, sa timide retenue l'empêcha de mettre son plan à exécution. Il se releva doucement, perturbé, et, pouvant à peine tenir sur ses jambes, il se mit au garde à vous. C'était idiot, il le savait, mais il ne savait réellement pas quoi faire d'autre. Il n'était pas préparé à une telle éventualité, aussi faisait-il ce qu'il savait faire de mieux.

"M-m..Merci, mon Commandant", balbutia-t-il à la manière d'un enfant intimidé.

D'une voix qui se voulait confiante, mais que quelques tremblements et bégaiements si rares dans la bouche de Chakib faisaient sauter, il arriva enfin à poursuivre.

"S'il vous plait, mon Commandant, ne me remerciez pas. Je ne fais que suivre les ordres de Ruyn et de ma conscience. Je ne voulais pas vous gêner, seulement vous aider. Je..."

Il marqua une pause, comme s'il venait de parler sans s'en rendre compte et qu'il revenait d'un coup à lui après un moment d'égarement. Il reprit, toujours aussi rouge et gêné.

"Souhaitez-vous que je fasse passer un message pour Korrul, mon Commandant ? Ou souhaitez-vous que j'aille quérir la compagnie de quelqu'un ?"
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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Dim 19 Juil 2015 - 14:48

Aussi vite que lui était venue cette envie de le serrer dans ses bras pour le remercier, la culpabilité la renvoya au fin fond de sa conscience pour venir s’imposer, voilant le regard encore brillant de larmes d’Enaïa d’un profond malaise qui lui fit baisser la tête. La gêne du jeune soldat était aussi visible que la sienne, si ce n’est plus, et elle s’en sentit encore plus coupable, alors qu’elle n’avait recherché qu’à être généreuse dans ses remerciements. Peut-être avait-elle été trop loin dans son geste. Un simple baiser sur le front pourtant, lui semblait être une marque d’affection comme une autre, mais le recul de Chakib lui serra subitement le coeur.

Après tout, qui connaissait-elle en affection et en preuve d’attachement ? Sa mère l’avait bien cajolé étant petite, mais elle avait était trop subjugué par son envie de devenir soldat pour n’en retenir que quelques doux souvenirs, ceux d’une étreinte chaleureuse et des mots doux chuchotés au creux d’une oreille enfantine. Pour le reste, l’ignorance et la violence des gestes d’un père meurtri par les pertes successives avaient terminé de fignolé une éducation bien plus dure que tendre.

Elle tenta quand même d’expliquer son acte, comme si une quelconque justification aiderait le jeune homme à se sentir moins gêné face à une supérieure un peu trop amicale. Elle ne remettait en rien son autorité, seulement, elle tenait à remettre dans son contexte ce qui venait se produire. Ils n’étaient plus dans une situation militaire, mais bien dans une conversation privée où la hiérarchie était reléguée à l’arrière plan. Du moins, Enaïa le voyait ainsi, et cette pensée soulageait la douleur qui lui assaillait le coeur depuis la nouvelle qui l’avait faite sombrer dans une tristesse encore méconnue.

“C’est moi qui m’excuse de t’avoir gêné, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise. Seulement te remercier de ton aide.”

Elle redressa la tête, essayant au passage quelques larmes récidivistes qui s’évertuaient à couler encore et toujours sur son visage rougi tant par le froid que par le malaise. Compatissante, elle pencha le visage pour croiser le regard flamboyant de Chakib et se concentra pour lui composer un sourire sincère, et aussi chaleureux qu’elle le pouvait à l’instant. Elle y parvint, à force et s’en félicita même, mais l’ultime remarque du soldat le brisa et elle se referma aussi vite.

“Je ne me vois pas pleurer mon père dans d’autres bras. Mais rien ne t’empêche de partir si tu le souhaites, tu as sans doute plusieurs missions en attente.”

Conclut-elle alors qu’une certaine déception venait masquer ses traits et l’humidité de ses yeux gonflant à nouveau. Sans un mot de plus, elle baissa le visage en soupirant, serrant la petite statuette entre ses doigts.



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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Sam 1 Aoû 2015 - 7:10

Il n'en n'était rien. Comme depuis son arrivée sur l'Île Blanche, Chakib n'avait pas la moindre mission en attente. Seulement quelques messages à livrer, ici et là, mais il était aigri et las de ces aller-retours dans le campement. Et puis merde, à quoi bon essayer de se mentir ?! Il aurait bien pu avoir trente missions de la plus extrême urgence en attente, quatre forbans en poursuite et incendie à éteindre avec un simple sceau d'eau qu'il n'aurait pas plus quitté cette tente que maintenant. Protéger et servir, voilà la mission qu'il s'était confiée, que sa profession lui avait confié. Servirait-il plus en distribuant le courrier ou en restant aux côtés d'une âme en peine ? La réponse était toute trouvée. Le sourire du commandant n'avait rien de rassurant, et sa disparition soudaine vint serrer le cœur de Chakib et lui faire plisser les yeux. Que sa souffrance était difficile à supporter...

Elle avait été là lors de sa première mission, là lors du décès de son camarade, là à chaque cap qu'il avait passé en tant que soldat. Et voilà que désormais, elle était là, recroquevillée sur elle même, vacillant comme une petite flamme torturée par les vents et les gouttes d'une pluie contre laquelle elle ne pouvait pas se protéger. Il ne pouvait pas se permettre de la laisser s'éteindre. Elle était celle qui avait allumé en lui le feu du devoir, du service et de la persévérance, et elle était celle qui l'avait ravivé à chaque fois qu'il menaçait de partir en fumée. Allait-il lui rendre la monnaie de sa pièce avec une simple statuette, ou allait-il se comporter comme l'homme qu'il devenait et protéger cette petite flamme jusqu'à ce qu'elle brille franchement à nouveau ? Sans ne plus écouter rien d'autre que ses tripes, son moi intérieur qui lui gueulait : « ta mission, c'est elle », il s'approcha d'elle et se remit sur ses genoux. Il tendit les bras sous le visage gonflé d'émotions de son interlocutrice et prit la parole.

"Si aucuns autres ne peuvent vous convenir, je vous donne volontiers ces deux bras. Ils ne vous guériront pas, j'en ai bien peur, mais vos larmes pourront y couler librement. Et peut être qu'après quelques temps, vous n'en n'aurez plus besoin."

Il se trouvait pathétique, mais qu'avait-il de mieux à lui offrir, lui qui n'avait encore jamais perdu de parents. Lui qui ne connaissait finalement pas grand chose de la vie. Lui qui lui donnerait probablement tout, sans vraiment rien savoir. Il pensa alors à la sienne, de famille. A son père, robuste et froid, à la fierté qu'il avait deviné dans ses yeux lorsqu'il lui avait annoncé qu'il deviendrait Veilleur. A sa mère, sa petite mère, et à l'amour de ses caresses à l'ombre d'un mur. A sa sœur... qui avait maintenant disparue et qu'il avait peu de chances de revoir, désormais. La tristesse le gagna à son tour mais il l'écarta bien rapidement. A cet instant précis, il se devait d'être fort. Il devait devenir le réceptacle de sa tristesse à elle.

Toujours guidé par un instinct de gamin de 17 ans balloté par les flots déchaînés d'une relation « normale » dans un cadre militaire, il se pencha et prit Enaîa dans ses bras.

Il ne fallait pas qu'elle s'éteigne, cette flamme aux cheveux couleur châtaigne. Il fallait qu'il l'étreigne et l'atteigne, cette teigne et son teint mort. Sans temps mort, il fallait qu'il l'étreigne.

Une étreinte pour ne pas s'éteindre.
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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   - Sam 22 Aoû 2015 - 12:01

Tout était différent et pourtant, rien ne changerait vraiment. Son père mort, elle n’entendrait plus jamais parler de lui, sinon dans ses pensées et quelques commémorations, mais jamais plus elle ne le verrait. Ce n’était pas si différent de ce qu’elle avait vécu jusqu’à présent, restée loin de son géniteur par la haine viscérale qu’il lui avait voué depuis la mort de son épouse et de son fils. Finalement, qu’il soit vivant ou six pieds sous terre, son existence s’en retrouverait elle vraiment troublée ? Un pincement au coeur lui tira une nouvelle vague de larmes alors qu’elle ressassait ces sombres pensées, en proie à une tristesse que l’incompréhension et le manque d’amour paternel rendait encore plus douloureuse. Et alors qu’elle s’attendait à plonger seule dans les tréfonds d’un chagrin vicieux, les bras de Chakib s’ouvrirent devant elle, tels une porte salvatrice, et sa voix rassurante, un murmure angélique.

Ses yeux dorés brillants de larmes se portèrent avec surprise sur le visage sérieux du jeune homme, et sans réelle hésitation, elle se laissa glisser du bord de son lit, tomba à genoux devant lui et, après un dernier élan de distance qu’elle réduit à néant par un besoin impérieux de chaleur humaine, se pelotonna contre lui. Un long sanglot suivit l’étreinte, et elle accrocha le manteau de Chakib entre ses doigts serrés, secouée par une douleur qui semblait vouloir lui arracher le coeur.


“Je ne te remercierai jamais assez Chakib…”

Glissa t-elle d’une voix tremblotante et encore secouée des sanglots précédents. Malgré tout, son regard embué de larmes intarissables parvint à s’illuminer d’une lueur de reconnaissance qu’elle retint le plus longtemps possible et qu’elle tourna vers Chakib. Elle se sentait si faible à cet instant précis, si démunie, et pourtant si rassurée qu’elle soupira longuement, avant de baisser à nouveau les yeux. Nul autre mot n’était nécessaire, cela n’aurait été que superflu et paroles inutiles. Le deuil lui rongeait l’âme et lui, si jeune encore, l’étreignait avec une chaleur qu’elle n’aurait jamais pensé trouver ici. Un simple remerciement n’aurait pas suffit à montrer toute la considération qu’éprouvait Enaïa, dans ce qui était très sûrement l’un des pires moments de son existence, pour ce garçon qu’elle affectionnait tendrement et qui ne tarissait pas de se montrer toujours plus bienveillant à son égard.

Les larmes, infatigables sillons humides sur des joues inhabituellement pâles de tristesse, n’avaient cessé de couler que plus tard. Bien plus tard. Le silence était tombé sur la tente, et seuls les crépitements du brasero venaient interrompre les discrets hoquets d’Enaïa, marquant la fin d’une crise de sanglot qu’elle n’avait pas eu la force de contrôler. Ses yeux, exténués d’avoir trop pleuré, s’étaient fermés petit à petit, alors qu’elle s’était laissée tomber, blottie entièrement dans les bras accueillants d’un Chakib silencieux et respectueux d’un deuil inattendu. Les jambes repliées sur le côté, la tête posée dans le creux de l’épaule du garçon, elle laissa son esprit vidé s’évader dans des réflexions qui s’approchaient du rêve et ne prit plus garde à un contact qui l’aurait normalement fait bondir en arrière et se confondre en excuses. La chaleur de l’étreinte l’avait plongé dans une sérénité relative, mais qui lui avait permis de se calmer doucement, et finalement, la douloureuse tristesse se mua en une extrême lassitude. Il lui semblait que son corps entier était tétanisé et elle ne chercha plus à s’en défaire. Au contraire, sa respiration prit un rythme plus lent et elle n’opposa aucune résistance à une conscience fatiguée, qui l’expédia au pays des rêves sans plus de cérémonie qu’un dernier “Merci” chuchoté au creux d’une oreille qui fut attentive.



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Posté dans Re: Le silence est un message ambigu qui ne peut être décodé que par des paroles   -

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